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La reprise de personnages célèbres en littérature

La littérature peut paraître comme une continuelle résurrection de personnages qui, malgré les siècles passés, ne cessent d’être une source d’inspiration. À commencer par nos héros grecs qui, depuis l’Antiquité, ont fait l’objet d’innombrables réadaptations. Le théâtre classique par exemple, et notamment la tragédie, s’est largement inspiré de la littérature antique. Comme Racine l’explique ouvertement au début de la préface de Phèdre, ses personnages et son histoire sont pris de la pièce homonyme d’Euripide, bien que la célèbre reine de Thèbes passionnément amoureuse de son beau-fils ait d’abord vu le jour sous la plume de Sophocle. Quant à Andromaque, la femme d’Hector enlevée par Pyrrhus après la guerre de Troie, elle est avant tout un personnage de l’Illiade, dont l’histoire tragique a été reprise également par Euripide, réadaptée par Sénèque, et puis, au XVIIème siècle, eh oui ! de nouveau par Racine, qui lui, s’est surtout inspiré de la version de Virgile dans L’Enéide ! Alors, simple plagiat ? Nos grands auteurs étaient-ils en manque d’inspiration ?
Claude Gagnière a bien raison lorsqu’il affirme que « Depuis que le monde est monde, tout le monde copie sur tout le monde ».

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Pierre-Narcisse Guérin, Phèdre et Hippolyte, (détail de Phèdre), 1815

Mais n’oublions pas que l’Antiquité, dont les textes avaient été redécouverts au courant de la Renaissance, faisait partie de l’esthétique classique en ce qu’elle représentait, comme le prône La Bruyère, « en ce qui concerne les mœurs, ce qu’il y a de meilleur et de plus beau ». La reprise des personnages antiques célèbres par les auteurs classiques fait donc simplement partie du culte des Anciens de l’époque, dont les œuvres étaient vues comme des sources d’enseignement. Et Racine n’a tout de même pas manqué d’apporter sa touche personnelle à ses tragédies, tout en donnant à ses personnages les modifications nécessaires afin de ne pas choquer son auditoire extrêmement attaché à la bienséance. Alors qu’originellement, Andromaque épouse Pyrrhus et lui donne trois fils, Molossos, Piélos et Pergamos, celle de Racine parvient à demeurer fidèle au souvenir de son mari défunt grâce à l’intervention d’Hermione qui, folle de jalousie, tue Pyrrhus lors de son mariage.

Nos personnages antiques sont loin d’être morts et enterrés aujourd’hui. Le XXème siècle a vu une réémergence de ces héros antiques, notamment durant la période de l’Occupation, cette fois-ci afin d’échapper à la censure. Nombre de dramaturges s’engageaient en effet à mettre en scène la situation politique de l’époque, sous le couvert de mythes anciens connus. En 1943, Sartre, dans Les Mouches, reprend la tragédie de Sophocle, Electre, dans laquelle Clytemnestre assassine son époux Agamemnon avec l’aide de son amant Egisthe, puis règne avec lui sur la cité à présent dépravée. Le cadre est identique chez Sartre, et représente symboliquement la France corrompue par son alliance avec l’Allemagne nazie. Sartre y a néanmoins rajouté les mouches, symboles du remord qui assaillent les habitants d’Argos (c’est-à-dire la France occupée), remord de n’avoir pas agi, d’être resté simple spectateur face au crime dont tous ont été témoins. Tout comme dans la pièce de Sophocle, Oreste, fils de Clytemnestre, sous l’instance de sa sœur Electre, se venge et tue sa propre mère ainsi que son amant. Alors que la tragédie antique s’achève sur le meurtre de ce dernier, celle de Sartre met en scène les suites du meurtre, notamment le remords qui assaille à présent les enfants parricides. Sartre fait tomber le rideau tombe sur Oreste quittant la ville avec les mouches à ses trousses, prévenant ainsi contre les excès de violence de la Résistance.

Bien que la reprise des personnages antiques est le genre de réécriture la plus flagrante, certains de nos personnages les plus connus ont été largement influencés par d’autres tout aussi célèbres. Prenons Madame Bovary. Si vous pensiez que Flaubert avait créé un personnage unique et original, détrompez-vous ! Le romancier qui a failli voir son roman interdit à la publication semble s’être largement inspiré de Don Quichotte. Tout comme le célèbre combattant des moulins à vent, Emma est une lectrice avide, confondant fiction et réalité. Tout comme Don Quichotte part en quête d’aventures dignes d’un chevalier errant, Emma Bovary part en quête d’une véritable histoire d’amour. Tous deux finissent leur vie désabusés : Don Quichotte meurt chez lui, rompu de fatigue après sa longue et inutile quête, Emma s’empoisonne à l’arsenic. Bien qu’Emma soit une femme, Flaubert insère des descriptions d’elle portant des vêtements d’hommes et montant à cheval. Serait-ce là un clin d’œil subtil au pseudo-chevalier de Castille ? Enfin, alors que nous connaissons tous la citation de Flaubert « Emma Bovary, c’est moi ! », Cervantes aurait également prononcé des paroles semblables, relevées par Jean Bruneau : « Don Quichotte, dit-il avec un triste sourire, Don Quichotte, c’est moi ».

Ashley Cooper

 

 

 

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