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Boris Vian ou l’homme à l’envers

Il y a bientôt 60 ans, Boris Vian disparaissait. Ecrivain, peintre, musicien chansonnier, ce créatif sans commune mesure n’aura cessé de manifester sa liberté et son imagination. Portrait d’un créateur irrévérencieux.

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Un jeune esprit insoumis

Boris Vian est né le 10 mars 1920 à Ville d’Avray. Au lycée Hoche de Versaille, il obtient, malgré des problèmes de santé déjà présents, la première partie de son baccalauréat : grec et latin. Brillant, il aura deux ans plus tard la seconde partie du bac, mathématiques et philosophie. Plus attiré par les maths, il s’orientera vers une classe préparatoire scientifique et intègrera Central, mais demeurera sceptique face à des enseignements « donnés par ces professeurs idiots qui vous bourrent le crâne de notions inutiles, compartimentées, stéréotypées […] Vous savez maintenant ce que j’en pense de votre propagande. » Une envie l’anime déjà : casser les codes.

Ecrivain, peintre, musicien et chansonnier

La musique tient une grande place dans la vie de Boris Vian, notamment le jazz. Pour pallier à l’ennui que lui procure Central, il apprend à jouer de la trompette, et entre dans le Hot Club France, présidé par Louis Armstrong. Il forme un groupe avec ses frères et rejoint l’orchestre amateur de Claude Abadie. Alors qu’il entre à l’Afnor – association française de normalisation – en tant qu’ingénieur en 1942, il publie ses premiers textes dans le magazine Jazz Hot.

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Le jeune Boris s’intéresse beaucoup aux « zazous », des gens qui « sont très très swing et aiment le jazz ». Dans Vercotin et le Plancton, écrit en 1945, le maître des « zazous » évoque cet univers, affluant chez lui, rue du faubourg-poissonnière, au sein de ses surprises parties, mais également au Caveau des Lorientais et au Tabou, où Boris Vian rencontre le fameux Jean Sol Partre de l’Ecume des jours, ainsi que Simone de Beauvoir, alias la duchesse de Bovouard, et Raymond Queneau, qui promet de publier Vercotin et Plancton.

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Le jazz est son principal refuge. Il retrouve son idole Duke Ellington au Café Saint Germain, et le suit partout pour faire sa promotion. A partir de 1949, il écrit fréquemment pour le jazz : Combat, Jazz Hot, il anime également une émission radio sur le thème, WWFS, signifiant en argot : insolent ou irrespectueux.

Le 8 juin 1946, il est saisi d’une impulsion et peint pendant une semaine entière, «  à en perdre le boire et le manger » selon Noël Arnaud. Certaines œuvres ont été exposées durant l’exposition de Queneau «  les peintres écrivains d’Apollinaire à Boris Vian ». L’auteur a également écrit des chansons un brin tendancieuse comme J’suis snob ou le déserteur, chanson pacifiste sur la guerre d’Indochine, qui fut censurée.

La musique a sauvé Boris Vian tout au long de sa vie, c’était son îlot, mais ce pour quoi il vivait, c’était la littérature.

Un écrivain incompris

De son vivant, les œuvres de Boris Vian ne connurent pas un grand succès. Pire, elles lui apportèrent des ennuis. En 1946, l’écrivain quitte l’Afnor pour se concentrer sur ses écrits notamment son grand projet l’Ecume des jours.

Il y a beaucoup de bonheur dans l’Écume des jours. Et puis il y a le petit danger de l’homme qui sent pointer quelque chose qui le tenaille à l’intérieur.

L’Ecume des jours est publié en 1946, suivi de peu par Vercoquin et le plancton. Les deux oeuvres ne bénéficient d’aucun soutien de Gallimard, qui fait habituellement la promotion des grands auteurs : c’est un échec. Imprimés à 4400 exemplaires chacun, les ouvrages se vendent à une centaine d’exemplaires à peine. De plus, Boris Vian qui espère obtenir le prix de la Pléiade, soutenu par le Jury, échoue face à Jean Grosjean qui sera distingué pour faire contrebalancer les soupçons de collaboration sur Gallimard.

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La même année, fortement inspiré par la lecture de Tropiques du cancer d’Henry Miller, Boris Vian publie J’irai cracher sur vos tombes, sous le pseudonyme Vernon Sullivan, cassant tous les codes de la littérature. Le livre connait un important succès et est adapté au théâtre, avec un casting prestigieux (Yves Montand et Juliette Greco entre autres).
Cependant, considéré comme pornographique et immoral, J’irai cracher sur vos tombes est interdit en 1949.

Face à cette polémique, beaucoup d’éditeurs sont réticents à publier Boris Vian. L’Arrache cœur est refusé par Gallimard. L’œuvre sort alors aux éditions Vrille mais ne rencontre aucun succès. Boris Vian décide d’arrêter la littérature. Il gagne sa vie en étant pigiste pour le compte d’Albert Camus dans le journal Combat.

Ironie du sort, l’écrivain meurt le 23 juin 1959 pendant la projection du film J’irai cracher sur vos tombes. Il aura ainsi dédié sa vie, qu’il le veuille ou non, à la littérature.

Il faudra attendre les années 1960 et notamment les événements de Mai 68 pour que l’auteur de l’Ecume des jours soit redécouvert par des étudiants s’identifiant à l’ouvrage.

Un Inventeur loufoque

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Inventeur du « peignophone » (mélange entre un peigne et du papier de cigarette) et du « pianocktail », Boris Vian a durant toute son existence manifesté son imagination débordante et farfelue que l’on retrouve au sein des pseudonymes qu’il se donne : Vernon Sullivan, Bison Ravi, Baron Visi et même Honoré Balzac. Nommé « Pataphysicien », et plus exactement : « Satrape et promoteur Insigne de l’ordre de la grande Gidouille, avec les Sublimes privilèges que de droit  », Boris Vian s’inscrit dans ce groupe où l’on promeut les sciences « inutiles », et où l’on laisse libre court à sa fantaisie. A l’endroit ou à l’envers, peu importe, pourvu que cela soit créatif.

Aurore Bera

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