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Entretien avec Léonor de Récondo

Léonor de Récondo nous raconte dans Point Cardinal (Sabine Wespieser éditeur) l’histoire de l’inadéquation d’un corps, à travers la métamorphose d’un père de famille en femme. Une paix intérieure retrouvée au prix du chaos général ; le choc pour l’épouse, les enfants et l’entourage.
Comment comprendre cette contradiction ? En lisant les mots de Léonor de Récondo, qui transmettent avec justesse et sensibilité le sentiment de quête identitaire.

© Ph. Matsas / Sabine Wespieser éditeur

 

Lecthot : Pourquoi le choix de ce sujet si délicat et difficile ? Comment vous est venue l’idée du roman ?

Léonor de Récondo : J’avais envie d’explorer plus avant la question du corps et notamment celle vertigineuse qui est de ne pas être dans le bon corps. J’ai voulu situer le roman dans une famille aimante et normale, pour ne pas restreindre la question de l’identité à un milieu particulier.

 

L : Le titre de votre roman Point cardinal a t-il pour objet d’indiquer un changement de direction de cap symbolisant la nouvelle orientation du personnage principal Laurent/Lauren ? Annonce-t-il aussi un changement dans votre écriture ?

L. R. : Point Cardinal représente le centre de gravité dans le corps de Laurent à l’intérieur, mais aussi à l’extérieur, un point cardinal qui lui donne la direction à suivre. Je ne sais pas s’il annonce un changement d’écriture chez moi, je ne l’ai pas envisagé de la sorte.

 

L : Le choix du prénom Solange pour l’épouse de Laurent évoque l’œuvre de Henry de Montherlant Pitié pour les femmes, où Solange fraîche, pure et conformiste se heurte à Pierre fuyant perpétuellement devant l’idée du mariage… Vous en êtes-vous inspirée ? Quelles ont été vos influences littéraires pour ce roman ?

L. R. : Je n’ai pas pensé à Pitié pour les femmes en choisissant le prénom de Solange. J’ai longtemps réfléchi, et je l’ai choisi. Je n’ai pas eu d’influences particulières pour ce roman.

 

L : Les personnages sont d’une densité étonnante, ont-ils été inspirés par des proches ? Comment parvenez-vous à leur conférer une telle crédibilité ?

L. R. : C’est le pouvoir de l’imagination, je me suis mise dans leurs peaux. Ce livre n’est ni un récit ni une compilation de témoignages, c’est un roman, de la fiction pure, la plus crédible possible.

 

L : Comment fait-on en tant que femme, pour se mettre à la place d’un homme qui devient une femme ?

L. R. : On fait comme les acteurs, on se met dans la peau des autres et on vit pour un temps leurs vies. J’ai de nombreuses vies dans ma tête.

 

L : La quête d’identité de Laurent semble tourner autour de choses matérielles (le costume féminin, les matières la soyeuses des dessous, le maquillage, les cheveux…) Comment expliquer qu’une quête si profonde se manifeste par des éléments focalisés sur paraître ?

L. R. : L’identité se forge aussi dans le regard des autres, elle est même validée par les autres. Laurent s’attache à ce qui peut sembler des éléments féminins futiles, mais c’est grâce à eux qu’il s’affirme en tant que femme.

 

L : Que dit votre roman sur la sexualité ?

L. R. : Le roman parle plus d’identité sexuelle que de sexualité. Mais elle pose la question de comment survit un amour à une telle transformation. Aussi dans la sphère physique, c’est pourquoi j’ai voulu inclure une scène où Solange redécouvre le corps de celui/celle qui l’accompagne depuis 20 ans.

 

L : Qu’aimeriez-vous provoquer chez vos lecteurs ?

L. R. : Je ne provoque pas, j’espère susciter plaisir et réflexion.

 

 

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