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André Breton, l’insoumis

Chef de file incontesté du mouvement surréaliste, André Breton fascine par son imaginaire foisonnant, mais aussi et surtout, par son caractère bien trempé. Portrait de l’une des figures les plus indomptables et innovatrices du XXe siècle.

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André Breton 1924

Une jeunesse formatrice

Né en 1896 en Normandie, André Breton vit une enfance banale dans une famille de petite bourgeoisie. En grandissant, il intègre le collège Chaptal où ses talents d’écriture lui valent l’admiration de certains professeurs. Bien que ses parents souhaitent qu’il entreprenne des études d’ingénieur, Breton a déjà fait son choix : il s’orientera vers des études de médecine. C’est à ce moment qu’il découvre l’œuvre de Baudelaire et Mallarmé, et devient vite un fervent admirateur du symbolisme. Ses premiers poèmes « à la manière de Stéphane Mallarmé » sont publiés en 1914 dans la revue La Phalange. Sûr de lui et désireux d’affiner ses talents, il maintiendra une correspondance avec le poète Paul Valéry durant plusieurs années.

Mobilisé l’année suivante en tant qu’infirmier, il reviendra profondément marqué du front, qu’il décrira comme « « un cloaque de sang, de sottise et de boue. »

Pendant cette sombre période, il se nourrit de textes philosophiques et dévore l’œuvre de Freud, se découvrant une passion pour la psychiatrie. L’occasion pour lui de questionner le thème de la folie. Il écrit aussi à Guillaume Apollinaire, et entretient une remarquable amitié avec un autre soldat, Jacques Vaché. Cet anticonformiste et amateur d’humour noir décède peu de temps après, mais la richesse intellectuelle de leur relation laissera une empreinte indélébile dans l’esprit de Breton. En somme, cette expérience ne fera que renforcer son tempérament et aiguiser sa plume. Il éprouvera désormais un dégoût non-dissimulé pour le nationalisme.

Au travers des mouvements

Entre temps, Breton rencontre Philippe Soupault et Louis Aragon, ses futurs loyaux compagnons, frères de lettres et camarades politiques. Paul Valéry les surnommera d’ailleurs « les trois mousquetaires ». Ensemble, ils fondent en 1919 la revue Littérature, à laquelle se joint rapidement Paul Eluard. Breton et Soupault y expérimentent le concept d’ « écriture automatique » avec le recueil de poèmes Les Champs magnétiques. Le procédé consiste à écrire sans réflexion en amont ni correction en aval, avec pour objectif de laisser s’exprimer l’inconscient de l’individu. (C’est qu’il a lu tout Freud, notre poète !) Les publications se succèdent et d’autres écrivains, attirés par leur esprit novateur et leur franchise cinglante, se joignent à eux : Picabia, Tzara… Ils forment le fameux mouvement Dada.

Cependant, Breton finit par se détacher du dadaïsme, remettant en cause son concept-même et reprochant aux adhérents d’être trop littéraires et pas assez engagés idéologiquement. Il préférait le bon temps, celui où leurs textes provoquants éveillaient les scandales. Des disputes éclatent et divisent le groupe. Désormais, il sent que le devoir l’appelle ailleurs et décide de tourner la page dada.

Il ne sera pas dit que le dadaïsme aura servi à autre chose qu’à nous maintenir dans cet état de disponibilité parfaite où nous sommes et dont maintenant nous allons nous éloigner avec lucidité vers ce qui nous réclame.

André Breton, Les Pas perdus, 1924

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Toujours avec Soupault, Breton fonde donc le mouvement surréaliste et en rédige le manifeste en 1924. Leur idéal prend forme. Pour beaucoup, c’est là que tout commence.

« SURRÉALISME, n. m. Automatisme psychique pur, par lequel on se propose d’exprimer, soit verbalement, soit par écrit, soit de toute autre manière, le fonctionnement réel de la pensée. Dictée de la pensée, en l’absence de tout contrôle exercé par la raison, en dehors de toute préoccupation esthétique ou morale.

– Encycl. Philos. Le surréalisme repose sur la croyance à la réalité supérieure de certaines formes d’associations négligées jusqu’à lui, à la toute-puissance du rêve, au jeu désintéressé de la pensée. Il tend à ruiner définitivement tous les autres mécanismes psychiques et à se substituer à eux dans la résolution des principaux problèmes de la vie. »

L’âme révolutionnaire

Toute sa vie, Breton n’hésitera pas à clamer haut et fort ce qu’il pense, au mépris des conventions. Du moins, à l’écrire. Ainsi par exemple, à la mort d’Anatole France, il rédigera cette déclaration incisive :

Loti, Barrès, France, marquons tout de même d’un beau signe blanc l’année qui coucha ces trois sinistres bonshommes : l’idiot, le traitre et le policier. Avec France, c’est un peu de la servilité humaine qui s’en va. Que soit fêté le jour où l’on enterre la ruse, le traditionalisme, le patriotisme et le manque de cœur !

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Le genre de parole venue du cœur dont il aime gratifier le public. Au fil des années, ses convictions politiques s’affirment de plus en plus nettement. Il adhère au Parti Communiste Français et affiche clairement sa position anticolonialiste. Il exclut aussi du mouvement surréaliste tout membre qu’il juge trop peu engagé dans ces causes. Cette époque sera marquée par les altercations et ruptures au sein du mouvement. Certains anciens alliés se retournent même contre lui en écrivant des textes attaquant celui qu’ils qualifient cyniquement de « Pape du surréalisme ». Mais Breton, malgré les épreuves qu’il doit traverser, n’en démord pas et continue de croire en la diffusion de son idéal.

Les années suivantes fileront au rythme de plusieurs rencontres féminines, notamment la fascinante Nadja pour laquelle, à sa demande, il écrira un livre. Finalement, il rencontre en 1943 la femme de sa vie, Elisa Bindorff, lors de son exil en Amérique durant la Seconde Guerre mondiale. Jusqu’à sa mort en 1966, Breton continuera son combat pour faire valoir sa vision d’un monde meilleur, au travers de son œuvre écrite et artistique.

André Breton a été un rassembleur, un expérimentateur et un créateur de génie. Qu’il s’agisse d’écriture, d’art, d’ésotérisme ou de psychiatrie, il aura exploré ses passions jusqu’à leurs épuisements et n’aura reculé devant aucun obstacle, quitte à essuyer les critiques les plus virulentes.

Camille Launay

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