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Ateliers d’écriture : un bon moyen pour exercer sa plume ?

 

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Selon Voltaire, « l’écriture est la peinture de la voix ». Ecrire, c’est avant tout s’exprimer, se faire entendre, donner de la voix. En bref : dire qui l’on est. Mais savoir écrire n’est pas forcément quelque chose d’acquis : cela peut s’apprendre. Il existe pour ce faire les ateliers d’écriture. Un bon moyen pour exercer sa plume ? On vous dit tout.

Ils font fureur aux Etats-Unis, notamment dans les universités, et il en existe plus d’une centaine en France : les ateliers d’écriture font eux aussi partie du paysage littéraire. Ils ont été introduits dans l’Hexagone dans les années 60, plutôt vers la fin de la décennie, s’inscrivant dans les mouvements contestataires de l’époque. Le but ? Retirer à la littérature son caractère élitiste et en faire un instrument politique de libération des mœurs. Aujourd’hui, les ateliers d’écriture ne mettent plus en avant cette visée contestataire ; ils sont un moyen pour chacun de trouver sa personnalité rédactionnelle, d’envisager l’écriture d’une manière moins scolaire, de s’épanouir pleinement dans cette activité souvent difficile et solitaire.

Le fonctionnement des ateliers d’écriture

En quoi consistent les ateliers ? Ils s’organisent en séances, qui peuvent avoir lieu tous les jours, une fois par semaine, ou encore plusieurs journées d’affilée (stage intensif). Le lieu n’est pas défini : ce peut être une bibliothèque, une école, un local, peu importe. Ce qui fait l’atelier, ce n’est pas le lieu, mais bien ce qui s’y passe. On constate que 65 % des participants sont des femmes, 80% d’entre eux ont entre 40 et 60 ans et 95% sont au moins bacheliers.

Pour participer à un atelier d’écriture, il faut parfois verser une certaine somme. Par exemple, l’atelier de Saint-Germain-en-Laye (Yvelines), organisé par l’association La Clef, demande 116€ pour un forfait de 2h par semaine pour les habitants de la ville, ou alors 144€ pour 3h par mois pour les autres (la durée étant à peu près celle d’une année scolaire). Leurs ateliers ont été créés il y a plus de douze ans et offrent une grande diversité de genres (théâtre, nouvelles, poèmes, chansons, sketches, reportages etc.), ainsi que des soirées littéraires qui regroupent les différents travaux. Ce n’est pas tout : des rencontres avec des écrivains (entre autres Anna Gavalda, auteur d’Ensemble, c’est tout, Régine Detambel, auteur de Les livres prennent soin de nous et Ingrid Thobois, auteur de Le roi d’Afghanistan ne nous a pas mariés) sont aussi mises en place.

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Comment se passe une séance ? Généralement, les participants sont intégrés dans un groupe de 8 à 10 personnes maximum, où chacun, animateur inclus, se présente (le groupe devenant souvent figé au bout de 3 séances). Celui-ci, qui a suivi une formation pour devenir animateur d’ateliers d’écriture, enchaîne avec une proposition de thème. Chacun se met ensuite à la rédaction, soit par tranches de dix minutes environ, soit pendant une demi-heure entière (plus ou moins). Passé ce délai, tout le monde cesse d’écrire et, chacun son tour, lit ce qu’il a produit. Une fois sa lecture finie, chaque intervenant reçoit un retour sur son travail, qui se doit toujours de se montrer bienveillant et constructif.

Accepter l’introspection

Lire son texte devant les autres s’avère souvent difficile et assez émouvant, parce que cela signifie se dévoiler. La lecture à peine finie, le texte que nous venons d’écrire ne nous appartient déjà plus : nos collègues l’ont reçu et l’interprètent ensuite comme ils l’entendent, selon leurs propres schémas, liés non seulement à leur personnalité, mais aussi à leur contexte socio-professionnel, et bien d’autres caractéristiques qui forgent une individualité. Mais cette lecture à haute voix est primordiale : elle permet au participant de se rendre compte de manière plus concrète de ce qu’il a écrit, des sonorités de son texte et de ses défauts, sans compter les commentaires de l’animateur et des autres participants, qui ne peuvent qu’enrichir son écriture. Le rôle de l’animateur lors de la lecture à haute voix est aussi de recevoir les peurs du participant et toutes les émotions qui l’assaillent, de manière à les rendre moins accablantes.

Participer à un atelier d’écriture, c’est accepter d’aller chercher au plus profond de soi, dans une sorte d’introspection improvisée, pour réussir à produire des textes qui représentent qui l’on est, soit par notre imaginaire lorsque les thèmes abordés relèvent de la fiction, soit par notre propre singularité lorsqu’il est plutôt question d’autobiographie ou de poésie. L’expérience peut être difficile, mais elle est toujours enrichissante, et on en ressort grandi et plus lucide sur sa propre personne.

Il n’est d’ailleurs pas question seulement de « sa propre personne » dans ce genre d’ateliers. Nous le disions plus haut, l’acte d’écriture est un acte solitaire, mais participer à un atelier d’écriture permet de le rendre plus ouvert à autrui. Celui qui y participe écoute également les œuvres des autres membres du groupe et opère sur elles un travail critique, ce qui lui permet d’ouvrir son esprit à d’autres individualités, d’apprendre à écouter, de s’imprégner des différents styles de chacun. Au final, son écriture n’en devient que plus riche et dense.

Des ateliers pour tous

Les ateliers d’écriture ne sont pas forcément destinés à ceux qui souhaitent devenir écrivains. Même celui qui veut simplement se découvrir au travers de l’écriture, sans aller plus loin que la simple passion, a tout intérêt à y participer. Si les intervenants ont en eux ce qu’il faut pour devenir des écrivains accomplis, c’est à eux de le découvrir : les ateliers leur donnent simplement les clés et les moyens pour le faire. Parfois, certains auteurs édités oublient de préciser qu’ils sont passés par un atelier d’écriture. En effet, la France est ce pays paradoxal qui attend des écrivains que leur talent leur soit inné mais qui, en même temps, n’apporte pas une reconnaissance à l’écriture en tant que métier à part entière parce que, après tout, tout le monde peut écrire !

Néanmoins, certains ne cachent pas avoir participé à des ateliers d’écriture. C’est le cas d’Anna Gavalda, professeur de français à Voisenon (Seine-et-Marne), qui sort en 1999 son premier recueil de nouvelles Je voudrais que quelqu’un m’attende quelque part, récompensé en 2000 par le grand prix RTL-Lire. Depuis, elle a publié d’autres recueils de nouvelles, mais aussi des romans, certains dédiés à la jeunesse. Le plus récent a été publié en 2014 chez Le Dilettante : La Vie en mieux. Du côté des Américains, Stephen King, décoré en 2015 de la National Medal of Arts par la Maison-Blanche, a pris activement part à des ateliers d’écriture pendant ses années universitaires.

Vous l’avez donc compris, aucune honte à participer à un atelier d’écriture, bien au contraire : il vous aidera à « peindre votre voix ».

Michelle Mbanzoulou

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