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Entretien avec Marie Modiano

Digne héritière de son père, Marie Modiano a publié Lointain, aux éditions Gallimard. La romancière signe un livre mélancolique, contant l’existence d’une jeune femme qui erre sur terre, en quête de repères. Un deuxième roman réussi pour cette artiste aux multiples facettes, jonglant entre l’écriture, la chanson et la composition. Entretien. 

 

Lecthot : Vous signez un roman très personnel, à la limite de l’autobiographie. Quelle est la part de fiction ? Et la part d’autobiographie ?

Marie Modiano : Quand j’écris une chanson, un poème ou un roman, je me sers toujours de mon expérience personnelle. Il me semble important de « mettre de soi-même » dans un texte afin d’arriver à toucher le plus possible le lecteur, d’aller puiser au plus profond de son être pour tenter de dévoiler des aspects de son âme et de sa personnalité sous diverses formes.

Je crois qu’il est inutile de dévoiler quelle est la part de fiction et celle d’autobiographie de ce roman, l’important pour moi est d’entraîner le lecteur à travers un voyage qui est à la fois géographique avec toutes les villes d’Europe que traverse la narratrice, mais aussi temporel avec ce va-et-vient dans le temps. J’ai juste tenté, en me servant de mon imaginaire, de retranscrire une nouvelle réalité, qui frôle le fantastique à certains moments.

 

L : Qu’est-ce qui vous a poussée à écrire ce livre précisément aujourd’hui ?

M.M. : Je voulais mettre en lumière un certain moment de la vie, très bref, qui est celui au sortir de l’adolescence, juste avant l’entrée dans l’âge adulte. La narratrice a 19 ans quand elle entreprend cette tournée théâtrale interminable à travers toute l’Europe. Il faut souvent du recul pour exprimer certains sentiments : quand j’ai commencé l’écriture de ce livre, je me sentais assez mûre pour me mettre dans la peau d’une jeune fille de 19 ans, les années passées m’ont rendue capable de parler de la première jeunesse.

 

L : L’héroïne n’a pas de prénom, le « je » est dès lors abstrait. Etait-ce une volonté de dépeindre un portrait universel ?

M.M. :  L’héroïne a un prénom, elle s’appelle Valentine. Mais ce n’est mentionné que 2 fois dans le livre. Oui, il y avait sûrement une volonté de dépeindre un portrait dans lequel chacun ou chacune puisse trouver écho. La jeunesse, la perte de l’amour, la solitude, la vocation, sont, je pense, des thèmes universels.

 

L : Plusieurs récits s’entrecroisent, mêlant passé et présent. Pourquoi avoir choisi ce mode de narration ?

M.M. : Je voulais essayer de créer une sorte de « phénomène optique » avec cette construction narrative : que le passé de par l’utilisation du présent apparaisse presque plus proche que le présent qui est écrit au passé simple et à l’imparfait. Pour tous les chapitres qui se réfèrent aux souvenirs de la narratrice, je trouvais que l’utilisation du plus-que-parfait était importante car elle donnait l’impression que ces passages étaient gravés en profondeur dans le temps, un peu comme si le passé « s’étirait »….

 

L : Rien ne semble divertir la narratrice, qui manifeste très peu d’intérêt pour les choses. Quel est votre rapport à la mélancolie ?

M.M. : Je traverse parfois des passages mélancoliques, mais ils m’effraient moins qu’auparavant. Au fil des années, j’ai compris qu’ils me sont presque utiles et qu’ils sont souvent suivis par des périodes de création qui sont des moments plus légers, des moments de répit, où je suis pleinement concentrée sur mon travail et je me pose moins de questions existentielles !

 

L : Pourquoi la narratrice n’arrive-t-elle pas à se libérer de cette histoire d’amour, au point de rester hantée par le spectre de cet homme, qui ne reviendra jamais ?

M.M. : La narratrice reste profondément marquée par son premier amour car elle se sent peut-être coupable de n’avoir pas su aider son compagnon à cause de son jeune âge et de son manque d’expérience. Elle garde le sentiment de l’avoir abandonné à lui-même et cela ne cesse de venir la hanter.

 

L : Lorsque la narratrice évoque l’homme en question, « lui » semble être sa seule dénomination. Pourquoi ce refus de le nommer ?

M.M. : Parce que c’est un personnage de roman et que je n’ai pas voulu lui donner de nom, l’utilisation de « lui » rend ce personnage plus fantomatique et c’est ce que je souhaitais.

 

L : Quel sentiment aimeriez-vous susciter chez le lecteur ? Et chez la lectrice ?

M.M. : J’aimerais avant tout arriver à créer une forme de proximité entre la narratrice et les lecteurs, que les différentes voix de cette jeune femme leur semblent familières, qu’ils soient à la fois émus et entraînés dans l’histoire. J’aimerais aussi arriver à les faire sourire avec les différentes touches d’humour que j’ai glissé dans le texte.

Propos recueillis par Tristan Poirel

Le livre : 

 

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