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Entretien avec Etienne Comar

Django, le biopic consacré à Django Reinhardt, met en scène un pan de la vie du célèbre musicien, interprété par Reda Kateb. Etienne Comar nous livre la genèse de ce qui deviendra plus tard le jazz manouche, avec pour toile de fond le sort des communautés tsiganes durant l’occupation allemande. Le réalisateur a choisi de nous raconter Django à travers sa musique, à qui il donne pleinement la parole, pour le plus grand bonheur des mélomanes. Au cinéma le 26 avril 2017. Entretien avec Etienne Comar.

Lecthot : Pourquoi avoir choisi la figure de Django Reinhardt pour votre premier biopic ?

Etienne Comar : Depuis longtemps, je voulais faire le portrait d’un artiste avec pour toile de fond une période historique compliquée. Mon père était un grand fan de Django. Quand j’étais petit, je regardais souvent les pochettes de ses disques. Sa musique et sa personnalité me fascinaient. Des années plus tard, j’ai redécouvert le personnage. J’ai alors eu envie de réaliser un focus sur cette période et sur ce musicien, en apportant un peu d’originalité au genre même de la biographie.

L : Avez-vous rencontré des défis particuliers lors de l’élaboration de ce film ?

E. C. : Comme c’était mon premier film, il y avait un peu tous les défis. Toutes les questions, tournant autour de la musique et de la reconstitution de cette époque, ont représenté un défi en soi. C’est une histoire qui peut paraître loin de moi car je ne suis pas tsigane, ni guitariste… Et pourtant, le personnage de Django me touche énormément. J’avais envie de tisser des liens un peu intimes avec lui.

D’un point de vue plus technique, la partie musicale a été le véritable enjeu du film. De la manière dont Django jouait à deux doigts jusqu’au ré-enregistrement des titres, je voulais que ce soit absolument parfait. Tout devait être totalement crédible car les émotions des personnages arrivent à travers la musique, et pas seulement grâce aux scènes dramatiques. Enfin, la question de la représentation de l’époque de la guerre était un défi aussi, car c’est une période qui a été mille fois adaptée au cinéma, tant dans les plus gros chefs-d’œuvre que dans les pires navets ! Je voulais que mon téléspectateur soit immédiatement plongé dans l’époque, mais qu’il puisse aussi très vite l’oublier, pour être au plus près du personnage.

 

L : Lorsqu’on traite un tel sujet, a-t-on le sentiment de visiter le passé, comme si l’on était dépassé par sa propre création ?

E. C. : C’est une très bonne question, car oui, tout à coup le film devient vivant ! Il a sa propre vie intérieure. Nous avons par exemple beaucoup travaillé avec des tsiganes pour réaliser le film. Dès qu’ils arrivaient sur le campement, ils étaient en pleurs, ils avaient l’impression de revenir dans le passé. « C’est toute mon enfance » me disait l’actrice qui a joué la mère de Django. J’avais l’impression, à travers elle, d’être connecté à la réalité historique de mon récit. Les musiciens également, se sentaient proches de Django. En l’interprétant, cela les liait à la réalité du personnage. Enfin, pour Réda, le fait d’enfiler son costume lui donnait l’impression d’être habité par Django. Il y a quelque chose de magique quand on fait ça au cinéma… Et c’était ma première fois, donc ça m’a d’autant plus troublé.

L : Avez-vous eu l’impression de connaître personnellement Django ?

E. C. : Non, je n’ai pas fait de film pour connaître Django. Ce qui m’intéressait, c’était de préserver le mystère du personnage. Souvent, les artistes sont truffés de contradictions fortes, et pour moi Django est un artiste à part entière. C’est la façon dont s’entrechoquent les différentes contradictions qui crée un personnage qui peut vous échapper. Avec Réda, plus on essayait de comprendre le personnage, plus il nous échappait. Par contre, tout ce qu’il fait, je le comprends : sa lâcheté, son courage, son amour pour sa mère, son désir de continuer la musique quoi qu’il arrive… tout cela, je le comprends, car je m’y identifie. Mais je ne veux pas donner des clés d’explication trop fortes sur le personnage. Je trouve ça plus intéressant que toutes ses facettes continuent de constituer le mystère. Je connais quand même beaucoup de choses sur lui, puisque cela fait plus de 3 ans que je travaille sur le sujet, mais je préfère ne pas tenter d’expliquer le personnage, psychologiquement parlant.

L : Justement, le travail de documentation a dû être conséquent pour cerner le personnage. Comment avez-vous procédé à ce travail de recherche intensif ?

E. C. : Très peu de choses émanent de Django dans la vie réelle, parce que les tsiganes n’ont pas de culture écrite. J’ai donc construit le personnage à base des témoignages principalement, de l’analyse d’historiens, ou d’articles de presse de l’époque. 400 photos, 3002 films et toute sa musique : voilà tout ce qu’on peut trouver sur Django. J’ai retranscrit ce qui me semblait nécessaire de l’époque. Mais la fiction a une part importante dans le film, même s’il se base sur des événements réels. Cela a donc été un gros travail de recherche pendant deux ans.

 

L : Par rapport à votre carrière, ce film constitue-t-il un tournant ?

E. C. : Je n’aime pas trop le terme de « carrière », car j’aime encore me considérer comme un amateur, mais dans le sens noble du terme « d’aimer ce que l’on fait ». Mais comme c’était mon premier film, évidemment c’était un tournant. J’espère en faire beaucoup d’autres, car ce métier… c’est un peu une drogue dure. Et le film a tout de même été sélectionné en festival d’ouverture de Berlin, et c’est émouvant. C’était aussi une vraie rencontre avec Reda, et avec beaucoup de personnes de la communauté tsigane que je connaissais peu. C’était un moment important dans ma vie.

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