Fil d'actus
Accueil > Interviews > Entretien avec Mylène Demongeot

Entretien avec Mylène Demongeot

Ils se sont aimés toute leur vie, d’un amour épistolaire. Entre leurs 8 ans et 70 ans, Andy et Mélissa ont agité leurs plumes, fidèlement. Jean Piat et Mylène Demongeot rejouent cet amour mythique, à la Comédie des Champs-Elysées. Entretien avec la Mélissa contemporaine de Love Letters, Mylène Demongeot.

 

Lecthot : Vous jouez le rôle de Mélissa, de ses 8 à 70 ans. En près d’une heure, vous vous incarnez donc dans plus de 60 âges. Est-ce particulièrement émouvant ?

Mylène Demongeot : Emouvant sûrement, mais c’est surtout très intéressant car cela entraîne des variations musicales, la voix n’étant évidemment pas la même d’un âge à l’autre. Donc, au-delà du travail sur le texte, l’exercice consistait à transmettre à travers la voix, l’ardeur et l’impétuosité de la jeunesse, puis les premières déceptions, l’amertume, le chagrin, la douleur, le déclin de la santé… Autant de variations passionnantes.

 

L : Se sent-on vieillir durant la pièce ?

 M. D. : Non, mais ce que l’on sent de façon très nette, c’est la tension qui monte au fur et à mesure que le temps passe et que les choses deviennent plus graves. Quand la pièce se termine, je suis fatiguée ! Fatiguée d’avoir vécu cette vie si dense et si tragique !

 

L : Comment passe-t-on d’un personnage de 8 ans à un personnage de 70 ans en quelques minutes ?

M. D. : On se laisse aller à travers le texte. Les lettres étant pratiquement toutes écrites à des âges différents, la façon dont il faut les jouer nous parvient assez naturellement quand on s’abandonne au texte.

  

L : En tant qu’acteur, n’a-t-on pas envie parfois – à force de répéter tous les soirs la même fin tragique – de changer le dénouement et de le rendre heureux ?

M. D. : Oh non, pas de le changer ! Mais il y a des soirs où l’émotion est plus intense que d’autres. Certains soirs, la rage d’avoir tout raté me rend désespérée. Aucun soir n’est pareil. Mais, ce qui me fait souffrir quand je pense à Mélissa, ce sont ses échecs. Mélissa et Andy se sont vraiment aimés. Et, s’ils ne se sont rencontrés que quelques fois, ils se sont écrits toute leur vie. Leur histoire est très triste.

 

L : Comment le dénouement aurait-il pu être heureux ?

M. D. : Avec Jean Piat, nous en avons beaucoup parlé et nous sommes arrivés à la conclusion que ce sont deux personnes qui n’auraient pas pu être heureuses ensemble. Sauf si leur histoire amoureuse avait eu lieu à 18 ans, car alors ils se seraient façonnés l’un à l’autre.
Mais lorsque leur relation commence vraiment, ils ont 60 ans tous les deux. C’est trop tard.

 

L : Quels sont les points en commun entre Mélissa et Mylène Demongeot ?

M. D. : Jean Piat dit que je suis tout à fait le personnage de Mélissa ! J’ai le même besoin d’amour, mais aussi ce caractère farfelu, fantasque, et une grande joie de vivre. Mais chez elle, cette joie de vivre se casse la gueule, alors qu’elle ne s’est jamais esquintée de mon côté, malgré les épreuves. Je suis une éternelle optimiste, j’ai toujours fait ce que j’ai voulu et eu ce que je voulais. La différence principale entre nous tient ici.

 

L : Par rapport à votre carrière, qu’est-ce que ce rôle symbolise pour vous ?

M. D. : La dernière fois que j’avais joué au théâtre c’était il y a 17 ans, avec Bernard Giraudeau. J’avais perdu mon mari, j’étais assez secouée. Et je suis partie avec la troupe jouer cette pièce, qui m’a aidée à reprendre du poil de la bête. Je n’avais pas fait de théâtre depuis, le temps a passé, je me suis installée à la campagne, j’ai tourné quelques films, etc. J’avais dit à mon agent que je ne voulais plus faire de théâtre, car la mémoire me jouait des tours. Cependant, je l’avais prévenu d’une exception : je voulais jouer Love Letters. J’avais vu la pièce avec Agathe Nathanson et Jean-Pierre Marielle. Ils étaient assis et lisaient des lettres, c’est tout ce qu’il me fallait ! Quelque temps plus tard, Stéphanie Fagadau-Mercier, propriétaire de la comédie des Champs-Elysées, a décidé de refaire cette pièce et elle l’a offerte à Jean Piat. Ils ont réfléchi ensemble à une actrice pour jouer Mélissa, et Jean Piat a pensé à moi. J’étais ravie !

 

L : Si un sortilège vous contraignait à choisir l’un des rôles de votre carrière pour prochaine vie, lequel choisiriez-vous ? Fantomas, Camping, Love Letters ?…

M. D. : Au cinéma, aucun ! Les vies sont trop artificielles ! Des vies écrites pour faire une heure et demi de spectacle, non merci !
Si j’étais chanteuse je vous dirais que je pourrais à la rigueur vivre la Tosca ou Tristan et Isolde…Ou bien choisir un moment heureux de ma propre vie, à revivre éternellement. Mais même le moment le plus heureux du monde ne peut pas se vivre en boucle. Il faut être heureux pour être malheureux, et inversement. Tout existe par contraste.

La pièce 

 

Commentaires :







Restons en contact !

Restons en contact !

Retrouvez le meilleur des dernières actualités, articles et interviews directement dans votre boîte mail ! 

Merci de votre inscription !