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Ces œuvres condamnées

Littérature rime avec censure, et pour cause, l’une n’a jamais pu échapper à l’autre.

Pourvu que je ne parle ni de l’autorité, ni de la politique, ni de la morale, ni des gens en place, ni de l’opéra, ni des autres spectacles, je puis tout imprimer librement, sous la direction, néanmoins, de deux ou trois censeurs. 

            Mariage de Figaro, Beaumarchais

Rétrospective sur quelques-unes des œuvres littéraires qui ont dû faire face à la censure, et les causes de leur condamnation.

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Censure politique

De façon plutôt prévisible, 1984 de Georges Orwell avait été interdit en URSS de 1950 à 1990 pour sa critique à peine masquée du régime stalinien, cependant c’est La ferme des animaux, écrit durant la seconde guerre mondiale, qui a fait l’objet d’une plus grande censure, interdit tout d’abord de publication par les Alliés entre 1943 et 1945 en raison de leur alliance avec le gouvernement soviétique, critiquée dans le roman. Cette œuvre majeure continue cependant d’être bannie à travers le monde, notamment en Corée du Nord, sans grande surprise. Censurée en 1991 au Kenya pour sa critique du pouvoir, elle a également été interdite en 2002 aux Emirats Arabes Unis. Cause de cette dernière condamnation : les cochons qui parlent vont contre leur religion.

Les Misérables a également dû faire face à la censure à plusieurs reprises à cause de la dénonciation que Victor Hugo y fait des injustices sociales de l’époque. Le roman est traité d’« immoral », de « prérévolutionnaire », et  de « scandaleux ».

L’Appel de la forêt de Jack London a été condamné pour des raisons politiques. S’il est difficilement concevable que l’histoire d’un chien qui redevient sauvage petit à petit suscite une vive polémique, selon le gouvernement fasciste Yougoslave en 1929, le livre était « trop radical », car il valorisait la nature plutôt que la civilisation … Les œuvres de Jack London ont également été censurées dans la première moitié du XXe siècle, dans les pays aux régimes fascistes, en raison des idées socialistes de l’auteur.

La Plaisanterie, le premier roman de Kundera, publié en 1967, décrit la misère et la terreur des habitants de Tchécoslovaquie sous le régime stalinien. Pas étonnant que le livre fut interdit en 1968, lors de l’invasion soviétique du pays. L’auteur dut attendre 1989 pour que son œuvre soit reconnue dans son pays natal.

Le deuxième sexe de Simone de Beauvoir avait été interdit en Espagne par Franco qui n’approuvait pas l’égalité hommes-femmes.

Censure religieuse

Les philosophes des Lumières sont certainement les plus célèbres victimes de la censure religieuse. Voltaire en particulier, avait su s’attirer les foudres de l’Eglise en critiquant ses principes. Censuré par le clergé en France, c’est finalement à Genève que l’écrivain parvint à faire publier son roman philosophique Candide. Les deux premiers volumes de L’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert furent quant à eux interdits en France en 1752, par Louis XV. Selon l’église catholique, la partie philosophique du dictionnaire avait subi une « contamination de l’esprit voltairien ». Pour les jésuites, le livre était tout simplement condamnable car « athée et matérialiste ».

Mais la censure religieuse commença bien avant les idées des Lumières. Après sa première représentation, Tartuffe de Molière fut censuré par l’Eglise, qui jugea scandaleuse la représentation d’un homme utilisant le couvert de la religion pour s’introduire chez un ami, le voler et séduire sa femme. A noter que Dom Juan, mettant en scène le plus célèbre des libertins, dut également attendre quelques années avant de pouvoir être représenté dans sa version originale.

Plus insolite, le premier tome de Sherlock Holmes d’Arthur Conan Doyle fut banni en URSS en 1929 car le roman défendait le spiritisme et l’occultisme.

Plus récemment, Les versets sataniques de Salman Rushdie, publié en 1988, a été l’objet des réactions les plus extrêmes. Jugé blasphématoire envers l’Islam, certaines communautés musulmanes vivant en Angleterre organisèrent un autodafé dans les villes de Bolton et de Bradford, où le livre fut brûlé publiquement. L’ayatollah Khomeini d’Iran proclama une fatwa contre l’auteur et ses éditeurs en 1989, offrant d’ailleurs un prix à quiconque parviendrait à tuer Rushdie. L’écrivain dut vivre les neuf années suivantes dans la clandestinité, entouré de gardes du corps. Après la censure du livre dans une quinzaine de pays à travers le monde, la vente ou la lecture du roman devint dangereuse : des bombes furent même placées dans de nombreuses librairies en Angleterre et aux Etats-Unis. Au Japon, quiconque tâchant de vendre le livre écopait d’une amande ; quant au Venezuela, quinze ans de prison était la peine requise pour un flagrant délit de lecture !

Aujourd’hui encore, la censure religieuse est loin d’être une chose révolue, comme l’Etat Islamique nous le démontre chaque jour. Parmi les communautés chrétiennes, l’extrémisme et l’intolérance demeurent également. Sans parler des nombreuses controverses suscitées par Le Da Vinci Code de Dan Brown, certains livres à l’aspect pourtant inoffensif et sans aucune allusion à la religion ont su trouver des détracteurs. Ainsi, des écoles catholiques dans les provinces d’Ontario et de Terre-Neuve au Canada ont banni la saga d’Harry Potter. Comme dans un retour au temps de la chasse aux sorcières, des communautés chrétiennes extrémistes canadiennes et américaines accusent l’auteur J.K. Rowling d’y faire l’apologie de la sorcellerie !

Censure pour « atteinte aux bonnes mœurs »

Madame Bovary est l’un des exemples les plus célèbres d’œuvres condamnées pour offense à la morale. Pourtant bien loin du caractère licencieux des œuvres de Sade, qui, évidemment, avaient connu la censure, certains passages de ce premier roman avaient été censurés par l’éditeur de Flaubert en personne, dans La Revue de Paris, tels la nuit de noce des Bovary, et la fameuse scène du fiacre. Cela n’empêcha pas le jeune auteur, jusque-là inconnu, de subir un procès en 1856. Le scandale donna au jeune écrivain une célébrité immédiate.

Baudelaire dut faire face à un procès similaire l’année suivante, en 1857, pour Les Fleurs du Mal. Le recueil fut condamné pour « outrage à la morale publique ». Six poèmes furent censurés : Les Bijoux, A celle qui est trop gaie, Le Léthé, Lesbos, Femmes damnées et La métamorphose du vampire. Ces derniers ne furent réhabilités, en France, qu’en 1949.

Autre condamnation célèbre : Lolita de Nabokov. « Le livre le plus immonde que j’ai jamais lu » selon l’éditeur du tabloïde anglais The Sunday Express, le roman fut censuré au Royaume-Uni mais aussi en France après cette critique.

Frankestein de Mary Shelley fut condamné plus de cent ans après sa publication, en 1955 en Afrique du Sud durant l’Apartheid en raison de certains passages « obscènes » et « indécents ». On se demande encore aujourd’hui à quels extraits du roman cette accusation pouvait faire référence !

Ulysse de James Joyce fut interdit pendant quelque temps après sa publication en Irlande, en Grande Bretagne et aux Etats-Unis pour atteinte à la pudeur et à la religion. L’Amant de Lady Chatterley de D.H. Lawrence et Le Meilleur des mondes d’Aldous Huxley font également partie de ses œuvres qui ont été censurées après avoir été jugées « indécentes » aux Etats-Unis.

Et autres…

American Psycho de Brett Easton Ellis a engendré de nombreuses controverses pour son contenu excessivement violent. Les réactions étant aussi extrêmes que le roman lui-même, l’auteur a reçu des menaces de mort après sa publication. Le livre est encore banni aujourd’hui dans le Queensland en Australie, et interdit de vente aux moins de dix-huit ans dans le reste du pays.

Censurées par les régimes nazis et soviétiques, les œuvres de Kafka ont été interdites en Tchécoslovaquie. La cause ? L’auteur avait eu l’audace de publier ses œuvres en allemand plutôt qu’en tchèque ! 

Alice au Pays des Merveilles de Lewis Caroll a été censuré en Chine en 1931 car, chose connue, les animaux parlants sont inquiétants ! Du moins, c’est ce qu’a conclu la province de Hunan qui jugeait scandaleuse cette mise à égalité entre animaux et êtres humains.

La censure peut-elle être justifiée ?

Sa majesté des mouches de William Golding avait essuyé 20 refus d’éditeurs qui, tous, ont jugé que le contenu du roman était trop violent. L’écrivain anglais a finalement pu publier son livre en 1945. Combien d’autres écrits aussi extraordinaires ont été refusés ainsi ? Bien que le refus d’une telle œuvre eût été à déplorer, la censure d’écrits particulièrement choquants peut-elle se justifier ?

Mein Kampf a été très populaire dès sa parution, et encore plus lors de la montée d’Hitler au rang de Chancelier d’Allemagne en 1933. Le nazisme aurait-il pu avoir moins d’adhérents si cet ouvrage antisémite n’avait pas été autant lu à l’époque ? La Shoah aurait-elle pu être évitée si le livre n’avait pas été publié ? Une bien triste question …

Sur une toute autre note, le livre Suicide, mode d’emploi de C. Guillon et Y. Bonniec est aujourd’hui censuré en France mettant en cause le risque d’incitation au suicide.

Ashley Cooper

 

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