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Entretien avec Koji Fukada

Dans une banlieue japonaise, Toshio et sa femme Akié vivent avec leur fille Hotaru. La famille connait un quotidien monotone et serein. Jusqu’au jour où surgit Yasaka, un ancien ami de Toshio, sorti de prison. Yasaka s’introduit progressivement dans la vie familiale, menaçant l’équilibre du couple.
En salle mercredi 11 janvier, Harmonium, réalisé par Kofi Fukada, surprendra les spectateurs… Entretien.  

 

Koji Fukada sur le tournage

Koji Fukada sur le tournage

Lecthot : Quelle a été votre source d’inspiration pour réaliser ce film ?

Koji Fukada : J’avais envie de traiter deux thèmes précis. Tout d’abord la violence, une violence pouvant apparaitre sous des formes différentes dans la vie de chacun, une catastrophe naturelle, un accident de la route, une maladie, un crime ou un attentat, pour parler de l’actualité récente…

L’idée n’était pas que la violence soit visuellement exprimée mais plutôt qu’elle soit intégrée à la structure même du film, c’est pourquoi ce dernier est en deux parties. La première montre le quotidien monotone d’une famille, brutalement interrompu par l’intrusion de la violence, et la deuxième décrit la gestion de l’après-violence…

L’autre motif que je désirais mettre en scène est la solitude. J’avais envie de montrer à travers ce film la confrontation entre l’être humain et sa solitude ; une solitude avec laquelle il est né, suite à l’effondrement d’institutions fortes telles que la famille ou la religion. Je voulais révéler ce processus de déconstruction des stratégies mises en place par l’être humain, une fois qu’il se retrouve face à lui-même. L’un des maux contemporains me semble la confrontation avec soi-même…

 

L : Pourquoi avoir choisi de dresser un portrait si noir de la famille ?

K.F. :  Ce portrait familial n’est pas si pessimiste. Je réponds cela en particulier car le couple mis en scène dans Harmonium me fait beaucoup penser au couple de mes parents. Aussi loin que ma mémoire remonte, je n’ai pas le souvenir d’avoir entendu mes parents discuter entre eux, de l’école primaire jusqu’à ce que je quitte le lycée, période à laquelle ils ont divorcé. Pendant toutes les années où j’ai vécu avec eux, leur entente était plutôt froide, ils ne se parlaient que pour des détails « fonctionnels ». Pour autant, je n’ai jamais souffert de cette situation car cela me semblait quelque chose de normal.

L’être humain ne devient pas seul au fur et à mesure de la vie. Il nait seul. La famille n’est ni plus ni moins une stratégie mise en place par l’homme, non pas pour palier à la solitude, mais pour essayer de l’oublier. Cependant, le portrait de cette famille ne me semble pas pessimiste dans la mesure où les membres de cette famille réalisent qu’ils étaient en réalité déjà chacun seul face à leur solitude. Qu’il s’agisse d’une famille heureuse ou non, le constat est selon moi inchangé, chacun est seul face à lui-même.

 

L : Quel est le symbole de l’intrusion de Yasaka au sein du couple ?

K.F. :  A mon sens Yasaka n’a pas d’intention à l’origine. En arrivant au milieu du couple, il n’a aucun plan précis, autre que se réfugier quelque part et survivre. Simplement, il fait intrusion comme un élément de violence, et s’il a un symbole, ça doit être celui-là. Il joue un rôle de déclencheur. Le couple formé par Toshio et Akié est un couple déjà un peu éparpillé. Yasaka leur permet d’en prendre conscience.

On peut tous avoir un rôle de déclencheur dans les relations qui nous environnent, sans intention particulière.

 harmonium-film

L : Quelle est votre vision de l’enfant ? Hotaru apparait dans le film comme étant le produit des égarements du couple. L’enfant est-il selon vous enfermé dans le déterminisme familial ou peut-il se réaliser autrement ?

K.F. :  A l’origine ma conception des choses est plutôt de penser que l’enfant est indépendant du couple parental et qu’il n’a à endosser ni le destin ni les péchés du couple parental. Mais c’est en réalité beaucoup plus complexe que cela. Il existe évidemment un lien très fort entre parents et enfants, qu’on le veuille ou non. Et même si ce n’est pas intentionnellement, Toshio et Akié ne peuvent pas s’empêcher de faire porter au fils de Yasaka les crimes qu’il a commis, quand bien même ils savent qu’il n’y est pour rien. On a donc beau vouloir s’affranchir, il est difficile de le faire.

 

L : L’harmonium n’apparait que dans la première partie du film, au moment où Hotaru a encore son individualité propre… Pourrait-il dès lors symboliser l’individualité de la personne ?  

K.F. :  C’est une très bonne interprétation, j’approuve.

 

L : Quel est le sentiment principal que vous aimeriez suscitez chez le spectateur ?

K.F. :  C’est une question à laquelle il m’est difficile de répondre car lorsque je réalise un film, je fais toujours attention à ne pas délivrer de message particulier. Je considère que seuls les motifs du film sont importants, comme la violence, la solitude et la famille, et que je dois les exploiter au mieux pour laisser l’espace suffisant à l’imagination du spectateur.

Je dis souvent que j’aimerais réaliser des films qui ressemblent à des miroirs.

L’idéal pour moi serait donc que mon film apparaisse comme un miroir reflétant les pensées de chaque spectateur, pour servir de déclencheur à leur réflexion sur l’existence.

 

L : Comment définiriez-vous le style Koji Fukada ?

La ligne de conduite que je me fixe est d’écrire toujours à la troisième personne pour adopter la bonne distance avec les personnages que je filme, et ne pas trop imposer mon ressenti sur eux.

 

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