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Jean d’Ormesson, l’Intemporel

J’ai énor­mé­ment aimé la vie, mais si un dieu me propo­sait de recom­men­cer, je n’ac­cep­te­rais pas.

Le Figaro, 21/08/10

Si Jean d’Ormesson – entre autres héritier spirituel de Socrate, Chateaubriand et Montaigne – exprime au sein de son œuvre abyssale la vacuité du monde et l’absurdité de la vie, il dit également les mystères, la métaphysique, et l’espoir infini que l’homme porte en lui. À l’image de la disparité du monde, l’homme et son œuvre, pétris de paradoxes, nous transmettent un testament profondément universel.

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Jean d’Ormesson, le .

Un parcours académique 

Jean d’Ormesson connaît une enfance heureuse, partagée entre le château de Saint-Fargeau – ancien rendez-vous de chasse construit en 980 par Héribert, évêque d’Auxerre, frère d’Hugues Capet – et l’Allemagne, la Roumanie et le Brésil, au gré des déplacements de son père, André d’Ormesson, ambassadeur de France. L’enfant, éduqué par sa mère avec le soutien de cours par correspondance, découvre la montée du nazisme en Allemagne, et la richesse de la culture roumaine puis brésilienne, éclairant son esprit, déjà lettré et quelque peu autodidacte.

J’ai appris le grec avec ma mère qui ne savait pas le grec, le latin avec ma mère qui ne savait pas le latin et les mathématiques avec ma mère qui ne savait pas les mathématiques* 

*Jean d’Ormesson et Dominique Blanc, « la Traversée du miroir »

À 19 ans, le jeune homme, très animé par les lettres, entre à l’Ecole normale supérieure, après une Hypokhâgne au lycée Henri IV. Licencié è lettres et en histoire, il obtient l’agrégation de philosophie, en 1949.
Puis, il devient journaliste à Paris Match et aux quotidiens Ouest-France, Nice-Matin et Progrès de Lyon.
En 1950, par le biais de l’intervention de Jacques Rueff, ami de son père (désireux de voir son fils entreprendre une carrière de haut fonctionnaire) le jeune auteur est nommé au poste de secré­taire géné­ral du Conseil inter­na­tio­nal de la philo­so­phie et des sciences humaines à l’UNESCO, (dont il deviendra en 1992 le président).

En 1956, il publie son premier roman, L’amour est un plaisir. Le succès espéré par son éditeur Juliard, ne se réalise pas. Mais qu’importe, Jean d’Ormesson y cristallise sa vocation littéraire. Le roman sera bien plus tard comparé par l’auteur lui-même à une version édulcorée de Sur la route (Kerouac). Le récit, élevé par le lyrisme ineffable de l’Académicien, met en scène quatre jeunes amis, partant sur les routes de Provence, en cabriolet, pour vivre un été empreint d’insouciance et de jeunesse. Ce roman baptisera le qualificatif, quelque peu inadéquat, d’écrivain du bonheur.

En 1971, Jean d’Ormesson, reçoit le Grand prix du roman de l’Académie Française pour La gloire de l’empire. Deux ans après, il est élu à l’Académie française, succédant à Jules Romains, il devient le plus jeune académicien, à l’âge de 48 ans.
Après quelques autres fonctions éditoriales et administratives, il est nommé en 1974 directeur général du Figaro.

En 1980, l’Académicien vivifie La vieille dame du quai Conti, en parvenant à intégrer Marguerite Yourcenar au rang des immortels.

Une œuvre existentielle

Jean d’Ormesson entre une seconde fois au rang des immortels, en janvier 2015, momifié par le papier bible, dans la bibliothèque de la Pléiade (avec les quatre ouvrages suivants, Au revoir et merci (1966), La Gloire de l’Empire (1971), Au plaisir de Dieu (1974) et L’histoire du juif errant (1990)).

L’Académicien dit et redit, inlassablement, intarissablement, au sein de ses quelques 41 ouvrages, l’absurdité du monde. Le souverain du verbe perfectif, de la prose illimitée, disciple de Chateaubriand, élève de Socrate et Montaigne, déclare modestement ne rien savoir, maniant les mots avec prudence, écartant les affirmations et les procès achevés, privilégiant toujours l’interrogation et l’humble aveu de l’ignorance.

 Un hasard est possible, deux hasards sont possibles, vingt hasards sont possibles, mais les milliards de hasards qui font que le soleil se lève tous les matins ? (….)* 

En quête de sens, l’auteur résume en un mot la clé de son travail et du même coup le moteur d’une création abyssale, par la simple interrogation universelle « qu’est ce que je fais là ? ».

L’écrivain du bonheur semble ainsi très éloigné d’une quelconque insouciance, fortement piétinée par le flot de questions existentielles habitant son œuvre. Le bonheur pour Jean d’Ormesson tient peut-être davantage à l’émerveillement récurrent manifesté pour les êtres qui font le bien, inconditionnellement. Et non par conviction religieuse ou autre devoir moral supplanté au simple désir d’exercer une charité sans autre intention qu’elle-même.

Les athées sont assis à la droite de ce Dieu auquel ils ne croient pas* 

L’univers ormessonien n’incarnerait-il pas tout simplement le domaine des possibles ? Une prose nuancée, sans négation (sauf peut-être celle des vanités) ni limite -pas même celle du concevable- déplaçant souvent les paramètres des grandes interrogations (« Y a-t-il une vie avant la vie ? ») pour mieux les éclairer.
Car, l’écrivain, catholique agnostique, est avant tout le modeste personnage socratien d’un autre grand roman, inégalable par son format, sa profondeur et ses mystères, dans lequel des milliards de protagonistes piochent quelques bribes ça et là, pour reconstituer un microcosme verbal.

L’Univers est un roman formidable, Il n’y a qu’un seul grand romancier, c’est Dieu.* 

*Présentation de Un jour je m’en irai sans avoir tout dit, librairie mollat, éditions Robert Laffont

Victoire de Piédoue

 

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