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Entretien avec Claudio Giovannesi

Daphné, adolescente perdue, est incarcérée pour des actes de délinquance. En prison, la jeune femme goûtera étrangement à une forme de liberté, en découvrant l’amour. Le long métrage de Claudio Giovannesi s’est inspiré des conditions carcérales difficiles des prisons italiennes pour mineurs, notamment la séparation des garçons et des filles. Entretien. 

 

L : D’où vous est venue l’idée de raconter une histoire d’amour née dans un centre de rétention pour mineurs ?

C. G. : Pour raconter une histoire d’amour, il faut un obstacle, alors quand j’appris que dans la prison pour mineurs à Rome les garçons et les filles détenus ont l’interdiction absolue de se rencontrer et de communiquer, nous sommes allés à leur rencontre, et ensuite nous avons commencé à travailler sur le scénario du film.

 

L : La naissance de sentiments entre adolescents contraints à l’enfermement est-il fréquent ? 

C. G. : Oui, parce qu’au moment de l’adolescence l’amour et l’amitié sont des sentiments absolus, empreints d’une force perturbatrice.

L : Vous montrez un milieu carcéral sans maltraitance, sans injustice, mais où règne l’indifférence la plus totale. Un milieu où la contestation et la négociation semblent vaines. Fiore est-il une critique ouverte de cet univers, ou exposez-vous simplement les faits ?

C. G. : L’univers carcéral que l’on voit dans le film est le résultat de mois passés dans la prison pour mineurs à Rome. Nous avons voulu comprendre la dynamique entre les surveillants et les détenus, montrer le lieu et ses règles telles que nous les avons connus, sans jugement.

 

L : La gardienne du dortoir féminin est magistrale dans son rôle de bourreau dénué d’affect, sévère et infaillible. Mais pourquoi cette haine à l’égard de Daphné en particulier ?

C. G. : Nous nous sommes inspirés d’une vraie femme, une gardienne de la prison pour mineurs à Rome obsédée par les règles et par la bureaucratie. Ces éléments comptaient plus pour elle que les sentiments des jeunes.

 

L : Daphné et Josh tombent rapidement dans les bras l’un de l’autre. Ne pensez-vous pas que leur amour est indirectement lié à l’interdiction de se fréquenter ? Se seraient-ils aimés si personne ne leur avait interdit ?

C. G. : Le thème du film est précisément le désir d’amour, le besoin d’amour, qui est propre à l’adolescence. Ce désir est bien entendu renforcé par l’interdiction et la détention.

 

L : Daphné vit sa première expérience carcérale, couplée à ses premiers émois. Comment rencontrer et vivre l’amour sans liberté ? S’absoudre plutôt qu’accepter ses chaînes est-il le meilleur des moyens ?

C. G. : Les deux sont liés : la prison pour Daphné est non seulement une privation de liberté, mais aussi un manque d’amour. Les barreaux et les interdictions sont des obstacles à surmonter pour pouvoir vivre ce sentiment.

 

L : L’ultime scène peut décontenancer. Pourquoi ne pas choisir de mettre un terme, d’une manière ou d’une autre, à ce que vivent Josh et Daphné ?

C. G. : Le film se termine sur leur point de vue, au moment où ils peuvent enfin être ensemble, l’un à côté de l’autre. Il se termine sur un sentiment et non un événement. La perception du temps des adolescents est différente de celle des adultes : nous pensons toujours le temps de manière progressive, dans lequel le présent se vit en fonction de l’avenir, d’un projet. Pour les jeunes (pour Daphné et Josh) c’est le contraire : ils vivent l’instant présent, le moment où ils sont côte à côte, sans penser à ce qu’il se passera ensuite.

Propos recueillis par Tristan Poirel

 

 

 

 

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