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Entretien avec Davide Enia

Davide Enia est un écrivain italien. Son dernier roman, Sur cette terre comme au ciel, paru en août 2016 chez Albin Michel, dresse le portrait d’une famille italienne, de l’après-guerre aux années 90, à travers trois générations d’hommes dont le jeune Davidù incarne les rêves…

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Lecthot : Votre roman en quelques mots…

Davide Enia : Cosa in terra parle de la chute, de la défaite, de l’échec, de ces moments où vous sentez dans votre bouche toute la saveur de la poudre mélangée à celle du sang.

Le roman raconte également toutes les tentatives entreprises pour se relever et être prêt à se battre. Pendant 50 ans, des bombes de la Seconde Guerre mondiale à celles de la mafia dans les années 90, le roman suit l’itinéraire du jeune boxeur Davidu, de son oncle incroyable, Umbertino, et de son grand père Rosario, ancien prisonnier militaire en Afrique. C’est l’histoire de la ville palpitante, violente et belliqueuse qu’est Palerme, au sein de laquelle règne une guerre des mafias. Le roman parle du choc du ring, de l’apprentissage des leçons de vie, de la manipulation des mots pour structurer un discours, des tentatives échouées pour réussir à dire « je t’aime »…

L : Quelle a été votre source d’inspiration ?

D.E. : Mon histoire familiale (mon grand-père a été prisonnier de guerre, et ma grand-mère maitresse d’école) a été mon principal moteur. La boxe m’a permis d’utiliser un vocabulaire central : celui du corps. Nous savons tous que la douleur peut démolir, de même que nous connaissons la sensation bénie des frissons qui courent dans le dos, provoquant un sourire aux lèvres. Le corps est ici un terrain de dialogue. La première image qui m’a conduit à l’écriture du roman est celle qui se trouve au tout début du texte : un petit garçon de 9 ans, les mains ensanglantées après un combat, se sentant au sommet de sa beauté.

L : Votre roman comprend-il des aspects autobiographiques ?

D.E. : Beaucoup d’éléments sont autobiographiques. Les noms de famille, par exemple. Certains personnages ont été inspirés par mes proches : mon oncle Umbertino, mon grand-père Rosario, ma grand-mère Providence, ma mère Zina. Mais, bien au-delà de ces références, c’est l’émotion surtout qui est vraie. Cette angoisse perpétuelle, ce sentiment suffocant de culpabilité, la douleur physique de devoir canaliser sa colère : tout cela est vrai. Je suis animé par le sentiment d’avoir essayé et réessayé toute ma vie. L’écriture m’a aidé à prendre un peu d’air.

L : Qu’est-ce que la boxe symbolise pour vous ?

D.E. : La boxe est un sport magnifique. D’abord, par l’égalité qu’elle véhicule ; le corps se déplace face à un poids équivalent au sien, pour recevoir les mêmes coups. La boxe est vitale, comme toutes mes autres activités : le sport, la musique, l’écriture, l’art, la cuisine. Cela demande un sacrifice quotidien.  Des heures et des heures d’entrainement pour se forger un corps et un esprit, afin d’obtenir un équilibre mental assez fort pour dominer cette rencontre entre le corps et l’esprit. Ensuite, bien sûr, il s’agit de la sensation la plus forte, celle de la métaphore avec l’écriture, où la peur de la page blanche est un combat quotidien.

Mais c’est la seule manière que je connaisse d’écrire un roman : une phrase l’une après l’autre, jour après jour, entrainement après entrainement.

L : Quel message souhaitez-vous transmettre aux lecteurs ?

D.E. : Tomber est important, car cela offre des perspectives. C’est une expérience formatrice qui permet de grandir et qui arrive tôt ou tard à tout un chacun. Vous êtes face à un trou immense. Mais c’est à ce moment précis, au moment de la chute, que vous voyez que le courage se forge. Alors, vous devez vous relever, seulement pour regarder dans les yeux votre adversaire et lui dire en face : « je suis toujours là, connard ». Et enfin, si vous avez bien travaillé vos exercices, le jeu de jambes, les pas sautés et les enchainements de coups deviennent la colonne vertébrale de la gestion de votre furie, impétueuse et contrôlée, et qui se sublimera pour devenir joyeuse, libératrice, comme une danse nécessaire.

Propos traduits de l’italien par Camille C.

Le livre :

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