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Entretien avec Sandrine Collette

Avec son cinquième roman, Sandrine Collette nous propulse dans un monde apocalyptique, avec un talent bien atypique. Les larmes noires sur la terre, paru aujourd’hui aux éditions Denoël, dépeint la solidarité féminine lorsqu’il n’y a plus rien. La « Casse », bidonville fait de carcasses de voitures, tient emprisonnées ces femmes aux vie fracassées, qui construiront coûte que coûte leurs destins, quitte à en mourir. Entretien.

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Lecthot : Quelle a été votre source d’inspiration ?

Sandrine Collette : J’ai écrit en 2014 une nouvelle pour « Les Petits polars du Monde » qui se déroulait dans l’univers de « la Casse », une ville d’exclus logés dans des carcasses de voitures. L’histoire est différente mais cet univers me semblait suffisamment intéressant et puissant pour aller l’approfondir dans le cadre d’un roman.

 

L : Le roman ne ménage pas les personnages, confrontés à des épreuves difficiles. Est-ce une volonté de bousculer le lecteur ?

S.C. : Non. Je ne cherche pas à bousculer le lecteur, ce n’est pas un concours. A vrai dire, c’est bien plus effrayant que cela : pour chacune des femmes dont on apprend l’histoire dans ce livre, j’ai eu des « prêteurs de vie ». Bien sûr, tout est romancé, mais ces histoires viennent de gens que je connais très bien, ou de plus loin, qui vivent autour de moi ou qui sont morts aujourd’hui. C’est une sorte d’hommage à ces destins brisés, dépassés ou non, qui me tenait à cœur.

 

L : La Casse est une ville d’infortunés, promis à la déchéance. Pourrait-on y voir une métaphore sombre de notre monde ?

S.C. : Je sais que beaucoup y penseront. Moi-même, quand je vois, sur le bord des autoroutes urbaines, des alignements de cahutes en palettes de bois, en bâches et en tôle, dans lesquelles vivent des familles entières y compris par -10 comme cet hiver, je sais que mon roman porte un regard sur ce monde qui se rapproche.  Malgré cela, j’ai moins écrit ce roman dans l’optique d’un regard social, à peine prophétique tant il nous talonne, que dans la volonté de souligner la force de solidarité des six femmes qui sont les personnages principaux. Pour moi, c’est avant tout une histoire d’amitiés…

 

L : Un proverbe Irlandais dit que l’espoir, c’est ce qui meurt en dernier. Votre livre en est-il le reflet ?

S.C. : Il en est le reflet si on dit que ces femmes se battent, au-dedans d’elles, pour sortir de leur condition. Mais parfois on baisse les bras, on n’a plus d’énergie, plus de volonté, plus rien, et la vie perdure. Avoir de l’espoir, cela ne va pas de soi. Il faut de la force. Et quand même l’espoir est détruit, je crois que l’instinct de survie est le plus puissant de nos réflexes.

 

L : Malgré tous les traumatismes que vivent au quotidien vos protagonistes, ces derniers gardent indéniablement une part d’humanité. Comment comprendre cette résistance à toute épreuve ?

S.C. : Si vous lisez certains témoignages sur les camps de concentration, vous verrez que certains prisonniers ont été capables de se sacrifier et de prendre la place d’autres personnes au moment d’être emmenés dans les fours à gaz ; et que d’autres, dans ces mêmes fours, ont marché sur la tête de ceux de leur propre famille pour essayer de respirer un peu plus longtemps. Il n’y a pas de jugement à porter. Quiconque n’a pas vécu de situation extrême ne sait pas comment il réagirait dans ces conditions : c’est ce que je fais découvrir à chacun de mes personnages au fil du livre. Et si la plupart restent « humains », c’est aussi au prix de compromis et de compromissions qu’il faudra porter tout le reste de sa vie.

 

L : Quel sentiment aimeriez-vous inspirer au lecteur ?

S.C. : Je détesterais qu’on pense que j’ai écrit un roman misérabiliste. La seule chose importante de ce livre, ce sont les puits de lumière : l’amitié, la solidarité, l’amour.

Propos recueillis par Tristan Poirel

Le livre 

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