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Entretien avec James Robertson

James Robertson nous emmène au coeur d’une intrigue policière poignante, inspirée de l’attentat de Lockerbie, survenu en 1988. Alan Tealing, professeur de littérature anglaise, perd sa femme et sa fille dans l’avion de la tragédie. Comment survivre après un tel traumatisme ?
Le Chercheur de vérité (Métailié) nous parle de la vie après la mort, du deuil et des éternelles quêtes de l’être humain. Rencontre avec James Robertson.

 

L : Quelles sont les raisons qui vous ont poussé à écrire cette histoire ?

James Robertson : Cela fait longtemps que je m’intéressais à l’histoire de Lockerbie Bombing. La destruction du Pan AM Flight 103 au-dessus de la ville de Lockerbie en décembre 1988, a tué 270 personnes. Comme de nombreuses personnes, j’ai toujours pensé que la condamnation de Abdelbaset al Megrahi, en 2001, pour cet attentat était basée sur des preuves erronées et qu’il y avait beaucoup de raisons de penser qu’il n’était pas coupable de ce terrible crime. Tant que le doute subsistait sur la vérité de cette histoire, il y avait une ombre qui planait sur le système de justice écossaise. Il me semblait nécessaire d’essayer de dissiper ce doute, par tous les moyens possibles.
J’ai suivi l’enquête, longue et compliquée, pendant des années. Puis, j’ai décidé d’essayer de mettre en perspective les questions relatives à ce tragique événement ; la vérité et la justice notamment. J’aurais pu écrire une histoire vraie sur Lockerbie, mais on en trouve déjà assez de nos jours : livres, articles, sites web… La fiction est un moyen d’examiner les événements à travers différents points de vue, contrairement au journalisme. Un roman apporte des nuances dans les opinions, il offre la possibilité d’une certaine subtilité dans l’analyse des faits et de leurs causes, défiant les idées reçues.

 

L : Le hasard est un thème récurrent dans Le Chercheur de vérité. Quel rôle joue-t-il dans votre processus d’écriture ?

J. R. : Normalement, je ne sais pas comment mes romans vont finir quand je commence à les écrire. Pour moi, c’est comme un voyage sans guide, une exploration. Je pense qu’écrire un roman et former sa narration est comparable à une affaire criminelle dans un tribunal. Car, le tribunal met en parallèle deux versions, qui s’évertuent toutes deux à prouver leur véracité. Mais dans une cour de Justice, il n’y a qu’une version qui triomphe. Dans la fiction, il y a de la vérité dans chaque point de vue, et le lecteur peut voir ces vérités, même si elles ne sont pas conciliables.

 

L : Ted Nilsen, ancien agent de la CIA atteint d’un cancer, a foi dans une vie après la mort. Cela reflète-t-il une croyance personnelle ou vouliez-vous exposer des visions contradictoires sur l’au-delà ?

J. R. : Le fait de savoir si je crois ou non dans la vie après la mort n’est pas pertinent pour l’histoire. Ted Nilsen y croit et Alan Tealing n’y croit pas. Donc, quand il vient voir Alan avec son récit, il ne le convainc pas. Et pourtant, il le persuade d’aller à l’autre bout du monde, en Australie, pour trouver une « vérité » qui lui donnera quasiment la certitude d’une vie après la mort. J’essaie d’exposer plusieurs points de vues différents à propos de ce sujet. La fiction est un outil utile pour cela. Qui est-on ? Que fait-on là ?  Y a t-il quelque chose après la mort ? Ce sont les questions existentielles de l’Homme. Peu importe la manière dont on y répond individuellement.

 

L : Le Chercheur de vérité incarne-t-il vos propres quêtes ?

J. R. : Oui, dans le sens où je pense examiner la vie sous tous ses angles. C’est le métier d’un narrateur. C’est à travers l’histoire qu’on peut atteindre une certaine compréhension.
Plus spécifiquement, j’ai dû me demander pour ce livre comment je me serais comporté si quelque chose d’aussi horrible m’était arrivé, en me mettant à la place d’Alan Tealing.

 

L : Étiez-vous seulement vivant avant que la bombe explose ? Cette question posée par Ted Nilsen semble être l’une des plus importante pour Alan Tealing. Vous sentez-vous vivant ? Si oui, quelles sont les raisons qui vous poussent à le croire ?

J. R. : Peut-être est-ce seulement quand on est confronté à une crise que l’on sent vraiment à quel point la vie est précieuse. Je me sens vivant, pas de doute, mais en même temps, je me demande si j’en profite pleinement. L’une des raisons qui fait que je me sens vivant est que je suis conscient que le temps passe. J’ai dépassé ce stade de la vie où il y a plus de temps restant à vivre que de temps passé. Je pense que le sentiment du temps qui passe est l’un des sentiments qui vous rappelle le plus que vous êtes vivant. Ecrire est mon moyen de faire la paix avec cela, de l’expliquer. Pourtant, les mots sont ambivalents : il peuvent dire tout ce qu’il y a à dire, tout comme être totalement inadéquates, nous laissant avec des sentiments qui ne peuvent pas être exprimés.

 

L : Qu’aimeriez-vous que le lecteur ressente en vous lisant ?

J. R. : La terrible peine que ressent Alan. La colère qu’il éprouve vis-à-vis de l’injustice qui s’est produite. La confusion entraînée par la nécessité de démêler le vrai du faux. J’aimerais que le lecteur sente qu’il y a tout de même une humanité partagée, même entre des personnes qui n’ont rien en commun, et qui auraient toutes les raisons de se détester, ou de ne pas se faire confiance.

Propos recueillis par Marine Rolland Lebrun

Le livre : 

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