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Entretien avec Alex Anwandter

Plus jamais seul, le premier long métrage d’Alex Anwandter, sort aujourd’hui au cinéma. Le film aborde entre autres les thèmes épineux de l’homosexualité et son versant cruel, l’homophobie.
Inspiré d’une histoire vraie, Plus jamais seul nous rappelle combien la liberté de vivre est précieuse.

 

Lecthot : Le film relate l’histoire de Daniel Zamudio, abattu après avoir été torturé à cause de son homosexualité. A l’origine de ce film, peut-on voir une impulsion vive, comme un besoin immédiat de partager cette tragédie avec le monde ? 

A. A. : Daniel Zamudio est un jeune homme qui a été brutalement assassiné, après avoir été torturé pendant des heures en 2012. Je le connaissais de loin, puisqu’il était fan de mon travail et m’écrivait parfois. Pour être complètement honnête, je n’aime pas beaucoup parler de Daniel… Et ce n’est pas à cause de sentiments négatifs envers lui, mais parce que je pense que transformer ces garçons et filles en martyrs constitue une intrusion dans leurs vies… Au Chili, de nombreux médias se sont penchés sur le taux d’alcoolémie ou sur la débauche de Daniel… Il me semble que c’est en reproduisant les injustices et les violences homophobes que l’on peut faire comprendre que personne ne devrait se voir retirer la vie à cause de sa sexualité… J’ai ressenti le besoin immédiat de parler de cette injustice, sans pour autant faire un film directement sur lui, mais plutôt sur le problème sociétal que cette affaire révélait. Voilà pourquoi mon film est une fiction.

L : L’énergie investie par le père, Juan, pour rendre justice à son fils, est au premier plan du film. Avez-vous expérimenté vous-même une forte relation père-fils ?

A. A. : Selon moi, il est plus important de montrer la façon dont le père apprend à se lier à son fils – trop tard peut-être – que de voir comment il lui rend justice. Centrer ce film sur la vengeance du père serait un peu absurde puisqu’il est assez vieux et il n’est clairement pas Bruce Willis ou un quelconque autre sauveur. J’ai de très bonnes relations avec mon père et il est toujours fortement lié à moi. C’est peut-être pour cela que je voulais que Pablo ait une relation avec son père, similaire à celle que j’ai connue. Je pense que le sacrifice de Juan est le seul moyen qu’il ait trouvé pour ne plus laisser son fils seul. Le père dit au revoir à ses ambitions personnelles pour servir une cause plus importante que tout.

 

L : Quels ont été les principaux défis rencontrés lors de la réalisation ?

A. A. : Le plus gros risque était pour moi que le film se détache de l’affaire réelle et du meurtre qui m’a inspiré initialement. Car alors, cela n’aurait plus été une biographie. Il fallait absolument montrer que le propos ne concernait pas un seul garçon, une fois, il y a quelques années… Tout cela peut encore recommencer.
Quoi qu’il en soit, la réalisation de ce film était une merveilleuse expérience. Surtout lorsqu’on travaille avec des acteurs renommés comme Sergio Hernandez, qui est l’un des meilleurs acteurs que compte le Chili.

 

L : Vous avez une longue expérience en tant que chanteur, auteur et compositeur. La musique tient une place importante dans votre vie. Le cinéma vous a-t-il offert un autre regard sur cet art ?

A. A. : Effectivement, la musique a toujours été le point central de ma vie. Mais dans un film, la musique peut avoir différents objectifs : accompagner une émotion, la mettre en valeur, ou bien jouer avec les contrastes. Essayer d’apporter davantage d’émotion dans le film tout en restant mesuré, a été un exercice très intéressant.

Propos recueillis par Marine Rolland Lebrun

 

 

 

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