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Entretien avec Jean-Claude Carrière

Jean-Claude Carrière, écrivain, metteur en scène, scénariste et acteur, unit toutes ses passions par un formidable talent de conteur.
La Paix, paru en octobre 2016 aux éditions Odile Jacob, interroge la capacité humaine d’instaurer durablement la paix. Entretien.

Le livre

Mise en page 1

Lecthot : La guerre est-elle une muse de l’art ?

Jean-Claude Carrière : Il y a un art de la paix, mais la narration dramatique est liée à la notion de conflit, pas forcément de guerre. Il peut y avoir un conflit familial, un conflit entre amis, sans qu’il y ait pour cela de guerre. Drama veut dire action et donc chaque fois que l’on se lance dans une aventure dramatique, il y a forcément un désir et un obstacle à ce désir, quelqu’un qui fait obstacle, sinon on ne sait pas quoi raconter que la chronique ordinaire « je me lève, je m’assieds, je prends un livre » les gens sortiraient très vite de la salle…

 

L : Que peuvent les mots pour la paix ?

J.C.C. : Les mots ne peuvent pas grand-chose pour quoi que ce soit. Ils peuvent cependant parfois beaucoup pour la guerre parce que, comme vous l’avez peut-être lu dans le livre, la guerre a été chantée sur tous les tons. C’est-à-dire louée, mise au sommet de la pensée humaine et de la beauté. Des textes sur la beauté de la guerre et sur ce qu’elle peut apporter, héroïsme, courage, tous ces mots ont été utilisés à foison. La paix, non. On parle très peu de la paix. C’est ce qui m’a incité à y réfléchir et à écrire sur ce thème parce la paix est comme liée à la guerre, ils forment un couple inséparable. Mais la paix est en général représentée avec de jolies jeunes filles, des guirlandes de fleurs dans les cheveux, dansant dans les prairies, ce qui ennuie assez vite, alors que la guerre paraît être plus incitante à suivre le déroulement de l’histoire.

 

L : L’écriture peut-elle tout de même faire office de bouclier ?

J.C.C. : Encore une fois, à quoi servent les mots ? Servent-ils seulement à nommer quelque chose ? C’était la première réponse que faisait Confucius quand on lui demandait : « Si vous aviez le pouvoir absolu, quelle serait votre première décision ? » il disait : « Je réunirais des gens compétents pendant le temps qu’il faudrait pour nous mettre d’accord sur le sens des mots ». Parce que même dans le mot guerre et même dans le mot paix, tout le monde ne met pas la même chose. Dans le mot démocratie non plus, dans le mot liberté non plus. Dans le mot caméra peut être, il y a des sens différents. Il faut donc se méfier des mots car on peut les utiliser à différentes sauces. Et quelquefois même dans des sens tout à fait opposés, parce que l’on a parlé de faire la guerre à la paix. C’est quelque chose qui a été dit. Des gens se sont scandalisés que l’on veuille rester et vivre en paix. En disant que la guerre est la seule manière de sortir de soi, de se grandir, de servir sa patrie et de mourir dans les meilleures conditions possibles

Il faut se méfier toujours des mots et même du mot mot. Quelle est sa différence avec parole, substantif, qualificatif ? La guerre ne sert à rien, jamais elle n’a résolu quoi que ce soit. Elle sert surtout pour les hommes à déverser un trop plein d’énergie et de violence. Mais elle n’est probablement pas originelle. Les spécialistes qui se sont penchés sur la préhistoire montrent que les blessures trouvées sur les os sont toujours accidentelles, il ne semble pas qu’il y ait eu de guerre à proprement parler. La guerre a commencé avec la sédentarisation. La première fois qu’un homme a dit « cet enclos est à moi et je le défendrai ». La guerre n’est pas originelle à l’espèce humaine. Et c’est dans la paix que les plus belles choses se font.

A écouter en intégralité sur Lecthot.com

 

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