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Entretien avec Cécile Térouanne et Isabel Vitorino, éditrices Black Moon & Black Moon Romance

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Lecthot a eu l’occasion de s’entretenir avec Cécile Térouanne, Directrice Hachette Romans/Black Moon & Black Moon Romance et Isabel Vitorino, éditrice Hachette Romans/Black Moon & Black Moon Romance. Elles nous parlent de Black Moon Romance, et donnent des conseils aux auteurs qui souhaiteraient figurer dans leur catalogue.

Lecthot : Quand avez-vous lancé la collection Black Moon Romance et qu’est-ce qui vous a donné envie de le faire ?

Isabel : Cela fait à peu près vingt mois, pas tout à fait deux ans, que le premier titre Black Moon Romance est paru. Il s’intitule Jamais sans toi. C’est le premier tome d’une trilogie de Jessica Sorensen, que nous avons souhaité publier pour plusieurs raisons. Ce titre correspondait à un phénomène que nous sentions en vogue depuis Cinquante nuances de Greyjusqu’à l’arrivée d’After : une résurgence de la romance, abordée de façon de plus en plus décomplexée, voire revendiquée, par les lectrices. Nous nous basions donc d’une part sur un coup de cœur éditorial, et d’autre part sur une tendance que nous sentions émerger et à laquelle nous voulions répondre.

Cécile : Il faut aussi tenir compte du fait que nous avons effectué ce choix-là dans le cadre de l’animation de la collection Black Moon, qui avait 9 ans à l’époque, et qui a connu un vrai succès, avec des sagas comme Twilight, Journal d’un vampire ou encoreSublimes Créatures. Le lectorat de ce type de littérature, qu’on appelle la « paranormal romance », avait grandi et s’orientait plutôt vers des lectures où la dimension paranormale était éclipsée au profit du réalisme. Le sentiment amoureux est conservé, mais il est restitué dans un contexte de vie quotidienne, dans lequel la dimension sexuelle est davantage explorée. Notre choix tenait donc aussi au fait que nous voulions continuer de fidéliser cette génération de lectrices. Nous voulions leur soumettre une nouvelle offre, moins érotique que celle de Cinquante nuances de Grey, parce que nous restions quand même dans un rayon « jeunes adultes », mais où la dimension sexuelle était traitée en tant que telle, et pas seulement à la toute fin de l’histoire, contrairement à la saga Twilight.

L : Pourriez-vous définir la ligne éditoriale de cette collection ? Suffit-il, par exemple, qu’un roman mette en scène une histoire d’amour pour être susceptible d’y avoir sa place ?

Cécile : Il faut a minima qu’il comporte une histoire d’amour, car c’est nécessaire, mais ce n’est pas suffisant. Ce qui va guider nos choix éditoriaux, c’est avant tout le soin de l’écriture et le développement des personnages. L’originalité du scénario a une importance moindre, étant donné que certains codes sont inévitables, et certains passages obligés. Nous souhaitons néanmoins retrouver dans les textes non seulement du sentiment, mais aussi de l’émotion. Il faut que quelque chose se passe, non seulement pour nous, mais aussi, évidemment, pour le lecteur, et en particulier la lectrice. Si cette définition a l’air un peu vague, c’est parce que le choix éditorial est assez subjectif. Il s’avère qu’Isabel et moi nous rejoignons assez spontanément sur les critères qui font qu’une histoire nous plaît particulièrement, même si elle a été déjà lue et vue mille fois, mais aussi sur ceux qui, a contrario, nous font trouver un texte d’une banalité affligeante. Car nous recevons aussi des textes d’une très grande pauvreté d’écriture, ce qui est de toute façon fréquent au milieu de toutes les soumissions qui nous sont faites (en français comme en littérature étrangère !), ce n’est pas propre à la romance. L’adéquation du fond et de la forme reste une constante dans nos choix éditoriaux.

Isabel : J’aimerais rebondir sur cette question d’originalité. Il est évident que, plus encore peut-être que pour d’autres genres, tout a déjà été dit dans la romance. Ce que nous cherchons, c’est la manière qu’a tel auteur de le dire autrement, comment il/elle (la romance est souvent écrite par des femmes pour des femmes) nous embarque dans son histoire. La lectrice de romance sait à peu près d’emblée comment l’histoire va se finir, car elle cherche très souvent le « happy end ». L’enjeu est donc la manière dont l’auteur va nous y emmener. Nous surprend-elle ? Nous donne-t-elle ce que nous voulions au moment où nous ne l’attendions pas ? En tant qu’éditrices, nous cherchons d’abord à avoir des coups de cœur de lectrices.

Cécile : Je tiens à préciser que nous n’avons pas de ligne précise, dans le sens où nous ne publierions que de la romance contemporaine ou des histoires avec des héros âgés de moins de 25 ans, ce qui nous cantonnerait au genre « new adult ». Nous publions aussi de la romance historique et des romans dont les héros sont plus âgés. Nous n’avons pas encore exploré de romance homosexuelle, mais pourquoi pas ? Il n’y a pas de limite. Ce que nous cherchons avant tout, c’est vraiment le coup de cœur avec un auteur, ses personnages, un univers. A priori, nous ne sommes pas très friandes de fantasy ou de science-fiction, mais cela pourrait arriver. Car je le répète : il n’y a pas de limite.

L : Existerait-il une recette secrète pour combler vos papilles littéraires ?

Isabel : Si nous avions la recette, nous nous ennuierions, parce que nous n’aurions plus qu’à commander les manuscrits. Ce que nous aimons, c’est être séduites et surprises par un manuscrit, quel que soit le canal par lequel nous le recevons. Nous aimons faire des découvertes. Notre attention est retenue par un manuscrit lorsqu’il a ce petit truc en plus. C’est ce « petit truc » qui nous poussera à dire, quand nous serons l’une face à l’autre : « Cette histoire est vachement bien ! ». La conversation commence en ces termes, mais elle est ensuite plus argumentée et objectivée.

Cécile : Pour filer l’image de la recette, je pense justement que le projet qui nous séduira est celui qui aura cette pincée de sel en plus, qui fera la différence. Tout auteur a son ingrédient attitré : l’une mettra donc plus de sel, l’autre plus de sucre, et c’est cela qui donnera sa saveur particulière à un texte et qui lui évitera le côté assez mécanique de beaucoup de textes que nous avons l’occasion de lire. Nous prospectons très souvent des plateformes d’écriture comme Wattpad, et nous pouvons constater, dans certains textes, cet aspect fabriqué et quasi-industriel de l’écriture, qui nous pousse à abandonner la lecture au bout de 3 ou 4 chapitres. La situation est la même que lorsque vous mangez 3 ou 4 bonbons ayant systématiquement le même goût : vous êtes vite écœurés. En revanche, vous pouvez tomber sur une boîte de chocolats dans laquelle chaque chocolat aura un goût différent, issu d’une cuisine vraiment artisanale. Je pense que les champs lexicaux de la gourmandise et de la saveur sont vraiment appropriés pour parler de la littérature et du plaisir, et parfois de l’écœurement, qu’elle peut apporter !

L : Les écrivains francophones ont-ils autant de chances que les anglophones de figurer dans votre catalogue ?

Cécile : Le fait que l’auteur soit français est pour nous un atout, parce qu’une des orientations résolues de Black Moon Romancedepuis quelques mois est de promouvoir la création française et de recruter de nouvelles voix francophones. Nous avons commencé avec des écrivains anglophones parce que cela représentait pour nous un moyen efficace de nous positionner. Les Anglais et les Américains sont assez peu regardants en ce qui concerne le CV d’un éditeur, ils ne lui demandent pas de justifier de sa légitimité pour publier tel ou tel titre. Le passage par la littérature traduite a donc été pour nous un tremplin, mais nous travaillons beaucoup avec des auteurs français. Nous sommes actuellement en train de constituer un véritable vivier de nouvelles plumes, de nouvelles voix, comprenant à la fois des auteurs ayant déjà été publiés et des auteurs pour lesquels c’est « la première fois ». Nous en visons une dizaine d’ici fin 2016, ce qui nous permettra de présenter un catalogue d’une trentaine de titres sous la marque Black Moon Romance.

L : Quels pourraient être les conseils que vous adresseriez à un auteur pour avoir une chance de figurer dans cette collection ou, plus largement, chez Hachette Romans ?

Isabel : Ecrivez-nous, proposez-nous vos textes, et ensuite nous dialoguerons. Je pense qu’une des caractéristiques que les auteurs repèrent assez rapidement chez nous est que nous sommes très réactives et très axées sur l’échange. Nous n’avons pas peur de dire non, car l’éditeur passe son temps à dire non, mais ce n’est jamais un « non » implacable. Nous donnons les raisons du refus et essayons de tisser un maillage avec les auteurs. Alors écrivez-nous, sans penser que ce sera quitte ou double. Notre souhait est de proposer une collaboration sur le long terme, car une écriture peut se construire. Notre service des manuscrits est très plébiscité, puisque nous recevons une dizaine de manuscrits par jour, quels que soient le genre et le lectorat visés, mais nous écrivons aux auteurs qui nous ont soumis leur manuscrit pour les tenir au courant du devenir de leur texte. Lorsqu’il s’agit d’un texte ayant retenu notre attention mais qui ne fera pas l’objet d’une publication, les auteurs reçoivent une lettre de refus détaillée, qui peut ouvrir la porte vers d’autres écrits. Il s’agit réellement d’une construction sur le long terme : la rencontre peut ne pas se faire avec tel texte à tel instant, mais nous tâchons d’y repérer une voix, un petit truc en plus, pour ainsi ouvrir le dialogue vers un autre texte.

L : Quels sont les auteurs à succès de votre collection ?

Cécile : Dans le cadre de Black Moon Romance, tous les auteurs que nous avons publiés méritent vraiment de l’attention. Mais nous pouvons mentionner plus précisément deux auteurs que nous allons lancer prochainement. Dans Black Moon Romance, nous allons publier un jeune auteur au printemps, Battista Tarantini. C’est une jeune femme très talentueuse, qui possède justement cette fraîcheur, ce petit truc en plus, qui lui permettront de se faire remarquer. Dans un tout autre registre, nous publions en avril, dans Black Moon, le premier roman d’une autre jeune femme : Paranoïa de Melissa Bellevigne.
Photo de Mélissa Bellevigne

C’est une des très belles rencontres littéraires et humaines que nous avons récemment faites. Nous avons lu les 20 premières pages de son manuscrit en plein mois d’août et j’ai aussitôt décroché mon téléphone pour la contacter. Pour Battista Tarantini, tout s’est également passé très vite : Isabel a partagé son texte avec moi le 26 décembre et le 27 elle la contactait déjà par mail. Le 28 nous lui proposions un contrat. C’est vraiment l’illustration de coups de cœur dans des registres très variés, parce que Battista écrit de la romance très pulpeuse et sexy, mais aussi maligne et pétillante, alors que Paranoïa relève de la littérature psychologique, avec une écriture d’une grande maturité, qui vient vous remuer profondément et sème le trouble dans les repères du lecteur, qui se demande si l’héroïne n’est pas en train de le manipuler au même titre qu’elle manipule son interlocuteur au cœur du roman. Le résultat est assez époustouflant. Pour conclure, je dirais que nous avons en ce moment des projets qui nous enthousiasment beaucoup. Je ne vous ai parlé que de la dominante ados/jeunes adultes de notre catalogue, mais nous avons aussi des projets pour la jeunesse qui nous plaisent énormément.

Black-Moon et Black-Moon Romance, Hachette Romans

POUR CONTACTER CÉCILE TÉROUANNE ET ISABEL VITORINO

  • Par courriel :

cterouanne@hachette-livre.fr
ivitorino@hachette-livre.fr

  • Par voie postale :

Hachette Romans / Black Moon Romance
58 rue Jean Bleuzen
92170 Vanves

Propos recueillis par Lecthot.

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