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Entretien avec Sarah Barukh

Alice, huit ans, découvre sa mère alors que la Seconde Guerre mondiale vient de se terminer. La petite fille doit quitter le seul monde qu’elle connaissait, et dire au revoir à la petite ferme de son enfance où elle vivait avec sa nourrice.
Plus qu’un au revoir, c’est un véritable adieu à l’innocence. Alice va entrevoir la réalité de la guerre, et affronter le passé, le présent et l’avenir.
Elle voulait juste marcher tout droit (Albin Michel), le premier roman de Sarah Barukh, nous raconte le douloureux héritage de la guerre à travers le regard de l’enfant.

 

(c) Capucine Bailly

Lecthot : Quelle a été votre source d’inspiration ?

Sarah Barukh : J’ai toujours aimé discuter avec les personnes plus âgées que moi et en l’occurrence, celles qui avaient vécu la guerre. Pourtant, chaque fois que l’on abordait cette période, il y avait « la guerre », puis « les années 50 », quand les choses commençaient à s’améliorer. Je me suis interrogée sur ce « trou » entre 45 et 49. Et les questions ont commencé à m’habiter. Que ressent-on une fois que l’on a célébré la fin du conflit et que la vie doit reprendre ? Comment fait-on lorsque l’on est un héros de guerre, et qu’en rentrant chez soi on découvre un voisin collabo et qu’il faut cohabiter ? Comment retrouve-t-on une normalité quand on ne sait plus ce que c’est, la normalité ? Cette période de flottement, l’immédiat après-guerre, représentait une sorte de vide propice à l’imagination et donc à l’écriture.

 

L : Vous êtes-vous inspirée de témoignages de personnes ayant vécu la guerre ?

S.B. : Cette histoire est inspirée de 1001 histoires vraies sans pour autant en raconter une seule. Si mes grands-parents ne m’avaient pas tant parlé de la guerre, je n’aurais probablement pas eu cette impulsion, et il y a quelques clins d‘œil à leurs récits, mais ce roman est une fiction du début à la fin.

 

L : Pourquoi avoir choisi le point de vue d’un enfant ?

S.B. : Je voulais que l’innocence d’Alice, son envie de vivre tout simplement, emportent les autres personnages malmenés par l’existence, qu’elle les sorte de leur obscurité. Les enfants sont dans le moment présent, ils veulent simplifier les choses pour les dépasser quand les adultes anticipent, s’enlisent dans leurs souffrances parfois. Je trouvais intéressant de parler de cette période difficile à travers le souffle de vie que représente le regard d’un enfant.

 

L : Un enfant pourrait-il lire ce texte, selon vous ? 

S.B. : Je pense que oui. Ce texte s’adresse à tout le monde.

 

L : Diane, la mère d’Alice, a passé un an à Auschwitz. A aucun moment son expérience n’est relatée. Pourquoi ce silence ? 

S.B. : Parce que c’est ce silence auquel Alice est confrontée… En rentrant des camps, quelle que soit la raison pour laquelle ils y ont été envoyés, les survivants ne pouvaient rien raconter. Leur souffrance était trop grande et personne n’était en mesure de recevoir leurs témoignages car il fallait « avancer ». Je voulais qu’Alice, et par ricochet, le lecteur, ressentent le poids d’un tabou contre lequel lutter.

 

L : Le roman a-t-il fait l’objet d’un travail de documentation pour construire la trame historique ? 

S.B. : J’ai fait beaucoup de recherches : livres, documentaires, films, interviews que j’ai menées. Cette période « d’infusion » est d’ailleurs peut-être celle que je préfère… J’ai également regardé beaucoup de photos de Robert Capa qui m’a inspiré le personnage de Vadim. Je me demandais : que serait-il resté de lui s’il était devenu aveugle lors d’un reportage ? Comment, lorsque l’on vit pour sa passion, peut-on continuer d’exister si le sort nous en prive ? Et Vadim était né…

 

L : Avez-vous souhaité participer au devoir de mémoire en écrivant sur ce thème ?

S.B. : Je ne me donne pas de mission. Quand j’écris, je laisse parler mon cœur, mon intuition et j’espère qu’une émotion en sortira.

 

L : Quel sentiment aimeriez-vous susciter chez le lecteur ?

S.B. : Les livres m’ont toujours accompagnée dans la vie. Certains sont encore des refuges, des amis. J’espère qu’Alice deviendra l’amie de quelqu’un.

Le livre 

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