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Entretien avec Irvine Welsh

L’auteur du célèbre Trainspotting, adapté au cinéma en 1996 par Dany Boyle, revient sur le devant de la scène avec La vie sexuelle des soeurs siamoises (éditions du Diable Vauvert). Le « maître du roman social » met en scène la rencontre éclatante de deux femmes que tout oppose. Une coach de sport méprisant l’imperfection du corps, avec sa cliente obèse et dépressive… Entretien. 

©Agence Anne & Arnaud

Lecthot : Comment vous est venue l’idée d’écrire ce livre ?

Irvine Welsh : J’ai toujours voulu écrire un livre. De même que j’ai toujours été frappé par la dichotomie existante entre les sports et les arts. Si ces deux domaines m’intéressaient à égalité, notre société exige de faire un choix entre les deux. Le mien s’est imposé de lui-même. J’étais à la salle de sport de Miami, lorsque j’ai vu mes deux personnages tomber du ciel : une coach de Fitness en train d’hurler sur sa cliente. Je me suis demandé quelles étaient les relations entre ces deux personnes. Comment la cliente peut-elle payer pour se faire insulter de la sorte, au point d’en venir aux larmes ? C’était un sujet sur lequel je voulais écrire depuis très longtemps. Et ça a été le point de départ.

 

L : Votre esthétique s’accomplit en partie dans le cru, à travers des propos « trash ». Pensez-vous que le subversif est un générateur de beauté ?

I. W. : En tant que romancier, je pense qu’il faut avoir des histoires à raconter. Les gens heureux n’ont pas d’histoires. Il faut qu’il y ait des problèmes, que ce soit lié à des maladies mentales, à l’alcool ou aux relations conflictuelles. Je préfère avoir des personnages qui sont en proie à des difficultés car il ne me reste plus qu’à les mettre dans la même pièce et à laisser les histoires se dérouler et se complexifier. Alors, je n’irais pas jusqu’à dire que je considère les mots crus comme étant esthétiques, mais c’est comme ça que les gens parlent de manière courante. Quand on est stressés, en colère, ou même heureux, on s’exprime de manière naturelle avec ces éléments de langages parfois un peu bruts. Dans le langage de tous les jours, les gros mots sont plutôt des injonctions qui expriment l’emphase.

 

L : Sauriez-vous dire pourquoi vous écrivez ?

I. W. : Je crois que c’est simplement car je serais incapable de faire quoi que ce soit d’autre. J’ai essayé toutes sortes de boulots, et à chaque fois je n’étais pas vraiment bon dans ce que je faisais, et puis surtout ça ne m’intéressait pas du tout. Peut-être que mon destin est de raconter des histoires, et au bout d’un moment il faut savoir accepter son destin. Finalement, je ne suis pas si mal tombé que ça, plutôt que de travailler dans un bureau, à l’usine ou même être au chômage.

 

L : Si vous deviez trouver un dénominateur commun entre tous vos romans, quel serait-il ?

I. W. : À mon sens, le dénominateur commun est l’idée qu’on est à chaque fois dans un monde en transition. Une transition qui irait du travail rémunéré au travail gratuit au fur et à mesure que l’industrialisation continue de grandir. Les intelligences artificielles prennent le dessus sur notre travail dans certains domaines et ça mène à une question existentielle : si on est remplacé dans toutes nos tâches par des machines, que nous reste-t-il à faire ? Que peut-on faire après ?

 

L : Qu’aimeriez susciter chez le lecteur ?

I. W. : C’est assez drôle, car je n’écris pas pour les lecteurs. J’écris pour moi. Je ne me demande pas qui va me lire. Je pense avant tout à me faire plaisir. Cela change du théâtre, du cinéma ou encore de la télévision, où l’on s’adresse à un public précis, avec des producteurs qui pensent vraiment aux cibles. Pour ma part, je n’ai pas de vision marketing. On peut me traiter de puriste mais quand j’écris, c’est l’écriture et le plaisir qu’elle va me procurer qui prime.

 

L : Vous êtes souvent qualifié de « maître du roman social ». Avez-vous le désir de changer la société d’une manière ou d’une autre ?

I. W. : Je pense qu’écrire un livre relève d’un acte moral. C’est une tentative de comprendre le monde et de l’améliorer. Il est très difficile d’écrire un livre qui reposerait sur de mauvaises intentions. D’ailleurs, ces ouvrages sont rares ; on pense spontanément au Mein Kampf de Hitler. On a besoin de contribuer d’une manière ou d’une autre lorsqu’on écrit, même si on a tort. C’est très dur d’écrire sur des bases fondamentalement immorales, d’ailleurs, très peu de personnes l’ont fait…

Le livre : 

 

 

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