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Albert Cossery, maître de la dérision

 

« À notre époque, les révolutionnaires faméliques et crasseux n’existent pratiquement plus. Ils ont été atteints eux aussi par la vague de promotion sociale. Plus ils sont instruits et élégants, et plus ils sont à craindre. »

Un complot de saltimbanques, 1975

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Chevalier dans l’Ordre de la Légion d’Honneur (titre qu’il a refusé par principe), et officier dans l’Ordre des Arts et des Lettres, les œuvres d’Albert Cossery sont à l’image d’une vie de résistance contre le matérialisme, le carriérisme et la violence. Les armes de ce dandy insoumis ? L’humour et… la paresse.

Ecrivain : une vocation précoce

Fils d’un rentier et d’une mère illettrée, Albert Cossery nait au Caire en 1913. Scolarisé dans une école française, il découvre très tôt les auteurs classiques. Rimbaud, Stendhal, Baudelaire et Dostoïevski lui confirment sa destinée : l’enfant qui prenait déjà la plume à dix ans sera écrivain et rien d’autre.

La capitale égyptienne lui fait également découvrir le second fil rouge de sa vie : l’art militant. En 1938, Cossery fréquente le collectif surréaliste Art et Liberté qui s’oppose à la condamnation de l’art moderne par les nazis. Ses textes, engagés contre l’absurdité sociale et pour les démunis, sont eux publiés dans les revues francophones. Une plume qui attirera l’attention du chroniqueur américain Henri Miller, lequel permettra la publication du premier roman de Cossery en 1941.

Mais malgré les attraits du Caire, c’est bien de Paris dont rêve l’écrivain. Après plusieurs tentatives ratées dans sa jeunesse, il parvient enfin à s’y installer définitivement en 1945. D’abord logé à Montmartre, il déménage à Saint-Germain-des-Prés. C’est dans l’hôtel La Louisiane, où l’ont précédé Simone de Beauvoir et les grandes figures intellectuelles et artistiques de l’époque, que s’établit Cossery. Camus, Genet, Queneau et bien d’autres, deviennent alors de précieux compagnons de route pour cet écrivain encore peu connu en France.

Une drôle de révolution

Si Paris a ses charmes, la terre natale n’est jamais loin. Ses romans ont un petit air d’Egypte et une philosophie que Cossery tire de ses rencontres dans les rues du Caire. Mendiants, voleurs ou écrivains en déchéance, tous ses personnages n’oublient jamais de rire, et surtout de fainéanter. Cossery en fait un point d’honneur : « J’écris pour que les gens qui me lisent n’aillent pas travailler le lendemain ». Pourquoi ? Parce que la liberté, la vraie, vient avec l’absence d’ambition et le refus de l’ordre établi. Mais toujours avec dérision, bien sûr. Alors comme ses personnages, Cossery ne possède rien et se moque de tout.

Pendant les quelques cinquante ans où il vivra à l’hôtel (jusqu’à sa mort en 2008), il ne se lèvera jamais tôt et ne travaillera pas plus, si ce n’est en écrivant. Vêtu comme un prince, il quittait sa chambre chaque jour à 14h30 et s’attablait à un café pour observer le ballet des passants. Car il y a toujours matière à rire pour qui sait regarder.

Avis aux anticonformistes…

L’œuvre de Cossery, qui lui a valu le Grand Prix de la Francophonie, compte sept romans et de rares nouvelles. Voici quelques titres où découvrir cette plume méchamment drôle :

Mendiants et orgueilleux, 1955

Ancien professeur de philosophie, Gohar s’est fait mendiant et se perd dans les vapeurs de stupéfiants. Alors qu’il arpente les rues du Caire, une prostituée est assassinée. L’enquête est lancée…

Un roman nominé au Goncourt.

La violence est la dérision, 1964

Sous la dictature, un groupe d’amis décide de combattre l’absurde par l’humour et colle des affiches louant le tyran à l’excès. C’est sans compter les révolutionnaires traditionnels, dont la crédibilité est attaquée par cette farce ridicule. Un conflit interne auquel s’ajoute bientôt la police…

Un complot de saltimbanques, 1975

Après sept ans d’études ratées à l’étranger, Teymour rentre dans son village avec un diplôme acheté. En compagnie de ses anciens amis, il découvre une vie d’oisiveté et d’excès comme il l’a connue en Europe. Mais la démesure a un prix, et le comportement de ces gais lurons finit par attirer l’attention du gouvernement. Et s’ils préparaient un complot politique ?

Les couleurs de l’infamie, 1999

Ossama détrousse les riches. Un travail sans histoire jusqu’au jour où un portefeuille volé dévoile une lettre incriminant une de ses victimes : Suleyman, entrepreneur véreux, est responsable des malfaçons qui ont conduit à l’effondrement d’un immeuble, tuant cinquante personnes. Ossama et les siens entendent bien obtenir justice.

Caroline Gnanapirakasam

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