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Inachevés, et pourtant chefs-d’œuvre

En 2009, un nouveau prix littéraire est créé : le prix Bartleby du meilleur roman inachevé. Le gagnant avait alors le droit de ne pas finir son manuscrit et recevait la possibilité (plutôt infime cependant) de se faire publier par un éditeur culotté. Le but était de montrer la beauté littéraire de l’inachèvement, et, pour finir (ou plutôt ne pas finir) aussi magnifiquement que les œuvres qu’il récompensait, le prix n’a pas connu de prolongation depuis cette année-là. Voici une liste de quelques romans inachevés qui n’en sont pas moins devenus des chefs-d’œuvre.

inacheve

photo : (c) Grise Bouille

Perceval ou le conte du Graal de Chrétien de Troyes

Ecrit vers 1180, ce roman de Chrétien de Troyes reste, pour une raison inconnue, inachevé. Plusieurs continuations en vers ont été écrites au XIIe siècle, en France et en Allemagne, pour compléter le roman arthurien. Mais, bien que quelques unes de ces suites soient passées à la postérité, aucune n’a réussit à trouver une fin à l’histoire célèbre de cette quête. Et si Chrétien de Troyes avait laissé son roman inachevé parce que l’histoire du Graal et les mystères mystiques qu’il avance sont bel et bien impossibles à résoudre ?

Lucien Leuwen de Stendhal

Alors qu’il est considéré par les critiques comme une œuvre tout aussi majeure que Le Rouge et le Noir et La Chartreuse de Parme, cette œuvre est souvent délaissée en raison de son inachèvement. Le roman est pourtant qualifié par beaucoup du plus grand roman d’amour et politique du XIXe siècle. Retraçant la vie de Lucien Leuwen, le héro éponyme, le texte brosse une grande fresque de la monarchie de Juillet.

Bouvard et Pécuchet de Flaubert

Flaubert meurt subitement le 8 mai 1880 avant de pouvoir clôturer cette œuvre singulière, à travers laquelle l’écrivain voulait innover le genre romanesque. L’histoire des deux bourgeois dont l’un vient d’hériter d’une large fortune, décidant alors de parfaire leur éducation, restera donc sans conclusion, et l’on ne saura jamais non plus si ce projet de révolution du roman aurait abouti. On sait cependant grâce aux notes méticuleuses de Flaubert que le deuxième tome devait comprendre ce qui est devenu son célèbre Dictionnaire des idées reçues. Disposant des notes manuscrites de l’auteur, les éditeurs demandèrent à son disciple Maupassant d’achever le roman. Mais ce dernier, dans un mouvement d’humilité, jugea que l’élève ne pouvait pas même égaler le maître, et déclina la proposition.

Le Château de Kafka

L’auteur en abandonne l’écriture en 1922, de façon très subite, au beau milieu d’une phrase du tout dernier chapitre. Le roman relate l’histoire de K. qui essaye de pénétrer dans le château de la ville où il est arrivé, mais ne le peut jamais à cause de l’horripilante bureaucratie qui le gouverne. Roman métaphorique de l’homme cherchant obstinément un sens à sa vie et n’en trouvant pas, l’inachèvement de l’œuvre ne fait qu’accentuer la symbolique de cette recherche infructueuse.

Le Mystère d’Edwin Drood de Dickens

Un livre n’aura jamais aussi bien porté son titre. Dickens n’avait écrit que la première moitié de ce roman lorsqu’il mourut en 1870 laissant tous les mystères avancés jusqu’à ce stade de l’intrigue en suspend.

Suite Française d’Irène Némirovsky

Lauréat du seul prix Renaudot décerné à une œuvre posthume, ce roman sur le quotidien de la deuxième guerre mondiale fait l’unanimité des critiques depuis sa publication en 2004. Ecrit dans la veine de Guerre et paix de Tolstoï, Suite française ne touchera jamais cependant à l’époque de la paix espérée, puisque l’écrivaine est déportée à Auschwitz en 1942 dont elle ne reviendra pas.

Le premier homme d’Albert Camus

En 1960, Albert Camus meurt dans un accident de voiture. Sur le siège passager, son manuscrit en cours, intitulé Le premier homme est retrouvé. Retranscrit par la fille de l’auteur et finalement publié en 1994, le roman autobiographique relate l’enfance de l’auteur à Alger. Ce dernier roman se démarque du désespoir et de la révolte caractéristique des autres écrits de l’écrivain face à l’absurde de la condition humaine. Dans ce texte, c’est une quête d’identité qu’entreprend Camus, et clôt (ou plutôt ne clôt pas) son œuvre sur une question tout aussi insoluble que les mystères existentiels qui ont marqué sa vie.

« 53 jours » de Georges Perec

Le titre de ce roman inachevé de Georges Pérec fait référence au nombre de jours que mit Stendhal à écrire La Chartreuse de Parme. Ce roman, à la forme originale de la part du romancier qui a écrit La Disparition, sans utiliser la lettre « e » durant plus de 300 pages, était censé se lire, selon les notes laissées de l’auteur, « comme un miroir », référence évidemment à Stendhal et sa célèbre phrase « Le roman est un miroir qui se promène le long de la route ». Composée de plusieurs histoires policières enchâssées, où le détective tâche de résoudre le crime grâce à la lecture d’un manuscrit trouvé aux côtés du cadavre, l’édition publiée en 1989 avec, en plus du roman inachevé, les notes manuscrites de l’auteur, permet une continuation parfaite de l’œuvre incomplète, puisque, comme dans un miroir de la fiction de Perec, le lecteur peut alors découvrir tous les indices menant à la résolution du roman grâce aux notes manuscrites trouvées à la mort de l’écrivain.

Ashley Cooper

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