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Entretien avec Mani Haghighi

Valley of stars, dernier né du réalisateur Mani Haghighi, est un film qui ne laisse pas indifférent. Entre réalité et fiction, le cinéaste joue avec les codes, mélange les genres, chamboule les règles d’une narration traditionnelle, et signe un film délibérément surréaliste.Valley of stars, au cinéma le 25 janvier. Entretien.

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L : Qu’est-ce qui vous a inspiré ce film ?

M.H. :  Quand on fait un film, on le fait pour essayer de comprendre pourquoi on le fait. Imaginez qu’un endroit de votre corps vous démange, mais vous n’arrivez pas à localiser l’emplacement exact. Vous allez tout passer au peigne fin, pour finalement trouver cet endroit. Lorsque je tourne un film, la réalisation est un long chemin qui me permet de comprendre la raison qui m’a poussé à le faire. Une fois que le film est achevé, c’est le début de la compréhension, comme une sorte d’illumination. Le départ de toute l’histoire d’un film est l’énigme. L’énigme du « pourquoi ».

L : Avez-vous compris ce « pourquoi » ?

M.H. : Oui bien sûr. C’est cette relation entre la réalité et l’imaginaire qui m’intéresse. Lequel va vaincre l’autre. Cette guerre incessante entre ces deux mondes est fascinante. C’est pour moi l’élément essentiel du film. Sans oublier qu’à mon âge, on a tendance à vouloir revenir dans un monde enfantin. Les aventures de Tintin, d’Indiana Jones, ou encore de Jules Verne, étaient des composants inhérents à mon monde d’enfant. J’ai voulu redécouvrir ce monde-là à travers mon film.

 

Lecthot : Une Chevrolet Impala orange en guise de compagnon de route, c’est une décision plutôt originale ! Pourquoi ce choix ? 

Mani Haghighi : c’est une voiture qui existait à l’époque en Iran, en 1965. Mais l’idée principale vient surtout d’un roman, Les détectives sauvages de Roberto Bolaño.

 

L : L’intrigue est portée par un trio. Un inspecteur de police, un ingénieur du son et un géologue. Pourquoi avoir privilégié le trio au duo ?

M-H : Lorsque l’on met en scène un duo, la dialectique est claire. Trop claire. D’un côté, vous avez le rêve, de l’autre la réalité. La croyance, et les doutes. Il y a un aspect très prévisible. Le spectateur attend de déterminer quel coté va convaincre l’autre. Alors qu’avec trois personnages, la complexité entre en jeu. Personne ne peut savoir à l’avance quelle dynamique va être proposée. Et en prime, on sort du cliché.

L : Le film présente une construction complexe, profondément singulière. Avez-vous souhaité réaliser un film élitiste ?

M.H. : Je ne pense pas de cette manière lorsque je réalise un film. J’ai une idée attirante qui me vient en tête, j’essaye ensuite de la construire, c’est tout. Quand le film est sorti en Iran, les personnes se sont déplacées en masse pour aller le voir, et ils ont apprécié. De tous mes longs-métrages, c’est celui qui a eu le plus de succès. J’attends maintenant de voir ce qu’en pensera le public européen.

 

L : Les aller-retours constants entre fiction et réalité perdent parfois le spectateur. Est-ce un choix esthétique ou une volonté de déconcerter le spectateur ?

M.H. : Ce n’est pas une volonté, mais plus un challenge. Il y a cette histoire, où l’on est quelque peu perdu dans une dimension onirique, et d’un coup la hache de la réalité vient couper le rêve. Cela peut être compliqué pour certaines personnes qui n’arrivent pas à rentrer dans cette dynamique. La stratégie de narration mise en place était d’aller du rêve à la réalité, pour finalement repartir de la réalité vers le rêve.

 

L : Dans ce long-métrage aux allures de fable, il y a un aspect éminemment poétique. Quel lien entretenez-vous avec la poésie ?

M.H. : J’ai une relation très profonde avec la poésie. Ce qui m’intéresse dans la poésie, c’est l’association d’idées. Une image va instantanément vous amener à une autre image. Il n’y a plus ce rapport si singulier de cause à effet. Les productions hollywoodiennes fonctionnent de cette manière. La poésie, c’est différent. Il faut se laisser aller.

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L : Les auteurs de cinéma iraniens ont pour habitude d’avoir une écriture assez subtile, voire complexe. Est-ce une volonté de rompre avec le cinéma occidental, et la narration parfois très conventionnelle ?

M-H : Je ne pense pas que le cinéma iranien soit comme vous le décrivez. C’est le cinéma iranien que vous voyez qui est tel quel, celui qui s’exporte. La plupart de nos films qui sont produits et projetés en Iran ont un cadre très classique, comme en Europe ou à Hollywood. Les œuvres iraniennes qui sont montrées chez vous se sont délibérément affranchies de la forme classique. Mais c’est marginal.

Propos recueillis par Tristan Poirel

 

 

 

 

 

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