Fil d'actus
Accueil > Interviews > Entretien avec Rosa Montero

Entretien avec Rosa Montero

En romançant l’amer quotidien d’une femme sur le déclin, Rosa Montero bouscule et interroge. Une réflexion fructueuse sur la solitude, le vieillissement et l’existence. La chair (éditions Métailié), est un roman intimiste, qui parlera à beaucoup d’entre nous. Entretien.

Lecthot : Quelle a été votre source d’inspiration ?

Rosa Montero : Je voulais écrire un roman contemporain avec des personnages proches de mon âge et de mon univers créatif et artistique. Puis, un ami m’a dit un jour qu’une de ses connaissances avait fait appel à un gigolo pour l’accompagner à un gala auquel assistait son ex-mari.
Mais c’est aussi un roman dans lequel je parle des thèmes qui me sont chers ; la mort, le temps qui passe, l’amour, la passion. Tous ces éléments étaient déjà présents dans mon premier roman, publié lorsque j’avais 28 ans.

 

L : Par son histoire, Soledad nous montre que le désir ne s’estompe pas avec l’âge. Mais l’aspect charnel est-il le seul moteur de sa relation ?

R.M. : Bien sûr que non. La chair est souvent la voie qui mène à la transcendance. Le sexe est toujours meilleur quand il est accompagné de l’illusion de l’amour. Et ce quelle cherche elle, c’est l’amour.

 

L : Pensez-vous que le désir soit néfaste pour l’être humain ? Nous emprisonne-t-il plus qu’il nous libère ?

R.M. : Non. Le désir, c’est la vie. Le désir apporte au monde et à notre existence une couleur particulière. Effectivement, il peut aussi se révéler néfaste, et nous mener à des situations extrêmes et toxiques. Mais un peu comme tout finalement.

 

L : Un homme peut entretenir une relation avec une femme plus jeune que lui, sans que cela choque à outrance. L’inverse est plus compliqué. Que dit votre roman de cette réalité ?

R.M. : Vous savez, cela n’est qu’une manifestation de plus du sexisme ambiant de la société actuelle. Cependant, il y a toujours eu des femmes matures avec des hommes plus jeunes. Seulement, ces relations étaient entretenues clandestinement. Maintenant, elles commencent à émerger.

 

L : Votre roman propose une réflexion sur l’incapacité de l’être humain à mener l’existence qu’il souhaiterait. Comme si nous ne se savions pas vivre finalement. Qu’est-ce que ce constat signifie pour vous ?

R.M. : L’être humain est spécialiste pour faire de sa vie une absurdité. Nous portons tous le fardeau de la conscience du risque de perdition, et, parfois, nous nous perdons.

 

L : Pour la majorité d’entre nous, la vraie vie c’est la vie que nous ne vivons pas. Cette citation d’Oscar Wilde vous a inspirée. Comment la comprenez-vous ?

R.M. : Elle est formidable, amère, et très intelligente. Elle nous parle de l’éternelle insatisfaction humaine, et de notre combat pour être heureux. Cependant, c’est un perpétuel échec, car la plénitude est impossible. Comme je l’ai dit tout à l’heure, nous ne savons pas vivre, c’est malheureux, tragiquement imparfait, mais tellement vrai.

L : Quel sentiment souhaiteriez-vous susciter chez le lecteur ? Et chez la lectrice ?

R.M. : Vous savez, lecteurs comme lectrices, je ne fais pas de différence. J’aimerai juste qu’ils ressentent les mêmes émotions que j’ai eu l’occasion de ressentir, lorsque j’ai écrit ce roman. Elles ont été nombreuses, profondes et très variées. Il y a eu de la mélancolie, de la compassion, mais aussi de la joie, du rire et beaucoup de vie, tout simplement.

Propos recueillis par Tristan Poirel

Le livre

la-chair-rosa-montero

 

 

 

 

Commentaires :







Restons en contact !

Restons en contact !

Retrouvez le meilleur des dernières actualités, articles et interviews directement dans votre boîte mail ! 

Merci de votre inscription !