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Entretien avec Edouard Deluc

Gauguin ; voyage de Tahiti raconte l’exil de Paul Gauguin à Tahiti, en 1891. Opposé aux artistes de son époque, Gauguin part à la rencontre des origines de la peinture et de l’homme, qu’il cherchera au sein de cette société primitive.
Librement inspiré de Noa Noa, le carnet de voyage de l’artiste, le film immerge le spectateur dans la temporalité du peintre, la matière et l’inspiration, aussi sombre qu’éclatante. Rencontre avec le réalisateur, Edouard Deluc.

 

Lecthot : Pourquoi avoir choisi Gauguin ? Quelle résonnance ce portrait peut-il avoir sur notre époque ?

Edouard Deluc : Même si l’action a lieu en 1891, il y a quelque chose d’intemporel chez Gauguin. Sa rupture avec la civilisation, avec la société contemporaine dans laquelle il vit, son opposition contre « la course à la monnaie », comme il l’appelait, contre la propriété, la reconnaissance… Gauguin questionne la direction que prend le monde.
J’ai l’impression que ce qu’il cherche à nous montrer, à travers les œuvres qu’il peint et les modèles qu’il choisit, est tout simplement le reflet de ce que nous étions tous, c’est-à-dire l’humanité en enfance. Le film parle de la société primitive en opposition à la société civilisée. Il y a par conséquent quelque chose de très actuel.

 

L : A-t-on le sentiment de ranimer un défunt ou du moins de traverser le temps en réalisant un biopic ? Se sent-on par moments dépassé par sa création ?

E. D. : Oh non, au contraire ! On passe notre temps à chercher de la matière vivante quand on fait du cinéma. On cherche toujours à créer des films parsemés d’éclats de vie.
Je ne me suis pas davantage senti dépassé par la création. Je ne suis donc pas comme un marionnettiste qui voit soudain sa marionnette prendre vie, car le film est un processus long, qui se construit dans l’imaginaire, puis dans la confrontation au réel, à l’acteur, au décor…

 

L : Quelle est la part de liberté prise ? Quelle fonction a-t-elle ?

E. D. :  Le long métrage part de l’adaptation de Noa Noa; le carnet de voyage de Gauguin, qui est à la fois un roman d’aventure et un carnet de voyage. Ce carnet nous montre la langue de Gauguin, son tempo, sa façon de voir le monde, de le critiquer, de le questionner, etc.
Le film est une libre adaptation dans la mesure où il comprend également la vision du cinéaste. L’une des miennes est la fin de l’amour, donnant au biopic une tournure plus romantique que ce qu’il aurait pu être. Finalement, parti de Noa Noa, j’ai mêlé plusieurs genres en faisant à la fois un film d’aventure, une romance, un documentaire sur la création, et un Survivor.

 

L : Aviez-vous la volonté de dépeindre Gauguin d’une certaine manière ?

E. D. : Ce sont des choses inconscientes. Je projette dans le personnage ce qui fait écho en moi. Cela se dessine petit à petit. J’ai saisi une personnalité, une présence au monde et une langue, en lisant Noa Noa. Cette lecture a esquissé petit à petit dans mon esprit le portrait que je voulais faire de lui. Puis Vincent Cassel a permis de mieux définir les contours du personnage. Gauguin et lui ont en commun ce mélange de raffinement, d’animalité, de grâce et de robustesse.
Un film se construit ainsi, comme une sculpture qu’on est en train de modeler.

L : Quel effet aimeriez-vous créer chez le spectateur ?

E. D. : J’aimerais qu’il soit ému face à cette chronique de la défaite chargée d’éclats de lumière. Je souhaite qu’il soit plongé dans une forme d’état contemplatif, épousant le tempo qui correspond au temps d’observation du peintre.

 

L : Quelle est l’histoire que vous vouliez le plus raconter au sein du film ?

E. D. :  « Je retournerai dans la forêt, vivre de calme, d’extase et d’art ». Cette phrase de Gauguin me revient souvent, j’ai l’impression que tout y est dit. Il y a un mouvement sacrificiel, qui va cependant vers la lumière, que je trouve très beau.

Les beaux films ne tiennent pas tant à ce qu’ils racontent qu’aux émotions qui se tissent entre les personnages et les spectateurs.

 

L : Si le thème de la fin de l’amour vous intéresse tout particulièrement, l’avez-vous privilégié à Gauguin dans le film ?

E. D. : L’intuition du cinéaste donne inéluctablement la couleur et l’angle du portait. Il est vrai que dans mes films, la fin de l’amour est un sujet redondant, bien souvent inconscient. C’est ce qui me pousse à faire du cinéma, ce sont des questions dont je cherche les réponses.

Alors oui, Paul Gauguin fut une sorte de prétexte pour réaliser un film d’aventure et une romance…

 

L : Mais alors, pourquoi Gauguin précisément ?

 E. D. :  Car c’est le seul à avoir écrit Noa Noa et que, comme Vincent et moi, il a le goût de l’autre, de l’aventure, du lointain… Enfin, parce que quelque chose dans ses écrits et dans ses images m’a fasciné !

 

 

 

 

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