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Entretien avec Marie Barthelet

Marie Barthelet est écrivain. Celui-là est mon frère, son premier roman, nous entraine dans un univers chimérique, retraçant l’histoire de deux frères – l’un chef d’Etat, l’autre rebelle, opposant au régime – qui se retrouvent après dix ans de séparation.

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Lecthot : Pouvez-vous décrire le roman et son inspiration en quelques mots ?

Marie Barthelet : Il raconte l’affrontement de deux hommes, élevés ensemble comme des frères mais séparés par un événement tragique. L’un est un jeune chef d’État amené au pouvoir par voie de succession. L’autre est un opposant au régime, un rebelle se faisant le porte-voix de la culture minoritaire vivant en ce pays. Le roman évoque à la fois l’effondrement de ce pays, ses crises sociales, sanitaires et politiques, et la crise intime qui secoue le chef d’État. Ce récit a son origine dans un texte de l’Exode bien connu et maintes fois adapté : l’affrontement entre le pharaon Ramsès et Moïse pour la libération des Hébreux tenus en esclavage en Égypte.

L : L’intrigue présente un grand flou temporel, politique et géographique : le lecteur ne sait pas exactement à quelle époque ni dans quel pays se déroule le récit. Pourquoi avoir fait ce choix ?

M.B. : Je voulais m’éloigner du récit qui m’a inspirée ; il n’était pas question de proposer une énième réécriture de cet épisode de l’Exode, plutôt de n’en garder que le sens. Bien sûr, j’ai conservé l’idée des fléaux et le déroulement général du récit, quoique son aboutissement soit différent. Mais il s’agit pour moi d’une histoire universelle : deux peuples s’opposent sur un territoire unique, et l’un d’eux finit par dominer l’autre. Ce n’est pas que l’histoire des Hébreux et des Égyptiens, c’est aussi celle des peuples gréco-latins et de leurs esclaves, c’est la conquête des Amériques et toutes les colonisations, c’est l’Allemagne nazie, c’est Israël et Palestine, c’est encore la France et ses immigrés. Ne pas préciser la temporalité du récit, la localisation, ne pas nommer mon chef d’État ni mon rebelle, permet à chacun de s’approprier l’histoire en fonction de ses propres préoccupations, de son propre vécu. C’est le langage du conte ou du mythe : il s’applique à tous, il est transposable, il n’est jamais daté.

 

L : Pourquoi avoir tout de même choisi un pays arabe ?

M.B. : C’est un hommage au récit d’origine et un clin d’œil aux Contes des Mille et Une Nuits. L’Orient fait rêver l’Occident mais l’inquiète aussi, et ce depuis des siècles. Il fait partie de mon rêve. J’ai pratiqué le chant oriental, je lis de la poésie arabe, les cultures orientales me fascinent et j’ai d’une certaine manière satisfait ce goût dans l’écriture de ce roman. Et il fallait tout de même donner quelques repères à mon lecteur ! Mais j’aurais très bien pu situer le récit en Occident, il n’y aurait de fait pas grand-chose à changer sinon l’essence des arbres, le nom des personnages et des instruments de musique…

 

L : Est-il possible qu’un chef d’État soit habité par un tourment au point de ne même plus mettre en balance dans sa réflexion les intérêts de son peuple ?

M.B. : Les chefs d’État en général, je ne sais pas. Mon narrateur, oui, car il est épris de son frère, son frère est pour lui plus que sa propre famille et que le monde. Il refuse de faire face au changement et à ses conséquences, il est enfermé dans son passé – d’où les nombreuses « réminiscences » qui ponctuent son monologue. Il ne reconnaît son erreur de jugement qu’à la toute fin, alors qu’il est déjà trop tard.

 

L : Est-ce la façon dont vous percevez les hommes politiques en général, en les imaginant pris en tenaille entre leur vie privée et leurs responsabilités politiques ?

M.B. : Tous les hommes de pouvoir sont d’abord des hommes, avec leurs affects, leur histoire, et il me semble impossible que ces affects et cette histoire n’influencent pas les décisions prises par ces personnes. Dans le roman, mon chef d’État dit qu’il ne se possède pas, que c’est le monde qui le possède. Nous attendons tout ou presque d’un homme politique, nous sommes dans le jugement immédiat de tous leurs actes et décisions. À mon avis, l’image publique qu’ils renvoient – ou qu’on produit d’eux – doit être souvent très difficile à composer ou à assumer.

 

L : Comment se met-on à la place d’un homme quand on est une femme et plus encore au sein d’une relation entre deux frères ?

M.B. : Pour moi cela s’est fait naturellement, j’ai toujours presque exclusivement écrit d’un point de vue masculin dans mes romans et nouvelles. Je ne me pose pas la question. L’écrivain a cette chance de pouvoir se glisser dans la peau de qui il veut, homme, femme, enfant, animal… C’est une chance d’avoir plusieurs vies !

 

L : Avez-vous une source d’inspiration particulière pour avoir voulu traiter le thème des relations entre frères ?

M.B. : L’amour inconditionnel qui me lie à mes deux sœurs et à ma famille en général. Les relations familiales me fascinent, c’est un motif récurrent dans mes écrits. La famille est un microcosme, tout s’y joue ou presque, l’individu s’y construit.

 

L : Si les lecteurs devaient retenir un message particulier, lequel privilégierez-vous ?

M.B. : La lecture d’un texte peut être si différente d’une personne à l’autre, je n’ai pas envie d’imposer un message ou une morale. J’ai pour ma part écrit ce roman dans un esprit de relativisme et de tolérance envers autrui, celui qu’on juge quel qu’il soit, étranger ou homme politique. Je pense que nous gagnerions en sagesse à nous mettre davantage à la place des autres.

 

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