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Bernard Grasset, le visionnaire : portrait d’éditeur

La Maison Grasset, créée en 1907 (fusionnement avec les éditions Fasquelle en 1959) est aujourd’hui l’une des plus prestigieuses maisons d’édition françaises. La maison publie de la littérature française et étrangère (essais, romans et ouvrages de sciences humaines, notamment). Son fondateur, Bernard Grasset est à l’image de son entreprise : imposant, passionné, novateur. Portrait de celui qui désirait convaincre les gens « avec des mots », plutôt qu’avec des raisonnements.

Bernard Grasset (1881-1955), le fondateur de la maison d'édition. Henri Martinie / Roger-Viollet

Bernard Grasset (1881-1955), le fondateur de la maison d’édition. Henri Martinie / Roger-Viollet

Le café Vachette

Né le 6 Mars 1881 à Chambéry d’un père avocat et d’une mère fille de receveur d’enseignement, le jeune Bernard perd ses parents très jeune. Il est emmené à Montpellier par son oncle, Joseph Grasset, professeur à la faculté de la médecine, qui veille à l’éducation de son neveu. Ses efforts sont couronnés de succès, puisque Bernard entreprend des études d’économie qui s’achèvent par un doctorat. Après ses études, le jeune homme part à la conquête de la Ville Lumière, et commence à fréquenter le curieux Café Vachette dans l’effervescence du Quartier Latin. Datant du Premier Empire, ce café littéraire est le lieu de rendez-vous favori de la bohème littéraire, mêlant parmi ses habitués les étudiants ambitieux aux écrivains et poètes de grande renommée. C’est donc à l’une de ces tables que Bernard Grasset effectue son entrée dans le monde de la littérature, accompagné par Jean GiraudouxJean Moréas, ou encore Emile Faguet.

Les Editions Nouvelles  

En 1907,  au 49 rue Gay-Lussac, Bernard Grasset fonde les « Editions Nouvelles » et publie un premier roman, celui de son ami Henri Rigal, intitulé Mounette, avec l’aide des quelques 3OOO francs légués par sa mère. La chance lui sourit puisqu’il édite successivement deux prix Goncourt ; Monsieur des Lourdines  (Alphonse de Châteaubriant) et Filles de la Pluie (André Savignon). Commence alors pour le jeune Bernard une période de publications prospère : Giraudoux, (ProvincialesL’École des indifférents), Charles Péguy (Oeuvres choisies), Giono, Cendrars, André Malraux…  C’est aussi à son compte qu’A la recherche du temps perdu de Marcel Proust est édité, après avoir été refusé par Gallimard.

Une Maison d’Edition innovante

Si les Editions Grasset s’imposent peu à peu de manière incontournable au sein du paysage littéraire français, c’est aussi grâce aux procédés qu’emploie leur fondateur, procédés inhabituels et révolutionnaires pour l’époque. L’éditeur use de toutes les ressources publicitaires disponibles pour faire connaître ses œuvres et ses auteurs du grand public. Il invente la publicité littéraire. Par exemple, pour Le diable au corps de Raymond Radiguet, il prend soin de faire réaliser des spots publicitaires pour les actualités Gaumont.  Et cela lui réussit. Il lance également les 4 M (André Maurois, François Mauriac, Henry de Montherlant et Paul Morand), crée ses propres jurés littéraires, et entreprend de rechercher de nouveaux talents d’écrivains prometteurs. Avec Grasset, le monde de l’édition acquiert donc une ampleur médiatique dont il était jusqu’ici dépossédé. Les tirages se trouvent démultipliés, passant de 2000 à 20000 en peu de temps. Cette nouvelle ère va cependant rapidement être bouleversée par la seconde guerre mondiale.

Grasset dans la tourmente

Comme bon nombre d’entreprises sous le joug de l’Occupation, les éditions Grasset doivent se plier aux ordres des Nazis. Bernard Grasset publie donc, selon les directives, des textes de propagande, dont Les Principes d’Action, de Hitler. Il prend cependant soin de préciser dans la préface que la publication de cet ouvrage n’est pas cautionnée par l’éditeur et choisit de faire publier en parallèle des auteurs allemands connus pour leur antifascisme ( Noth, Glaser).

Lors de la Libération, Bernard Grasset est néanmoins exclu du Syndicat des Editeurs, enfermé à Drancy et accusé de collaboration avec l’ennemi. Jugé en Mai 1948, la sentence tombe : Grasset sera privé de ses biens, condamné à la dégradation nationale, et à un exil de cinq longues années. Une certaine résistance s’organise au sein de son cercle d’amis intellectuels qui se mobilisent pour commuer la peine de Grasset en amende. En 1953, l’éditeur sera finalement amnistié par un Tribunal militaire, ce qui lui permettra, après un long combat, de retrouver son bureau et ses chers manuscrits.

En 1954, soit quarante-sept ans après sa fondation, Grasset cède le capital de sa maison d’édition à Hachette et décide de prendre sa retraite.  Il meurt en 1955, laissant derrière lui l’image d’un homme passionné, tout autant par les livres que par leurs auteurs, et pour qui l’édition, était d’une certaine manière  » sa propre façon d’écrire. »

Camille Allard

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