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Les booktubeurs, l’avenir de la critique ?

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youtube-lecture-étudiants-booktubeurs // © Stéphane Moret

Le phénomène a déjà envahi les Etats-Unis et il est en plein essor dans l’Hexagone : les booktubeurs sont une nouvelle génération de passionnés de littérature, qui postent des vidéos sur YouTube. Sont-ils l’avenir de la critique littéraire ?

YouTube est largement connu pour être une plateforme favorisant les communautés de passionnés en tout genre, qui se rassemblent autour d’un thème spécifique, avec bien entendu des chaînes plus influentes que d’autres. Les domaines de prédilection des Youtubers sont l’humour, la beauté et les jeux vidéo. Les grandes figures sont Cyprien pour l’humour, avec 8 457 334 abonnés, EnjoyPhoenix pour la beauté avec 2 170 731 abonnés, Joueur du Grenier pour les jeux vidéo avec 2 553 267 abonnés (21.01.2016). Néanmoins, et même s’ils sont moins connus, les Youtubers se concentrant sur la littérature commencent à faire parler d’eux.

Ils sont appelés « booktubeurs », contraction de « book » et de « YouTube ». Ce sont souvent des jeunes femmes, âgées d’une vingtaine d’années et qui ont le goût de la lecture depuis l’enfance ou l’adolescence. Les booktubeurs postent des vidéos pour donner leur sentiment sur des livres qu’ils viennent de terminer, recommander des titres à leur communauté, se lancer des défis entre eux… En bref : ils font vivre la littérature. Le phénomène a d’abord vu le jour aux Etats-Unis au milieu des années 2000, les booktubeurs anglophones et hispanophones constituant une communauté beaucoup plus élargie que les francophones.

La littérature de la génération Y

L’univers des booktubeurs, c’est avant tout un vocabulaire, qu’il faut maîtriser car il revient dans toutes les vidéos. Ainsi faut-il savoir qu’une PAL est une pile à lire, que la PALM est la liste des livres dont la lecture est prévue pour le mois à venir et que la Wishlist est la liste des livres que l’on souhaite acquérir. Les vidéos ne présentent pas toujours le même format : il peut s’agir de Book Haul, c’est-à-dire que le booktubeur montre les derniers titres qu’il s’est offerts ou a empruntés ; d’Unboxing, où le booktubeur ouvre un colis en direct face caméra ; d’Update Lectures, chroniques dans lesquelles il commente un ou plusieurs livres lus récemment ; de Tags, où il répond à des questions concernant ses habitudes de lecture et où, en fin de vidéo, il tague un autre booktubeur qui devra répondre aux mêmes questions ; et enfin les Liveshows, qui sont des conversations en vidéoconférence diffusées en direct sur YouTube grâce à Google Hangouts et qui permettent au booktubeur de répondre en temps réel aux questions de ses abonnés.

Ces passionnés de littérature sont donc en plein cœur de la génération Y et maîtrisent Internet et les nouvelles technologies. Pour autant, leurs recommandations littéraires sont en grande majorité des livres papier plutôt que numériques, ce qui est peut-être une bonne nouvelle pour le secteur de l’édition, qui, selon une étude de la société GfK, accuse un léger recul de 1,1% en 2014 et avant cela un repli de 2,7% en 2013, descendant pour la première fois en-dessous de la barre des 4 millions d’euros de chiffre d’affaires. Ce sont les ventes de livres papier qui continuent de diminuer, puisque celles des livres numériques progressent doucement (elles représentaient 4,1% du chiffre d’affaires de ventes de livres en 2013), mais pas assez pour compenser les pertes. Ainsi, ces booktubeurs qui gagnent en influence pourraient s’avérer constituer un filon à exploiter pour les maisons d’édition, même si elles sont encore peu à leur accorder de l’importance.

Un nouvel outil de promotion pour les éditeurs

Selon les propos de The Bookseller en 2014, magazine britannique spécialisé dans l’édition, les éditeurs qui ne mettent pas en place une stratégie incluant YouTube ratent une opportunité, car le temps passé à visionner des vidéos sur le site augmente de 50% par an. Pan Macmillan, l’un des éditeurs les plus importants du Royaume-Uni, s’est dit prêt à travailler avec des booktubeurs dans un proche avenir. Les booktubeurs anglophones les plus influents sontPolandbananasbooks avec 265 450 abonnés, Booksandquills avec 144 074 abonnés et Jessethereader avec 138 804 abonnés (21.01.2016). En France, certains éditeurs se tournent vers les booktubeurs qui regroupent le nombre d’abonnés le plus élevé pour faire la promotion d’un ouvrage à paraître ou qui vient de paraître, et ces livres constituent parfois des cadeaux que les booktubeurs offrent à leurs followers lorsqu’ils mettent en place des concours.

Glénat, l’éditeur de bandes-dessinées, mangas, livres et presse, a déjà montré son intérêt pour ces nouveaux influenceurs. Cependant, il n’offre un partenariat qu’à ceux qui ont au moins 10 000 abonnés et dont les vidéos et l’orthographe sont irréprochables. En France, les plus connus sont, entre autres, Les lectures de Nine, qui affiche 31 210 abonnés, Fairy Neverland, qui en cumule 21 554 et Bulledop, qui en totalise 16 693 (21.01.2016). De plus, contrairement à leurs homologues anglophones les plus influents, ces partenariats ne permettent pas aux booktubeurs français de vivre de leurs vidéos car ils ne sont pas rémunérés. Mais ce n’est peut-être pas plus mal, puisque ces jeunes critiques préfèrent garder leur indépendance et ne pas avoir l’air de recommander un livre parce qu’ils ont été payés pour le faire. Leurs quelques revenus sont issus du nombre de vues sur leurs vidéos, mais les sommes sont loin d’être aussi exorbitantes que celles perçues par les Youtubeurs humour et beauté les plus influents.

Il faut noter que, malgré leurs vidéos de qualité parfois très professionnelle, les booktubeurs ne peuvent pas réellement être vus comme la nouvelle génération de critiques littéraires, dans le sens où ils ne sont que des passionnés qui donnent leur avis sur une lecture qu’ils ont faite, sans pour autant aller dans les détails analytiques de l’œuvre, de son style, de sa trame etc. Certains essaient de nuancer leurs propos quand ils n’aiment pas un livre, notamment pour ne pas heurter l’auteur et sa communauté de lecteurs, d’autres préfèrent dire les choses sans détours, mais leurs propos nuisent rarement aux titres critiqués, car les abonnés sont d’autant plus curieux quand un livre n’a pas convaincu le booktubeur en question, et le lisent eux-mêmes pour se faire leur propre opinion.

Les booktubeurs sont donc avant tout des passeurs de culture et permettent à une communauté de bibliophiles de se retrouver et discuter. De quoi donner envie de lire plus souvent !

Michelle Mbanzoulou

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