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Entretien avec Ashley McKenzie

Le premier long-métrage d’Ashley McKenzie, Werewolf, nous parle avec réalisme et esthétisme, de la dépendance. Blaise et Vanessa, deux anti-héros, forment un couple singulier, d’ex-drogués en plein sevrage. Dépendants à la drogue, les deux amants le sont aussi l’un à l’autre. Comment sortir de cette spirale sans fin ? Entretien avec la réalisatrice.

(c) Krista Comeau

 

Lecthot : Qu’est-ce qui vous a inspiré ce film ?   

Ashley McKenzie : Il y a cinq ans, j’ai remarqué un jeune couple qui était en train de se bousculer en poussant une tondeuse à gazon. Je les ai regardés traverser la cour de mon voisin et commencer à frapper à sa porte lourdement. Personne n’a répondu, alors ils sont rentrés dans la maison et j’ai pu entendre leur altercation avec le propriétaire. Désireuse d’en savoir plus sur ce couple, j’ai raconté cet incident à des amis qui m’ont expliqué qu’il y avait des tondeurs de pelouse addicts au crac, en ville. C’est alors que l’idée de Werewolf m’est venue.
Mais, pour l’écriture du film, j’ai puisé mon inspiration au sein de mon entourage, dans ma vie personnelle. Il y a beaucoup d’addiction à l’opium ou à la méthadone là où j’habite.
Mon souhait était de faire un film sur la dépendance au sens large.

L : L’écriture du scénario s’est-elle appuyée sur des témoignages de toxicomanes ?

A. M. : J’ai recueilli les témoignages des clients et des administrateurs de programmes de méthadone sur l’ile de Cape Breton afin de comprendre la procédure pour obtenir une ordonnance qui permette d’avoir sa dose, etc. J’ai consulté plusieurs personnes qui ont été très généreuses et très franches dans leur manière de me parler de leur addiction, des problèmes de drogue de rue, jusqu’à la méthadone. Le livre In the Realm of Hungry Ghosts (Gabor Maté) a également été une lecture indispensable à l’écriture du film.

 

L : Werewolf propose une approche si réaliste du sujet que l’on pourrait se demander si ce n’est pas un documentaire. Quelle est la valeur ajoutée de la fiction ?

A. M. : La fiction a permis plus de liberté pour construire le langage visuel de Werewolf. J’aime utiliser la mise en scène, l’encadrement, les éléments graphiques dans les compositions, afin de capturer le paysage émotionnel d’un film. Distiller ce design visuel que vous voyez dans Werewolf aurait été très difficile si j’avais été limitée par un matériel de documentaire. Ceci étant dit, nous avons tourné beaucoup de scènes dans un style de documentaire, notre processus de tournage s’appuyait sur le recours aux vraies personnes (en opposition aux acteurs) dans des environnements véritables. La valeur ajoutée était ainsi d’avoir la liberté de créer des moments de vraie vie…


L : Les acteurs avaient-ils une marge d’improvisation ? Ont-ils déjà connu une addiction pour nourrir leur rôle ?

A. M. : Nessa et Blaise ont des personnalités très différentes des rôles qu’ils jouent dans Werewolf. J’ai essayé de rendre les choses aussi vraies que possible pour les aider à les immerger dans leurs rôles, je leur ai laissé la liberté d’improviser au-delà du scénario. Il n’y avait d’ailleurs aucune répétition. Nous avons tout filmé, et plutôt que de prévenir des coupes et d’éteindre la caméra après la scène prévue par le script, j’ai laissé les caméras tourner pendant très longtemps, afin de voir de nouvelles scènes émerger, de façon organique, dans les moments qui suivaient le tournage officiel.

 

L : L’addiction à la drogue et à l’amour se font constamment écho dans le film. Pensez-vous que l’addiction à la drogue soit liée avec une certaine recherche d’absolu ?

A. M. : Il y a certainement un lien fort entre la co-dépendance et la dépendance. Dans Werewolf, j’essaie de montrer que beaucoup de comportements addictifs sont avant tout issus d’un désir de remplir un vide intérieur. L’homme cherche en permanence des distractions pour combler ce vide, allant jusqu’à tout investir dans un remède, en espérant que cela règlera le problème entièrement. Mais finalement, je ne pense pas qu’il y ait une solution externe à cette condition existentielle.

L : Quelle est la signification de Werewolf pour vous ?

A. M. : Ce mot désigne un mauvais petit ami. Ou plus largement, les transformations inattendues et terrifiantes qui peuvent arriver à un être humain dans certaines circonstances de la vie.

 

L : Y a-t-il une part autobiographique dans le scénario ?

A. M. : C’est son cœur. Werewolf est un film sur une relation. Les années passées à l’écrire et à le réaliser ont été une expérience émotionnelle pour moi car j’ai connu une relation toxique avec quelqu’un que j’aimais vraiment, mais qui a fini par rentrer dans des cycles de destruction à cause d’une addiction. J’ai bien entendu dépeint cette relation dans mon film. Mais c’est vraiment lorsque j’ai vu le film que j’y ai vu ma vie reflétée.

 

L : Vous identifiez-vous particulièrement à un personnage ?

A. M. : Les deux personnages sont très proches de moi. Mais Nessa est davantage une sorte de double de moi-même. J’ai beaucoup pensé au paradoxe de la situation de Nessa, à travers cette citation de  Dostoïevski dans Crime et châtiment : On ne peut rien sans forces et ces forces, il faut les gagner par la force.

 

 

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