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Entretien avec Steve Suissa

Steve Suissa est producteur, metteur en scène, réalisateur et acteur. Son oeuvre, profilique, comprend plus de 40 films et pièces de théâtre. Cinq de ses spectacles sont à l’affiche en ce moment, dont les grands succès Avanti et A droite à gauche. Entretien.
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Lecthot : Rien ne vous prédestinait à devenir un acteur et un metteur en scène de renom alors que vous êtes né et avez passé votre enfance dans le quartier des théâtres. Quel a été l’élément déclencheur ?

Steve Suissa : J’ai quitté l’école très tôt. Mes parents étaient des commerçants un peu analphabètes et sans éducation mais plein de courage pour subvenir aux besoins de leur famille. Certains de mes amis ont sombré dans l’inconscience et la voyoucratie. Pour ma part, j’ai cherché une autre issue. Je me trouvais devant le café des folies qui est en face des Folies Bergères. Il y avait du côté droit, les commerçants ; du côté gauche, les voyous ; et au milieu, les danseuses du Lido. Je me suis dit que mon destin se trouvait juste en face de moi. Au fur et à mesure des années, j’ai rattrapé mon retard en lisant des romans. Les livres sont devenus mes meilleurs amis et j’ai tenté de m’accrocher à mon rêve.

 

L : Vous avez adapté plusieurs romans et œuvres musicales (La Flûte enchantée, Le grand rôle, Cavalcade, …). Quel est le rôle de la littérature dans vos créations ?

S.T. : C’est un challenge, c’est-à-dire qu’un garçon qui n’a jamais été au théâtre ou n’a jamais lu un livre de sa vie -parce qu’il a peur d’être complexé ou peur de s’ennuyer-  aurait aujourd’hui deux solutions : s’inscrire au djihad, ou faire l’envers du décor et aller se bagarrer avec lui-même pour garder une estime de lui et tenter de montrer qu’un type ordinaire peut avoir une vie extraordinaire. Cela nécessite donc un travail sur soi, mais aussi une volonté très forte, le tout aiguillé par une rigueur de sportif, parce que l’on a aucune arme et aucun code pour y parvenir autrement. On entre dans un milieu qui nous est totalement étranger.

Quand on vous demande de monter La flûte enchantée avec 40 chanteurs sur scène et 80 musiciens, il faut faire un travail énorme. Vous devez lire tout ce qu’a fait Mozart, tout ce qui a été fait sur lui, il faut comprendre et écouter. Il faut avoir l’envie de dépasser ses limites. Si vous n’avez pas cette envie, vous ne pouvez pas la transmettre aux spectateurs.

Par ailleurs, pour être un artiste intègre, il ne faut pas faire le même spectacle toute sa vie, il faut se lancer des challenges, faire des choses qui sont différentes. Sur 60 pièces montées, 7 films réalisés et deux 2 opéras, pas un spectacle ne se ressemble. Je ne vais jamais là où je m’attends et je ne fais jamais deux fois la même chose.

 

L : Justement, comment fait-on pour passer de Francis Huster à Michel Drucker sachant que ce dernier n’a pas de formation d’acteur ?

S.T. : C’est travailler 20 heures par jour comme un besogneux, avoir le talent d’en trouver aux autres, aller chercher ce qui va faire que les gens en face de vous vont baisser la garde et vont vous faire confiance. C’est ce qui fait qu’aujourd’hui j’ai la chance d’avoir Mariane James, Michel Drucker, Ingrid Chauvin et Francis Huster en tournée ; mais également Avanti qui vient d’être lancé et A droite à gauche de Laurent Ruquier. Tous les soirs, j’assiste à l’un de ces cinq spectacles, pour prendre des notes.

 

L : Y a-t-il un travail permanent sur les pièces ?

S.T. : Je laisse l’acteur libre d’évoluer à condition que cela ne fasse pas varier le spectacle de 45 minutes de plus ou de moins.

Je tiens à promouvoir un théâtre nouveau, pour les gens comme moi qui n’ont pas de culture. C’est le pari des artistes d’aujourd’hui. Les artistes ne montent plus sur scène comme il y a 40 ans. Aujourd’hui, un acteur ne doit pas déclamer, au risque d’effrayer. Il doit être sur scène vrai et sincère comme il l’est dans sa propre vie. Le spectateur a besoin de vérité, d’émotions. Je m’efforce ainsi de pousser l’acteur à aller au-delà de lui-même, à ressentir les choses et à les vivre plutôt que les jouer.

 

L : A travers vos réalisations, quel est le sentiment principal que vous souhaitez véhiculer chez les spectateurs ?

S.T. : Tout dépend de la pièce. Par exemple, Avanti est une comédie romantique qui est drôle et émouvante, comme les films italiens. On rit, on pleure, on se pose des questions. Dans A droite à gauche, on se dit de prime abord que c’est une pièce sur la politique, alors qu’il s’agit surtout d’une rencontre improbable entre un plombier et un acteur.

Se retrouver dans une salle à côté de gens que l’on ne connait pas et partager des rires, c’est quelque chose d’extraordinaire. Je pense que la culture et la science peuvent changer le monde. En voyant une belle pièce ou un beau film, cela peut nous donner une nouvelle force, une nouvelle vision et un espoir.

 

L : Vous semblez plus passionné par la mise en avant des acteurs que par votre propre métier d’acteur.

S.T. : Au bout d’un moment, j’ai fait avec les acteurs ce que j’aurai aimé que l’on fasse avec moi. Je suis un bâtisseur et je suis heureux quand je vois aujourd’hui que Isabelle Carré, Marion Cotillard, Laurent Deutsch, Bérénice Béjo, ont débuté leurs carrières dans mes films. J’en tire une part de fierté. On se dit que tout est possible.

 

L : Quels sont vos projets pour 2017 ?

S.T. : J’ai 5 pièces en tournée et je vais créer deux spectacles musicaux, dont l’un sur Horovitz (le pianiste), avec Francis Huster et Claire-Marie Le Guay qui va être joué partout dans le monde, et l’autre sur Toscanni avec le pianiste Giovanni Bellucci.

 

 

 

 

 

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