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Entretien avec Davy Sardou

A l’Hôtel des deux mondes, nul ne sait pourquoi il est là, comment il est arrivé ni quand il partira. Etrange lieu, à la frontière entre le ciel et la terre, déroulant les réflexions d’hommes et de femmes, qui, prisonniers dans ce huit clos, chercheront à se mouvoir par la pensée.
La comédie philosophique d’Eric Emmanuel Schmitt bouscule, interroge, surprend, et effraie autant qu’elle fait rire. Au Théâtre Rive Gauche, jusqu’au 13 mai 2017. Entretien avec Davy Sardou, rôle principal de la pièce.

 

© Martin Lagardère

L : Le rôle de Julien trouve-il un écho en vous ? Julien et Davy se ressemblent-ils ?

D. S. : Julien a des facettes qui me ressemblent, mais je suis beaucoup moins désabusé que lui. Il a une vision assez cynique et à-quoi-boniste du monde. Mais c’est quelqu’un qui découvre l’amour, qui découvre le côté précieux de la vie, qu’il avait perdu au fil du temps dans l’alcool, les fêtes, tout le matérialisme d’aujourd’hui qui peut nous perdre.
En revanche, il vient d’un milieu aisé, il est assez hâbleur, je ne sais pas si je le suis mais en tout cas cela peut coller à ma personnalité ! C’était donc assez intéressant de la part d’Eric Emmanuel Schmitt et Anne d’avoir pensé à moi pour ce rôle.

 

L : Si vous vous étiez retrouvé suite à un accident de voiture, dans cet hôtel des deux mondes, auriez-vous agi comme Julien ?

D. S. : C’est difficile à dire. Je suis tout d’abord croyant, contrairement à Julien, qui ne croit pas en Dieu. Donc j’aurais certainement éprouvé un soulagement en me retrouvant dans un endroit comme celui-là, parce qu’il signifie quelque chose pour moi.

© Fabienne Rappeneau

L : Auriez-vous eu peur de monter dans le fameux ascenseur, qui nous conduit sur terre ou au ciel ?

D. S. : Je pense que tout le monde a peur d’y monter ! Même le Président qui croit qu’il est dans un asile de fou, et ne croit pas dans le lieu où il est, a peur à la dernière minute.

 

L : Vous dites être croyant. La pièce a-t-elle bousculé votre foi ?

D. S. : J’ai toujours cru en un au-delà, et j’y crois toujours. La pièce me bouscule surtout dans d’autres prises de conscience. Notamment celle de la brièveté de la vie, et du devoir de profiter chaque jour de l’existence au lieu de se replier dans le cynisme, comme la société nous y invite de plus en plus. L’hôtel des deux mondes nous ramène à l’essentiel, au petit bonheur de chaque jour. C’est ce qui me plait dans ce spectacle, et j’espère que c’est le message que retiennent les spectateurs.

© Fabienne Rappeneau

 

L : Le fait de jouer un rôle au sein d’une situation inconnue, rend-il le jeu particulièrement sincère ?

D. S. : Je pars du principe que les personnages restent les mêmes, ils ne changent pas dans cet hôtel. Cependant, cette situation inconnue nous a permis une grande liberté. Cet endroit n’existant pas, nous avons pu y ancrer plein d’interprétations différentes. Quoi qu’il en soit, je pars toujours de la sincérité du personnage, j’ai du mal à composer quelque chose qui est irréel, et en ce sens le fait que le lieu soit irréel ne change en rien mon approche du personnage.

© Fabienne Rappeneau

L : Lorsque l’ascenseur monte en haut, entrainant l’un des convives de l’hôtel vers le ciel, c’est un moment très fort pour le public. Comment les acteurs continuent-ils après un tel choc ?

D. S. : Dans la mise en scène, tous les acteurs sont à ce moment-là de dos, regardant le convive s’en aller. Sacha Guitry disait Quand on a entendu du Mozart, le silence qui suit est encore du Mozart.
Il faut laisser le temps aux spectateurs de se forger une propre interprétation des choses. Dans beaucoup de spectacles aujourd’hui, on colle les répliques les unes aux autres, on enchaine les scènes, etc. Il faut laisser le temps au spectateur, lui laisser la liberté de se raconter son histoire, de se dire qu’il n’y a pas de justice, ou que le personnage sera mieux là-haut. Et ça, c’est aux comédiens de le ressentir, parce qu’on sent la salle, on est en osmose avec le public. Parfois, quand on a le sentiment que le public est moins à l’écoute, on a tendance à accélérer. C’est un piège. On a l’impression qu’on va les intéresser davantage en leur prenant moins de temps, mais c’est faux.

 

L : Le docteur S pourrait-il être Eric Emmanuel Schmitt ?

D. S. : Oui, d’ailleurs l’une des comédiennes qui a joué le docteur S, Francine Berger, lui a fait cette remarque. Eric Emmanuel Schmitt a été surpris, car il n’y avait pas pensé. Mais en effet, dans la mesure où le docteur S est celui qui choisit qui entre sur scène et qui sort, ce personnage est un peu une mise en abyme de l’auteur.

 

L : Qu’est-ce que la pièce cherche à susciter chez le spectateur ? Les acteurs ont-ils conscience qu’elle peut déranger le public ?

D. S. : Il ne faut pas être conscient de l’impact que le spectacle a sur les gens, et d’ailleurs il est très changeant. La semaine dernière, une femme nous a confié son émotion à la fin du spectacle. Elle avait été trois mois dans le coma ; le spectacle l’a chamboulée. D’autres personnes ont été dérangées par la pièce, parce qu’elle touche à des zones sensibles.
Pour ma part, j’aimerais, quel que soit le type de public, que le spectacle rappelle aux gens qu’il faut profiter de l’instant présent, profiter de tout. Je pense que c’est aussi un peu la philosophie d’Eric Emmanuel Schmitt. Il traite du mystique, de l’au-delà, de la mort, de la vie, mais toujours pour faire prendre conscience au spectateur que la vie est belle. Cela peut paraitre mièvre lorsqu’on le dit comme ça, mais finalement c’est toute la base de la littérature, et de l’art en général. Eric Emmanuel Schmitt fait le pari de Pascal…

La pièce :

 

 

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