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La nourriture dans la littérature

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Richard Burton et Elizabeth Taylor dans La Mégère apprivoisée.

Avez-vous déjà entendu votre estomac gargouiller à la lecture d’un livre ? Certains auteurs font de la nourriture un véritable festin, qui donne parfois bien envie de courir au supermarché le plus proche pour satisfaire notre gourmandise. Mais à quoi servent donc ces banquets ?

Le thé d’Alice au Pays des merveilles

De l’œuvre de Lewis Carroll, c’est l’une des choses dont on se souvient le plus. La nourriture y est réellement omniprésente, tant et si bien qu’elle permet de construire le récit. Alice est une enfant gourmande, elle goûte à tout ce qu’elle peut, sans se soucier des conséquences. Quand elle boit la potion qui la fera grandir chez le Lapin Blanc, elle est plus occupée à citer les aliments auxquels lui font penser la potion qu’à son effet (désastreux pour la maison du Lapin). Ca nous met l’eau à la bouche, et la présence de plats « bien de chez nous » permet de contrebalancer l’aspect onirique et absurde de l’univers décrit, en ancrant le récit dans la réalité. Mais surtout, c’est pour les parents l’occasion de partager une leçon avec leurs enfants : il n’est jamais bon de manger tout ce qui nous tombe sous la main, sous peine de grandir/rétrécir/détruire une maison/tomber chez les fous/…

Les friandises d’Hansel et Gretel

La maison de la sorcière fait bien rêver au début. Et à juste titre, puisqu’une maison en pain d’épices, décorée de friandises en tout genre a de quoi nous mettre en appétit. Surtout quand on a aussi faim qu’Hansel et Gretel. Dans le conte, la nourriture apparaît comme une nécessité : les enfants sont perdus et ils ont le ventre vide. Mais cette surabondance devient rapidement une malédiction. Lorsque la sorcière décide de manger les enfants, elle les gave pour les rendre plus tendres et plus gras. Toutes les friandises qui étaient jusque là une bénédiction deviennent synonymes de danger, et sont ingurgitées sous la contrainte. Il n’y a plus du tout la notion de plaisir qui pousse tous les enfants (et les plus grands) à manger des sucreries.
Si on devait en tirer une morale, ce serait la suivante : il ne faut jamais abuser des bonnes choses (et une maison en pain d’épice, perdue au milieu de bois, ce n’est jamais bon signe).

Le sanglier d’Astérix et Obélix

Un classique de la BD ! Nos Gaulois préférés ont un met de choix : le sangler rôti. Que vient donc faire un sanglier au beau milieu des pâtisseries et des douceurs ? Quelle analyse peut-on en faire ? Le sanglier rôti, ce n’est pas qu’un plat. C’est le plat de la réussite, du triomphe. Rappelez-vous que pour le manger, il faut d’abord le mériter au prix de nombreux efforts (la chasse). Bref, le sanglier est une récompense, qui permet de clôturer chaque album, en trônant fièrement sur un banquet bien garni. Et nos Gaulois ont bien raison de se faire plaisir ! Par exemple, si vous venez de vous lancer dans l’écriture, il est bien, pour ritualiser, de se récompenser après chaque séance. 

Tout, absolument tout de Julie & Julia

Si certains ne connaissent que le film, Julie & Julia est à l’origine un livre de Julie Powell, dans lequel elle relate le défi fou qu’elle s’est lancé : cuisiner en 365 jours les 524 recettes du livre du cuisine de Julia Child. Julie et Julia existent donc bel et bien. Julie est une jeune trentenaire qui stagne dans sa vie et décide de se lancer dans un défi culinaire, et Julia est une américaine, vivant dans les années 40 à Paris où elle se prend de passion pour la cuisine française. De retour aux Etats-Unis, elle est érigée au rang de prêtresse de la gastronomie et révolutionne les cuisines américaines avec un livre de recettes. Les deux personnages ne se rencontrent jamais, si ce n’est par le biais de la nourriture. Elle apparait comme un moyen de transmission. On transmet d’une culture à l’autre, mais aussi d’une personne à l’autre et d’une génération à l’autre. Elle fait le lien entre les gens et les époques, et ne connaît aucune barrière. Vous ne regarderez plus jamais vos vieux livres de cuisine de la même façon.

À table avec Shakespeare

Shakespeare se sert abondamment de la nourriture pour faire monter la tension dramatique, rapprocher des personnages qui ne se connaissent pas et même pour asseoir deux ennemis à la même table. Des mets qui disparaissent dans La Tempête au moment de cannibalisme dans Titus Andronicus ; les repas sont des moments significatifs. Le motif du repas interrompu est symboliquement fort dans une tragédie, il marque un passage brusque du quotidien au désordre, parfois même à la violence. Tout n’est pas tragédie quand il s’agit de manger. Les banquets et repas apparaissent aussi dans les comédies shakespeariennes. Ils jouent alors un tout autre rôle: celui de rapprocher les personnages pour mettre fin à un conflit ou clore une pièce. Shakespeare était aussi un maître des sous-entendus piquants. Parmi ses allusions les plus drôles, et les plus connues, certaines sont des métaphores culinaires. Prenons par exemple cette scène dans Romeo et Juliette (acte 2, scène 4) où Romeo et Mercutio s’amusent à comparer leurs conquêtes amoureuses.

Mercutio. – Ton esprit est comme une pomme aigre : il est à la sauce piquante.

Roméo. – N’est-ce pas ce qu’il faut pour accommoder l’oie grasse ?

Mercutio. – Esprit de chevreau ! cela prête à volonté : avec un pouce d’ampleur on en fait long comme une verge.

Roméo. – Je n’ai qu’à prêter l’ampleur à l’oie en question, cela suffit ; te voilà déclaré… grosse oie. (Ils éclatent de rire.)

Ici, la sauce est bien sûr une allusion au sperme tandis que le mot oie était utilisé à l’époque pour parler des prostituées, que Roméo se plaisait à « accommoder ». Si certaines des allusions de Shakespeare semblent évidentes et font partie d’une tradition qui associe certains légumes à des symboles phalliques et certaines chairs aux plaisirs sensuels, le dramaturge sait en jouer avec assez de subtilité pour que le comique des mots semble inédit. On vous laisse un dernier exemple tiré de Les Joyeuses Commères de Windsor, acte 4, scène 1 :

William. – Ô ! vocatif, ô !

Evans. – Vous oubliez, William. Vocatif caret.

Mme Vabontrain. – Carotte ! C’est un fort bon légume.

Evans, le pédant de la pièce, utilise le mot latin caret (être privé de quelque chose) mais Vabontrain le confond avec le légume dont la forme est suggestive ! De nos jours, ces deux emojis sont employés pour déguiser des propos salaces.

Le but de la nourriture dans la littérature est donc véritablement pluriel. Dans les contes, elle permet de mettre en avant une morale. Dans la littérature contemporaine, elle sert plutôt à structurer un récit ou d’élément anecdotique. Mais ce qui est sûr, c’est qu’elle ne cessera jamais de nous donner faim !

 

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