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Comment passer en haut d’une pile de manuscrits en 13 points

C’est la question que tous les écrivains en quête d’éditeur se posent : comment faire pour que ce soit moi l’élu, et pas les autres auteurs de la pile ? Lecthot vous présente aujourd’hui un dossier qui vous aidera à peaufiner votre projet afin qu’il attire l’attention (et en bien !) dans une maison d’édition.

Autour du texte

Tout d’abord, parlons de tout ce qui tourne autour de l’envoi du manuscrit aux maisons d’édition. Il existe plusieurs moyens de se distinguer parmi les dizaines, voire les centaines d’autres textes que reçoit l’ami éditeur dans son bureau…

1. Renseignez-vous sur la ligne éditoriale des maisons

La règle basique à respecter : renseignez-vous sur la maison d’édition où vous envoyez votre manuscrit. Il est évident que votre romance poétique ne fera pas beaucoup de vagues si elle atterrit chez un spécialiste du thriller…  (Oui, ce genre de chose arrive vraiment. Souvent en plus !) Rien ne sert de bombarder aveuglément tout le catalogue éditorial : faites un repérage et sélectionnez uniquement les lignes éditoriales qui correspondent au genre de votre manuscrit. Ce sera un gain de temps pour tout le monde.

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2. Adaptez-vous aux règles de l’éditeur

De plus, si certains éditeurs autorisent qu’on leur envoie un manuscrit par la poste, d’autres n’acceptent plus que les envois par e-mail. Comprenez-les, c’est sacrément plus pratique à tout classer sous ce format et mine de rien ça libère pas mal d’espace. Alors pensez aux arbres (et à votre porte-monnaie) avant d’imprimer trois fois votre poids en papier ! Ce que vous devez éviter à tout prix, c’est d’envoyer un manuscrit écrit à la main : ne faites jamais ça, envoyez toujours un document dactylographié. Auriez-vous envie de lire et corriger 300 pages comme ça ?

Les éditeurs non plus. C’est pourquoi, même si votre écriture est sublime, personne ne voudra la lire (à moins que vous envoyiez le fruit de votre labeur à une maison spécialisée en calligraphie). Certes, on le sait, dans « manuscrit » on sous-entend « écrit à la main », mais c’est simplement un mot du jargon éditorial se substituant à « tapuscrit ». Pourquoi ? On ne saurait le dire, peut-être par nostalgie… Avouez que manuscrit ça en jette bien plus que tapuscrit !

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3. Prévoyez une note d’intention

Indispensable chez certains éditeurs et facultative pour d’autres, elle reste dans tous les cas un potentiel bonus. Cette lettre d’accompagnement sert à présenter brièvement le manuscrit, ainsi que l’auteur. Evitez de trop rentrer dans les détails concernant votre vie privée : résumez plutôt vos expériences en rapport avec le domaine de l’écriture. De plus, la note doit comporter une explication concernant votre choix d’éditeur, afin de gagner en crédit auprès de la maison qui reçoit votre travail. Enfin, il est bien vu d’ajouter des remerciements à l’entreprise. (Qui n’aime pas recevoir des mots gentils ?) Le tout doit tenir sur une page.

4. Soignez votre synospis

Afin que le résumé de votre roman soit efficace, il doit être à la fois succinct, percutant et intrigant. Si vous n’êtes pas à l’aise avec cet exercice, entraînez-vous à écrire des « pitch », soit de courts résumés de livres ou de films : ce sont les quelques phrases qui donneront envie au lecteur/spectateur de se plonger dans l’œuvre. Imaginez que votre roman soit adapté en film et diffusé sur une chaîne de télévision : qu’écrirait-on sur le programme afin d’ameuter un maximum d’audience en piquant sa curiosité ?  Le pitch est très important, car il présente un avant-goût de votre talent (ou de votre absence de talent, mais on ne vous le souhaite pas) et influe fortement sur le jugement de l’éditeur : va-t-il s’intéresser au manuscrit ou le délaisser d’entrée de jeu ?

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5. En cas de panne d’inspiration, évitez la note d’intention, ou faites-vous aider pour la rédiger

C’est là que la note d’intention peut s’avérer dangereuse si mal utilisée : en cas de pitch raté, trop banal ou peu compréhensible, votre manuscrit risque d’être automatiquement écarté. Les éditeurs en reçoivent beaucoup et s’arrêtent souvent à la première impression (faute de temps) : si votre lettre d’accompagnement fait de la mauvaise promotion, ils en déduiront que votre travail n’en vaut pas la peine. Alors si ce document n’est pas réclamé par l’éditeur et que vous n’êtes pas habiles dans sa rédaction (« Bah c’est l’histoire d’un mec qui va faire ses courses, il achète du fromage à raclette et puis voilà… Mais éditez-moi, j’vous assure que c’est génial comme histoire ! »), mieux vaut s’abstenir d’en fournir un et diminuer le risque de voir son manuscrit refusé.

6. Facilitez le travail du correcteur

Car oui, l’éditeur aussi est un être humain et dépense de l’énergie à trier des manuscrits. Et croyez-moi, si tout ce qu’il recevait était numéroté au bas des pages (pour ne pas mourir de désespoir si la pile lui échappe des mains et se disperse aux quatre coins du monde), avec des interlignes d’au moins 1,5 et du texte imprimé seulement au recto (pour faciliter les annotations entre les lignes et au dos de la feuille), il serait infiniment heureux et reconnaissant. Alors soyez généreux et faites en sorte que votre texte soit « pratique » à travailler : votre effort sera bien perçu et mettra davantage de chances de votre côté.

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7. Montrez votre motivation

Comme pour décrocher un job, il faut savoir vous vendre en montrant que vous êtes le plus surmotivé de tous les auteurs surmotivés de la pile de manuscrits. Par exemple, si l’éditeur vous renvoie votre texte en suggérant des changements à y apporter, renvoyez-le-lui encore avec les corrections effectuées. Il verra que vous prenez en compte ses conseils, signe d’un réel intérêt. (Et aussi, que vous n’êtes pas imbus de vous-mêmes et que vous acceptez la critique, ce qui est plutôt commode si vous confiez votre texte à quelqu’un dans l’optique qu’il soit modifié…) Peut-être que cette fois-ci, ça passera ! Plusieurs auteurs célèbres se sont vus refusés leur manuscrit plusieurs fois par le même éditeur, avant d’être finalité acceptés. C’est par exemple le cas de Bernard Werber, auteur du roman Les Fourmis. L’acharnement des auteurs est même un critère de sélection dans certaines maisons.

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Ce chat affronte tous les obstacles avec un regard décidé. C’est pour ça que son manuscrit va passer. Faites comme ce chat.

Or attention, si l’éditeur vous a signifié que votre biographie du dernier diplodocus ne correspondait pas à sa ligne éditoriale (les beaux-livres sur l’art antique –dommage, vous n’aviez pas encore lu le premier point de ce dossier), inutile de lui renvoyer votre chef-d’œuvre avec un petit mot du style « J’ai rajouté un tyrannosaure avec un nom de dieu grec dans mon histoire, vous me prenez du coup ? ». Dans ce cas, votre détermination passera pour une vocation tête de mule.

Au cœur du texte

Voyons maintenant les manières de quérir le succès grâce au contenu-même du manuscrit. Qu’il s’agisse d’intrigue ou de personnages, il y a bien des manières de rendre son manuscrit unique… du moins assez pour qu’un éditeur jette son dévolu sur celui-ci plutôt qu’un autre !

8. Dégotez des bons amis (surtout doués) pour vous relire

Egalement surnommés « esclaves », ces bêta-lecteurs proviennent généralement de votre entourage proche et ont la gentillesse de relire l’intégralité de votre texte avant l’envoi fatidique. Ainsi, outre corriger les coquilles qui vous auront échappées (parce que vous vous êtes relu à 4h du matin), vous pourrez modifier les points nécessaires en tenant compte de leur avis. Ces points peuvent aussi bien concerner le fond (histoire, personnages) que la forme (orthographe, syntaxe). Le premier jet d’un roman est rarement irréprochable et il est difficile pour un auteur de juger son propre travail. Alors rien de plus bénéfique qu’avoir sous la main un petit échantillon de son futur public. Ecoutez attentivement les suggestions des autres et dites-vous que c’est ce que pourrait penser un « vrai » lecteur si votre roman était publié tel quel.

Evitez de demander de l’aide à des personnes qui ne seraient pas capable de critiquer votre travail (même si c’est pour votre bien) par peur de vous blesser : leur intervention flattera peut-être votre ego mais sera inutile pour espérer améliorer la qualité du manuscrit.

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9. Trouvez votre style

Pour vous démarquer, rien de tel qu’une belle démonstration mettant en valeur sa propre patte. Votre personnalité doit ressortir à travers les lignes, et pour cela, il faut développer son style d’écriture. En clair, l’idéal serait qu’une personne qui vous lise puisse s’exclamer « Eh ! Mais je reconnais la plume de Truc ! ». On le sait, trouver son style c’est un peu comme ouvrir ses chakras : ce n’est pas une faculté qui vient en un jour : il faut des mois, et même des années de travail pour que votre caractère imprègne votre prose.

Inutile de vous équiper d’un dictionnaire et d’en débiter machinalement le contenu pour « faire beau et cultivé » : le résultat sera juste lourd et ennuyeux, sans compter le fait que l’éditeur verra tout de suite clair dans votre petit jeu. (On ne trompe pas le maître dragon, il voit tout, il sait tout !) Ce genre d’étalage est d’ailleurs très mal vu. Avoir du vocabulaire c’est bien, c’est même indispensable… Toutefois, un roman nourri aux noms scientifiques de scarabées et aux expressions pêchées dans le lexique des précieuses, c’est assez dangereux pour votre crédibilité. Non, mieux vaut préférer à ces méthodes douteuses des exercices de rédaction sérieux et réguliers. Ainsi, vous apprendrez progressivement à connaître vos tournures de phrases et autres champs lexicaux de prédilections, puis vous observerez émerger un style qui vous ressemble.

Prenez garde également à ne pas fournir à l’éditeur une page de présentation trop chargée ou bariolée. Restez sobre, sans quoi il risque de considérer votre démarche comme une tentative de dissimuler un texte de mauvaise qualité derrière une pseudo-vitrine rutilante.

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10. Créez un univers inédit

Tout écrivain s’inspire d’un autre : c’est inévitable, même quand cela s’opère inconsciemment. Cependant, évitez le syndrome fanfic, c’est-à-dire écrire pour prolonger une œuvre que vous admirez et de rendre cela évident. Même si vous tentez de dissimuler vos intentions en modifiant quelques éléments (« Mais nan regarde, le héros s’appelle pas pareil ! »), l’éditeur le verra : car souvenez-vous, il voit tout ! Face à un manuscrit aux allures de copié/collé il rétorquera d’un air las « Peste, encore un remake du Seigneur des Anneaux avec des vampires sexy ! » et le jettera illico presto dans la corbeille, qu’elle soit virtuelle ou non.

La tentation de surfer sur la vague d’une œuvre à succès est grande, mais votre production restera à jamais dans son ombre si elle se contente de l’imiter : inspirez-vous d’une base si vous voulez, mais apportez-y des éléments supplémentaires. N’hésitez pas à assumer vos idées, même si elles ne sont pas conventionnelles. Surtout si elles ne sont pas conventionnelles… Vous rêvez de personnages qui se déplacent dans des cafetières géantes supersoniques au lieu de traditionnels vaisseaux spatiaux (franchement qui se déplace encore en vaisseau spatial, c’est tellement démodé !) ? Pourquoi pas ! Un peu d’audace reste bien mieux en mémoire qu’un récit dépourvu de toute trace d’innovation. Certes, un manga aura sûrement eu cette idée tordue avant vous, mais au moins il sera moins connu des éditeurs.

Même la maison de campagne de vos aïeuls peut devenir épique si vous y ajoutez ce qu’il faut (qui ne soit pas des hobbits)

11. Travaillez vos personnages

De bons personnages sont essentiels pour faire un bon roman. Et pour qu’un personnage soit considéré comme bon, il faut à la fois qu’il soit intéressant en soi et que le lecteur crée un lien particulier avec lui.

Concernant la création du personnage en lui-même, là encore, c’est une occasion d’apporter votre touche personnelle. Il n’est pas interdit d’utiliser des stéréotypes : il peut être intéressant d’y faire appel pour constituer une base à vos personnages (l’orphelin, le garçon manqué, la brute…) ou vous inspirer. Le tout est de savoir dépasser ce cadre par la suite, en enrichissant la figure de traits qui lui sont propres, et non de se vautrer dans les clichés (sauf si c’est vraiment l’objectif, souvent pour être drôle, mais souvenez-vous trop de clichés tue le cliché !). Pour plus de détails, consultez notre article sur la création de personnages romanesques.

Ensuite, il y a le rapport personnage-lecteur, à ne surtout pas négliger. Peut-être que Martine Martin est le personnage le plus extraordinaire de l’univers dans vos fiches, mais si elle meurt au bout de quelques lignes personne n’en aura rien à cirer et oubliera son existence en tournant la page. En revanche, si elle meurt au bout de trois tomes, après avoir traversé moult épreuves, les fans seront en deuil : ils créeront une page Facebook intitulée « En hommage à la génialissime Martine Martin » et vous enverront des lettres d’insulte en vous priant de la ressusciter sur-le-champ, parce que « Franchement ça se fait pas de tuer Martine Martin, il était trop trop bien ce perso ! ». Vous voyez l’idée ? La différence est que dans le premier exemple, aucun lien ne s’est créé entre le personnage et les lecteurs. Ils le regarderont donc subir tout et n’importe quoi avec un détachement légendaire. Tandis que dans le second cas, le personnage a vécu des joies et des peines en compagnie des lecteurs, peut-être même qu’il a grandi avec eux et leur a appris des choses. Ils se sont donc attachés à lui et seront beaucoup plus touchés par ce qui peut lui arriver.

Cette préoccupation du sort des protagonistes est l’un des meilleurs moyen de donner envie au lecteur de continuer l’histoire (et ainsi, de faire une nuit blanche). Bonne nouvelle, cela fonctionne aussi sur les éditeurs !

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12. Jouez avec les émotions du lecteur

Dans la continuité du point précédent, faites en sorte de transmettre émotions des personnages au lecteur. C’est ce qui contribue à créer l’identification, puis l’attachement du lecteur pour l’ouvrage. Pour cela, rien de tel que de jouer la carte de l’ascenseur émotionnel : votre histoire devra présenter une large palette d’ambiances, en alternant les instants joyeux, calmes, tristes, tendus… A vous de déterminer ce qui conviendra le mieux à votre histoire. Le tout est de rendre le texte immersif : le lecteur doit pouvoir un maximum se projeter à la place de vos êtres de papier. On vous l’accorde, les auteurs sont parfois assez sadiques : mais admettez que sans intensité émotionnelle, leurs romans seraient un peu fades ! Toutefois, vous pouvez aussi choisir d’agir à contrepied de ce conseil, en mettant en scène un manque, voire une absence d’émotion chez les personnages ou dans l’histoire : cette sensation de distance induite chez le lecteur sera aussi une émotion en soi !

13. Pensez au but de l’histoire

 

Toujours utile pour ajouter de la profondeur à un texte : demandez-vous pourquoi vous l’écrivez. Est-ce seulement pour vous distraire (parce qu’il pleuvait et qu’Internet ne marchait plus), ou bien avez-vous un objectif en tête en noircissant les pages (par exemple, provoquer un soulèvement populaire pour instaurer l’apprentissage du morse dès la maternelle) ?

Listez aussi les thèmes-clé de votre roman, puis assurez-vous qu’ils sont bien maîtrisés et exploités. Il peut être frustrant de sentir qu’un auteur commence à soulever une question ou un sujet intéressant, mais se contente finalement d’en effleurer la surface. Ou pire encore, qu’il semble ne pas savoir vraiment de quoi il parle. Il est vrai qu’il vaut mieux se taire plutôt que de risquer d’écrire des bêtises, mais faire les choses à moitié ne résout pas l’affaire : documentez-vous sur les thèmes qu’il vous tient à cœur d’aborder, ou bien gardez-les pour plus tard, quand vous serez prêts à les explorer sérieusement. Rien ne vous oblige à rédiger le manifeste du futur grand mouvement littéraire, mais un point de vue neuf et assumé peut faire la force de votre roman.

En résumé, gardez en tête que l’éditeur reçoit chaque jour des tonnes de paperasse et que le manuscrit qui retiendra son attention sera celui qui 1) lui facilitera la vie et respectera ses yeux 2) ne ressemblera pas (trop) à la myriade d’autres manuscrits qui s’empilent sur son petit bureau, soit qui ne se contentera pas d’être un texte mais votre texte.

Camille Launay

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