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La littérature et la folie : lien entre création et démence

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On s’en doute depuis l’Antiquité : il existe un lien particulier entre création et folie. Démocrite avait écrit : « On ne peut être poète sans quelque folie. » Et Aristote de renchérir : « Il n’y a pas de génie sans un grain de folie. » Dans quelle mesure ces philosophes disaient-ils vrai ?

Une étude scientifique démontre le lien

En 2015, une étude a été menée par l’institut de psychiatrie, psychologie et neuroscience (IoPPN) du King’s College de Londres, en collaboration avec la compagnie biopharmaceutique islandaise deCode Genetics. Avant cette recherche, l’idée que la création soit accompagnée d’une certaine forme de démence était répandue, mais rien ne le prouvait scientifiquement. Après avoir analysé les gènes de 86 292 sujets islandais, les scientifiques ont été capables d’établir un lien certain entre les deux phénomènes. Les sujets créatifs ont été définis, pour l’étude, comme étant des membres des sociétés nationales d’acteurs, de danseurs, de musiciens, d’artistes en arts visuels et d’écrivains, même si la définition générale d’une personne créative est, pour les chercheurs, « une personne qui adopte des approches novatrices nécessitant des processus cognitifs différant des modes de pensée et d’expression prédominants ». L’étude a montré qu’il existait un gène lié à la créativité, qui favoriserait l’apparition de la schizophrénie et de la bipolarité. Elle a prouvé aussi que les risques de schizophrénie et de bipolarité étaient très nettement supérieurs chez les individus créatifs que chez les autres. Robert Power, chercheur à l’institut, a affirmé : « Nos résultats suggèrent que les personnes créatives pourraient avoir une prédisposition génétique à penser différemment qui, quand elle est combinée à d’autres facteurs de risque environnementaux ou biologiques, pourrait conduire à une maladie mentale. »

Troubles mentaux chez les grands écrivains

Les grands auteurs sont nombreux à avoir souffert de troubles mentaux, confirmant depuis des siècles que le génie littéraire s’accompagne très souvent de névroses et de maladies mentales. Ainsi, Paul Verlaine était alcoolique, Antonin Artaud souffrait d’hallucinations, Nerval était atteint de manie aiguë et Balzac était bipolaire, de même que Victor Hugo ou encore Baudelaire. Ces maladies, si elles ont valu à plusieurs d’entre eux des séjours en hôpital psychiatrique, ne les ont pas freinés dans leur créativité, bien au contraire. Nerval a par exemple écrit ses chefs-d’œuvre Sylvie et Auréliadans un accès de lucidité, ces nouvelles retraçant une grande partie de ses délires et de ses hallucinations. Notons, par ailleurs, que les écrivains sont nombreux à se suicider : Virginia Woolf, Ernest Hemingway, ou encore Romain Gary constituent d’excellents exemples. Les troubles mentaux des grands écrivains se manifestent parfois sous la forme de petites manies : par exemple, Mark Twain écrivait allongé, Hemingway debout, J. D. Salinger nu et F. Scott Fitzgerald saoul. William Faulkner, quant à lui, se levait tous les jours à 4h du matin, Corneille s’enroulait dans une couverture de bure dans une pièce bien chauffée, pour transpirer le plus possible, Emile Zola comptait les becs de gaz et les numéros de porte des rues de Paris et ne sortait de chez lui que du pied gauche, Colette n’écrivait que sur du papier bleu… Autant de manies et de troubles obsessionnels compulsifs qui prouvent qu’entre créativité et démence, il n’y a qu’un pas.

Michelle Mbanzoulou

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