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Être journaliste en 2016

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Aujourd’hui continue le procès de deux journalistes turques, Can Dündar, rédacteur en chef du quotidien Cumhuriyet, et Erdem Gül, son chef de bureau à Ankara. Ils risquent la prison à vie pour avoir accusé le gouvernement de leur pays d’avoir livré des armes aux rebelles islamistes de Syrie. Peut-on encore exercer le métier de journaliste sans danger ?

Un procès contre le Journalisme

Accusés d’espionnage et de tentative de coup d’Etat, le procès des deux célèbres journalistes turques reprend ce vendredi devant une cour criminelle d’Istanbul. Le procès avait débuté le 25 mars dernier, et s’était interrompu pour se poursuivre à huis clos, pour des raisons de “sécurité nationale”. Selon monsieur Gül, “c’est le journalisme qui est jugé ici aujourd’hui, ce procès n’a pas raison d’être car le journalisme n’est pas un crime”. A l’origine de ce procès, qui leur a déjà couté plus de trois mois de détention, un papier publié en mai 2014, dénonçant des livraisons d’armes par des camions des services de renseignements turcs (MIT) à des rebelles islamistes en Syrie en janvier 2014. Cet article avait provoqué la colère du président de la République de Turquie Recep Tayyip Erdogan, niant toute relation avec les mouvements radicaux, et portant plainte personnellement contre les deux journalistes.

Journalisme et précarité

Déjà depuis les années 90, le journalisme vit des temps durs. Moins de débouchés, moins de postes à pourvoir en CDI, précarité, accumulations de piges et de stages sans perspectives d’embauche. Et pourtant le métier continuait à faire rêver les jeunes et les moins jeunes. Grand Reporter, présentateur TV, rédacteur web… Tant de métiers qui motivaient les foules et perpétuaient la vision du journaliste comme une âme libre se battant pour des causes nobles. Alors que s’est-il passé ? en 2015, une étude menée par Careercast place le métier de journaliste en tête des pires métiers à exercer, devant bûcheron, gardien de prison ou encore pompier ou chauffeur de taxi. Cette étude se base sur des critères tels que le cadre de travail, le niveau de stress, les perspectives d’embauche et le salaire moyen. Pourtant, un sondage effectué la même année, demandant à des internautes quel serait pour eux le métier de rêve, place le journaliste en 9e position, après acteur, écrivain, photographe ou pilote de ligne. Pourquoi cette ambivalence ?

Des cibles politiques

Depuis quelques années, en raison du climat géopolitique actuel, le nombre de journalistes tués ou pris en otage ne cesse d’augmenter, multipliant les actions et revendications de Reporters Sans Frontières (RSF) ou de l’association partenaire Journalistes en danger  (JED). Chaque année Reporters sans frontières publie un classement mondial de la liberté de la presse, classant 180 pays par rapport au recensement de journalistes tués pour l’exercice de leur fonction dans leurs frontières. En 2015, la Finlande est en tête du classement, et l’Erythrée est dernier. La France n’est qu’en 38e position, en cause, entre autres, les nombreuses violences à l’encontre des journalistes lors de manifestations en 2014 et la loi de programmation militaire qui met en danger le secret des sources des journalistes. Les attentats contre Charlie Hebdo en janvier 2015 n’ont pas été perpétrés pendant la période de prise en compte pour le classement 2015… Cela nous donne un aperçu de la place de la France pour le classement de 2016.

Qui croit encore les journalistes ?

Mais peut-être plus alarmant encore que les crimes physiques et organisés portés à l’encontre des reporters, qui démontrent une banalisation de la violence, une atteinte aux droits humains fondamentaux, et un niveau alarmant de corruption des Etats, on remarque que les gens croient de moins en moins en l’honnêteté des journalistes, régulièrement sujets de vives critiques. Aujourd’hui on voit le journaliste comme partenaire du pouvoir et des leaders du gouvernement, comme un lâche, une personne sans gêne qui pense au buzz avant de penser à l’information et à la protection des personnes. Par la multiplicité grandissante des supports, le journalisme pur défailli, se battant devant la multiplication des sources, les réseaux sociaux et autres webzines douteux servant de l’information non vérifiée à consommer sur place. Alors comment faire la part des choses, quand la presse écrite vieillissante meurt au détriment de la surinformation ? Le journaliste se fera toujours des ennemis, et on lui reprochera toujours sa polyvalence imprécise ou sa spécialisation incompréhensible… Etrange métier pourtant simple dans sa définition sur le papier. Si détenir l’information est un danger, et les journalistes illégitimes… Quel avenir pour les métiers de l’information ?

Henning Mankel, Le Guerrier solitaire (1995) : “[il existe] deux types de journaliste. Il y a le journaliste qui creuse pour trouver la vérité. Il est au fond du trou et il sort des pelletées de terre. Mais au-dessus de lui, il y en a un autre qui rebalance la terre au fond. Il est journaliste lui aussi. Et entre ces deux-là, c’est la guerre permanente. Tu as des journalistes qui veulent dévoiler, dénoncer. Tu en as d’autres qui jouent le jeu du pouvoir et qui travaillent à masquer ce qui se passe vraiment.”

Océane Viala

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