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Entretien avec José Rodrigues dos Santos

Tomás Noronha, professeur d’Histoire et spécialiste en cryptologie, est recruté par la NASA pour participer à une mission scientifique à bord de la navette Atlantis. L’équipe internationale est chargée de trouver l’origine d’un signal radio inhabituel, reçu à l’observatoire du SETI à Hat Creek en Californie. Mais dans l’espace, où l’homme est particulièrement vulnérable, tout est-il toujours prévisible ? Signe de vie raconte cette formidable aventure dans un thriller dont José Rodrigues dos Santos, seul a le secret. Entretien avec José Rodrigues dos Santos.

©Nicolas du Pasquier

Lecthot : José Rodrigues dos Santos, vous êtes le présentateur du journal télévisé de 20 heures au Portugal depuis plus de 25 ans et reporter de guerre. Vous exercez à la fois le métier de journaliste et d’écrivain. Diriez-vous que ces métiers sont complémentaires ?

J.R.S. : Absolument. Il y a, en Europe continentale, une idée bien ancrée selon laquelle la grande littérature ne concernerait que le travail sur la langue, l’expérimentation de la langue. Je ne suis pas d’accord. La grande littérature est celle de la vérité. Le procès de Kafka est un grand livre car il nous révèle quelque chose de très vrai sur le système juridique. De la même façon, Madame Bovary de Gustave Flaubert offrait à la société du XIXe siècle une vérité inédite sur les relations d’un couple marié à une époque où l’adultère était encore très tabou. Et À la recherche du temps perdu de Proust est un témoignage très juste sur la nostalgie de l’enfance. La grande littérature parle de la vérité, souvent la vérité qui dérange. Et le grand journalisme est aussi celui de la vérité.

 

L : Vous avez passé les dix premières années de votre vie au Mozambique auprès de votre père qui exerçait comme médecin itinérant. Est-ce la raison majeure qui vous a poussé à devenir reporter sur le terrain ?

J.R.S. : Pas du tout. Croyez-le ou pas, j’ai décidé de devenir reporter car un test psychologique me l’avait conseillé. Quand j’avais 16 ans, j’étais très indécis sur le métier que je voulais faire et ce test m’a aidé à me décider.

 

L : Pendant votre adolescence, vous avez également suivi votre père à Macao. L’atmosphère intrépide qui régnait dans cette colonie et sur le territoire de Hong Kong avant la rétrocession à la Chine a-t-elle influencé votre personnalité et votre carrière ?

J.R.S. : Peut-être, je ne sais pas. Ce que je sais, c’est que le fait d’avoir beaucoup voyagé a fait de moi un citoyen du monde. Il n’y a pas de meilleure éducation que le voyage. Vous rencontrez des gens différents, des cultures différentes, des idées différentes et c’est déjà une très grande école.

 

L : Avec Signe de vie, le lecteur est heureux de retrouver Tomás, votre héros depuis plusieurs romans déjà. Il est mêlé malgré lui à des aventures rocambolesques. Vous êtes-vous inspiré de quelques héros de votre enfance pour créer ce personnage ou est-il le pur fruit de votre imagination ?

J.R.S. : Eh bien, j’ai toujours été un fan de BD. J’aime toujours lire et relire Tintin ou Blake & Mortimer par exemple. Il y a donc certainement un peu de Tintin dans les aventures de Tomás et peut-être un peu de l’esprit scientifique de Mortimer dans les défis scientifiques que relève Tomás. Les gens qui aiment Tintin me disent qu’ils aiment Tomás. Peut-être que Tomás est le Tintin portugais. Maintenant que nous parlons de ça, je réalise que mes deux premières initiales sont J R ; retournez-les et ça devient R J. Malheureusement, je ne suis pas Hergé…

 

L : Une fois la lecture entamée, on se sent happé par l’histoire et il devient difficile de s’en détacher. Vous avez l’art de tenir le lecteur en haleine tout au long des sept cents pages du roman. Quels sont vos secrets d’écriture ?

J.R.S. : Il y a beaucoup de caractéristiques, dans mon écriture, qui sont en lien avec mon métier de journaliste. J’essaie toujours d’écrire de manière transparente, afin que l’on oublie les mots. Au lieu de voir des mots, des images se créent dans votre esprit. Je pense qu’une bonne écriture est une écriture claire. Si vous lisez une page et que vous ne comprenez pas ce qui est écrit, ça n’est pas votre faute – c’est la faute de l’auteur. De plus, je pense que l’écriture doit être captivante, qu’elle doit pousser à tourner la page. Enfin, et c’est le plus important, je pense que l’écriture doit être vraie, honnête.

 

L : En combien de temps avez-vous écrit cette histoire ?

J.R.S. : Il est difficile de savoir ce que signifie vraiment « écrire » une histoire. Si vous parlez du simple fait d’écrire les différents chapitres sur Word, cela m’a pris trois mois. Mais écrire une histoire, c’est bien plus que d’écrire des mots et des phrases. Cette partie-là est le point culminant de tout un processus. Par exemple, avant de commencer à écrire, je fais de très longues recherches sur mon sujet. Est-ce vraiment de l’écriture ? Oui et non. Je ne tape pas des pages sur mon ordinateur, mais c’est une étape cruciale dans l’écriture de mon livre, car si je ne fais pas ce gros travail de recherche, je ne peux rien écrire. Ainsi, tout ce temps, tout ce processus, m’a pris un an.

 

L : Le roman combine faits réels scientifiques et fiction en évoquant l’éventualité de la vie extra- terrestre. Le lecteur voyage de Californie en Australie, se retrouve au Vatican, puis s’évade quelques instants au Chili, avant de séjourner à Houston et dans l’espace. Mis à part le dernier lieu, ce trajet pourrait-il ressembler à un moment de votre vie de journaliste ? En fin de compte, n’êtes-vous pas ce héros qui ferait tout ce que vous auriez rêvé de faire ?

J.R.S. : Il existe ce côté globetrotter chez Tomás que vous pouvez effectivement retrouver dans ma vie. J’ai vécu en Afrique, en Asie, en Europe. Je suis allé au Potala à Lhassa, sur le camp de base de l’Everest dans l’Himalaya, j’ai voyagé jusqu’au cercle polaire en Antarctique, j’ai couvert des douzaines de guerres dans le Moyen Orient, les Balkans, le Caucase, j’ai été bombardé à Bagdad par les Américains, la milice indonésienne m’a tiré dessus dans le Timor oriental et j’ai été menacé par les soldats russes en Géorgie. J’ai suivi les pas de Jésus sur le site archéologique du Mont du Temple à Jérusalem, je suis allé au plus près des tombes des pharaons dans les pyramides de Gizeh et dans la Vallée des rois à Louxor. J’ai vu le sabre de Mahomet à Istanbul, l’autel des sacrifices des Mayas à Mexico. Je suis allé sur le complexe de lancement de la NASA à Cap Kennedy, dans l’accélérateur de particules du CERN à Genève. J’ai touché une navette spatiale et j’ai vu les ossements de saint Paul dans les catacombes du Vatican. Je n’ai jamais rêvé d’être un aventurier, mais j’en suis un d’une certaine manière. Comme Hergé a dit un jour « Tintin c’est moi », je pense que je peux dire « Tomás c’est moi ».

 

L. : À quel public vous adressez-vous ?

J.R.S. : Le directeur de la plus grande librairie du Portugal m’a dit un jour : vos livres sont les seuls que je vends autant pour la fête des Pères que pour la fête des Mères. Ils sont donc pour tous ceux qui aiment apprendre tout en se divertissant. Mes romans sont des histoires d’amour, d’espionnage, des livres d’aventure et de détective, tout cela emballé dans un sujet de fond, non fictionnel. Vous pouvez apprendre sur l’Histoire, la Science, la Philosophie à travers un thriller. J’utilise la fiction pour parler de la vérité – et la vérité, c’est ce que tout le monde recherche. Tous ceux qui veulent se divertir et apprendre en même temps peuvent me lire.

 

L : Vous expliquez de façon très simple de nombreuses théories scientifiques qui font appel aux mathématiques, à la physique, à la biologie et à la théorie évolutionniste darwinienne. Or, vous dites que cette trame est en quelque sorte « la raison d’être de ce roman ». Pouvez-vous développer cette idée ?

J.R.S. : Je pourrais écrire l’histoire d’Hervé qui a rencontré Isabelle et comment ils sont tombés amoureux, alors que la mère d’Isabelle n’était pas d’accord et comment les choses se sont compliquées… Il existe des millions d’histoires comme celle-là dans les librairies et je ne veux pas écrire ça. Je ne veux pas écrire des passe-temps. Je veux écrire des romans qui, bien sûr parlent d’amour et d’aventure et qui sont un passe-temps, mais je veux que cette histoire ne soit rien d’autre que le moyen d’aborder quelque chose de réel, de vrai, sur nous, notre monde, notre passé, notre univers. Lorsque je fais cela, ce n’est pas seulement un « passe- temps ». C’est un « gagne-temps ». On ne se distrait pas seulement. À la fin du livre, on a réellement appris quelque chose. On a vraiment « gagné notre temps ». On a appris quelque chose sur notre vie. Et c’est, selon moi, ce qui fait de la vraie littérature. Les grands livres sont ceux qui disent des choses vraies. Et c’est pour cela qu’ils vous enrichissent.

 

L : Quel sera le thème de votre prochain roman ?

J.R.S. : Je vous le dirai lorsqu’il sera publié.

Propos recueillis par Anouck Huguet 

À l’occasion de la parution de Signe de Vie, HC Éditions lance une mini-série de 10 épisodes autour du livre, intitulée « beyond the book ».
Chaque vendredi, sans dévoiler ni « spoiler » l’histoire, un nouvel épisode aborde un sujet du livre de façon ludique et originale. Découvrez dès à présent le premier épisode…

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