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Entretien avec Laurence Nobécourt

La vie spirituelle (Grasset), célèbre les mots et leur influence sur notre vie. Laurence Nobécourt nous raconte son rapport inconditionnel à l’écriture, à travers l’émouvant périple de Laurence, partie en quête d’un poète imaginaire, Yazuki, au Japon.
Un livre performatif, qui agit sur le lecteur en profondeur. Entretien avec Laurence Nobécourt.

 

©JF Paga

 

Lecthot : Avez-vous écrit ce roman philosophique dans le but de vous trouver ?

Laurence Nobécourt : Je n’ai pas le sentiment qu’il s’agisse d’une âme en perdition, mais plutôt de la quête d’une âme assoiffée de vérité, et bouleversée par le réel qui, à un moment de sa vie, dépasse la fiction. L’écriture est, pour moi, liée à une quête spirituelle, et puisque vous évoquez la philosophie, je me permets de citer la définition que Michel Foucault donne de la spiritualité et dans laquelle je me retrouve : « Je crois qu’on pourrait appeler spiritualité la recherche, la pratique, l’expérience par lesquelles le sujet opère sur lui-même les transformations nécessaires pour avoir accès à la vérité. »

 

L : Yazuki, Laurence et Takako souffrent de dépression. Le livre se situant à la frontière avec l’autobiographie, avez-vous déjà personnellement expérimenté des épisodes dépressifs ? Si oui, l’écriture a-t-elle été un exutoire ?

L. N. : Je crois que tout individu qui est en quête traverse des moments de dépression au sens géographique du terme, c’est-à-dire des dépressions atmosphériques. Embrasser la vie c’est embrasser sa totalité. Il faut un hiver pour qu’il y ait un printemps. J’ai connu des moments très difficiles, que l’on peut en effet qualifier de dépressifs, et l’écriture m’a toujours aidée à en sortir. La puissance du verbe est inimaginable. L’écriture a un réel pouvoir sur nos vies. C’est ce que j’essaye de transmettre à travers mes livres et à travers mes ateliers d’écriture.

 

L : Quand Laurence rencontre enfin Yazuki, le poète imaginaire pour lequel elle s’est rendue au Japon, elle semble enfin apaisée. Il semblerait que la vie sans écriture soit irrespirable pour Laurence. Son apaisement est-il celui de la réconciliation avec l’écriture ? Les mots sont-ils une colonne vertébrale pour elle ? Et pour vous ?

L. N. : Le travail de chacun est de trouver sa place, d’accomplir ce pour quoi il est fait. Je suis sur Terre pour écrire. Je peux donc affirmer avec vous que oui, la langue est ma colonne vertébrale. Je suis entièrement liée à cette tâche qui est mienne, et l’apaisement que l’écriture m’a apporté en transformant mon existence, c’est aussi celui que j’ai envie de transmettre aujourd’hui.

 

L : Votre style, très oral, sonne à l’oreille du lecteur comme un murmure, une confidence. Cela crée un rapport très intime avec le lecteur qui pourrait tout aussi bien être effrayé qu’envoûté. Avez-vous cherché à susciter l’un ou l’autre de ces sentiments ?

L. N. : Je n’ai pas recherché cela, non, mais tant mieux si un lien intime se crée. J’essaye de travailler avec le moins d’intention possible afin de laisser être la langue au maximum de ce qu’elle peut.

 

L : Vous marquez une opposition entre la beauté et l’esthétique. Les villes d’Hiroshima et de Tokyo sont qualifiées d’« erreur » de « protubérance ». Laurence, qui se représentait le Japon comme une beauté naturelle, est déçue. Comment concevez-vous la place que l’homme prend dans ces villes ? Et l’écriture ? Sont-elles inspirantes pour un auteur ?

L. N. : Je ne crois pas qu’il y ait de déception à proprement parler. Je vis à la campagne, dans un petit village, je suis en lien avec les saisons, la Terre, et des villes telles que Tokyo ou Hiroshima relèvent, pour quelqu’un comme moi, du « monstrueux » car l’homme y est coupé de son lien avec la nature. C’était pourtant fascinant de déambuler dans ces villes, comme s’il s’agissait d’une planète autre et, en effet, c’est un monde complètement différent du mien. J’ai aimé y circuler par curiosité, mais il me serait impossible d’y vivre. Ce sont des villes qui sont comme des mondes et pourtant, je pense que les êtres humains dans ces lieux ont eux aussi besoin d’être reliés à la nature, à leur vie intérieure, leur beauté et leur tremblement d’êtres humains. C’est toujours très riche de se déplacer hors de son monde. Tokyo m’a semblé plus respirable qu’Hiroshima.

 

L : Aujourd’hui, si vous deviez écrire un autre livre, quel en serait le thème ?

L. N. : J’ai déjà achevé un livre qui parle de l’amour, de la relation entre hommes et femmes, du rapport au masculin/féminin, et je suis en train d’écrire un roman en lien avec le temps et la transmission. J’ai toujours un projet d’écriture en cours.

Propos recueillis par Marine Rolland Lebrun

Le livre :

 

 

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