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Entretien avec Cinq de Coeur

Mais où vont-ils ?

Telle est la question que se pose le public face à ces cinq chanteurs, tout de noir vêtus, interprétant avec l’austérité la plus sévère des chants germaniques. Brahms, Schubert, Bach… Lorsque soudain, le miracle opère. Les blouses noires tombent au sol, et les chanteurs affublés de couleurs fluos, déclament des airs modernes. Mylène Farmer, Dalida, Nina Simone, etc.
Bienvenue au Concert Sans Retour, formulant un adieu au répertoire germanique initial ! Nominé aux Molière 2015, le spectacle alliant humour et virtuosité, fascine les spectateurs. Du 11 février au 24 avril, au théâtre des Bouffes Parisiens. Entretien d’un demi chœur, avec trois des cinq chanteurs.

Lecthot : Votre répertoire a-t-il des limites, y a-t-il des genres que vous n’oseriez pas aborder dans vos spectacles ?

Pascale Costes : Pas vraiment, en dehors peut-être de tout ce qui a trait à la musique électronique actuelle, très difficile pour nous à faire.

Fabian Ballarin : Et encore…

Pascale Costes : Oui, et encore ! On peut aussi l’utiliser pour se moquer de nous-mêmes, en montrant justement qu’on ne maitrise pas totalement tous les genres. Quoi qu’il en soit, on se donne rarement des limites, on fait ce qu’on a envie de faire. La seule limite se situe dans nos goûts !

Fabian Ballarin : On a la chance de travailler a capella. Tout est vocal, ce qui nous permet d’aller loin et de faire beaucoup de choses, guitare électrique, etc. Donc en effet, ce sont surtout nos goûts qui vont conditionner ou limiter le spectacle. Nous n’avons par exemple pas forcément le désir de faire du punk, même si l’on pourrait tout à fait (techniquement).

 

L : Il n’y a donc pas de filtre ?

Fabian : Non, on fait tout, des instruments, du beatbox et même des sons d’animaux !

L : Queen qui se mélange à Bach, Mylène Farmer à Schubert… A quel genre appartenez-vous ?

Pascale : Le groupe est né du rassemblement d’amis qui étaient dans un cœur de chant. Ce qui nous lie donc à la base, c’est la musique classique a capella. Puis on s’est nourris de plusieurs références (les Frères Jacques, le Quatuor, etc.) mais il est difficile de définir notre genre, qui est un mélange entre l’humour et le théâtre musical. En quelques mots, il s’agit de faire de l’humour avec de la musique…

Fabian : De l’humour a capella !

Sandrine : On nous dit souvent que, même si l’on se réclame de tous ces groupes, on a un genre spécifique, qui est le genre de cinq de cœur. Ce genre se définit par la spécificité de notre humour, un humour que l’on partage tous les cinq et qui n’est pas le même que celui de la Framboise Frivole ou du Quatuor, même s’il s’en rapproche.

Pascale : Comme dit Fabian, on est a capella. Cinq voix a capella, voilà notre spécificité.

 

L : Que cherchez-vous à apporter aux spectateurs ? Voulez-vous leur apporter du divertissement, leur faire découvrir la musique ou provoquer le rire ?

Pascale : Les trois en même temps !

Sandrine : Plus l’émotion !

 

L : Justement, pourquoi avoir privilégié l’humour à l’émotion ?

Pascale : C’est vraiment l’histoire du groupe. Le caractère des uns et des autres… Chacun avait envie de faire rire, alors c’est ce que l’on a fait !

Sandrine : L’humour est cependant venu progressivement. Lorsque je suis rentrée dans le groupe, il y avait quelques chansons qui faisaient sourire, mais ce n’était pas si drôle. Et petit à petit, le potentiel comique s’est multiplié.

Fabian : On aime faire rire et on est comme ça dans la vie. Et puis, c’est le contrepied avec le lyrique : mettre l’humour là où on ne l’attend pas, cela nous a semblé intéressant.

L : Il y a une grande cohésion entre vous sur scène. Etes-vous aussi liés dans la vie ?

Pascale : Oh oui ! C’est vraiment autre chose qu’une relation de travail. Je connais Sandrine depuis 25 ans, on a vu grandir nos enfants respectifs, etc.

Sandrine : On est très proches les uns des autres.

Pascale : Même avec Fabian, qui est arrivé beaucoup plus tard (en 2014). Lors de son recrutement, l’alchimie a beaucoup pesé dans la balance. Nous avons tout de suite senti qu’il pouvait devenir notre ami, et c’était un point important pour nous, presque autant que l’aspect artistique.

Fabian : On passe beaucoup de temps ensemble, en tournée, etc. Alors s’entendre tous très bien est primordial.

L : Cette entente participe-t-elle à l’intensité du spectacle ?

Fabian : Le public nous le signifie régulièrement, oui. On nous parle souvent de cette amitié qui se ressent sur scène et qui crée quelque chose de fort.

 

L : Concert Sans Retour, pourquoi ce nom ?

Sandrine : Parce que c’est un concert classique au départ (même si très vite, il n’est plus du tout classique !) auquel on va sans arrêt essayer de revenir…

Pascale : Le « sans retour » traduit un point d’interrogation, un lieu inconnu, une question du spectateur. Où vont-ils se retrouver s’ils ne reviennent pas au classique ? Jusqu’où nous emmèneront ils ?

Sandrine : C’est un titre révélateur de l’esprit du spectacle qui est basé sur la surprise. Le spectateur ne peut jamais s’attendre à ce qui va arriver. Cela a demandé un gros travail d’écriture et de mise en scène. Où vont-ils ? C’est exactement ça.

 

L : Quelle a été votre source d’inspiration ? Comment avez-vous décidé de réaliser ce spectacle ?

Pascale : C’est un concours de circonstance. On a d’abord commencé avec des partitions, puis Anne Roumanoff nous a mis sur scène pour le premier spectacle, et enfin, la rencontre avec Sandrine qui venait du théâtre… Les choses se sont faites assez naturellement, de manière plutôt évidente. Nous en sommes aujourd’hui à 7 spectacles et l’envie est toujours là « qu’est-ce qu’on pourrait faire après ? » « Comment utiliser des musiques avec nos 5 voix pour faire rire le public ? » Autant de questions que nous nous posons chaque jour !

 

L : A ce propos, avez-vous d’autres projets à venir ?

Sandrine : Bien sûr. Nous préparons déjà un autre spectacle. Comme nos spectacles sont très longs à construire, on s’y prend à l’avance. Entre le moment où on a l’idée et le passage sur scène, il s’écoule au minimum un an et demi.

 

L : Les répétitions ont-elles été compliquées ?

Pascale : Il y a eu beaucoup de moments d’improvisation !

Fabian : Tout d’abord, c’est assez difficile d’écrire à 5. On commence un an à l’avance. Il faut écrire l’histoire mais aussi travailler l’écriture musicale (tous les arrangements doivent être faits par rapport à une histoire). Notre Concert Sans Retour a demandé beaucoup de travail. On a dû remanier l’histoire, faire plusieurs moutures de spectacles, et prolonger les répétitions pour accorder les changements.

Pascale : Puis, une fois sur scène le travail est très laborieux car il faut caler la musique sur la mise en scène et l’histoire, et sur l’improvisation. Mais c’est très intéressant.

 

L : Faites-vous un peu d’improvisation au sein des représentations ?

Fabian :  Non, pas sur scène. L’improvisation a eu lieu pendant les répétitions, nous essayions des trucs et le metteur en scène les acceptait ou pas !

 

Propos recueillis par Tristan Poirel

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