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Le régime des écrivains

Avec tous les régimes pour mincir, régimes pour sportifs, et maintenant les régimes santé à la mode, le moment sacré du repas devient de plus en plus difficile. Lecthot a pour vous une autre solution: optez pour le régime d’écrivain ! Testé par les plus grands auteurs d’hier et d’aujourd’hui, le bénéfice de ces régimes alimentaires n’est pas prouvé scientifiquement à proprement parler, mais les résultats extraordinaires qu’ils ont donné devraient vous suffire. Des idées pour chaque repas, ainsi que des recettes uniques concoctées par les artistes eux-mêmes, voilà de quoi vous mettre sous la dent.

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Avant de faire la fine bouche, ôtez-vous cette idée reçue de la tête : l’écrivain ne se nourrit pas seulement de mots, de poésie, d’amour et d’eau fraîche. Au contraire, comme l’a si bien dit Molière : «Je vis de bonne soupe, et non de beau langage». D’ailleurs, la nourriture est souvent source d’inspiration pour les artistes (il n’y a qu’à penser à la petite madeleine de Proust). Pour plus d’informations à ce sujet, vous pouvez lire notre article sur la nourriture dans la littérature. Alors, à vos fourchettes ! «Il faut vivre pour manger, et non pas manger pour vivre», n’est-ce pas ?

 Des idées pour le petit-déjeuner

Œufs, légumes, fromages ou fruits (au choix) et une tasse de chocolat froid, c’était là le petit-déjeuner de Gustave Flaubert. Pour faire le plein de protéines, comme Walt Whitman, le grand poète américain, commencez la journée avec des huîtres et de la viande. Ou, comme Victor Hugo, une tasse de café noir, mélangé de deux œufs crus.

Pour les gourmands sans diabète, une part de cheesecake tous les matins avant de vous mettre à l’œuvre devrait vous donner la joie d’écrire, comme Stephen King.

Les œufs à la Nabocoque

Il s’agit là d’une recette facile, mais l’écrivain Nabokov a eu la gentillesse de l’envoyer très détaillée en 1972 au magazine Vogue :

Faire bouillir de l’eau dans une casserole (quand des bulles ap­paraissent, c’est que ça bout!). Prendre dans le frigo deux œufs (quantité pour une personne). Les passer sous l’eau chaude pour les préparer à ce qui les attend. Les placer l’un après l’autre dans une cuillère, et les faire glisser silencieusement dans l’eau bouil­lante. Consulter sa montre. Se tenir au‑des­sus d’eux avec une cuillère prête à les empê­cher de heurter les fichus bords de la casserole (ils ont tendance à rouler). Si malgré tout un œuf se fissure dans l’eau (qui bout mainte­nant comme une enragée) en commençant à dégorger un nuage d’une substance blanche, comme un médium de l’ancien temps, le reti­rer et le jeter. En prendre un autre et faire plus attention. Au bout de 200 secondes ‑mieux vaut compter 240 avec les interrup­tions ‑ entreprendre de repêcher les œufs. Les placer chacun dans un coquetier, le gros bout vers le haut. Tapoter en rond autour de la coquille avec une petite cuillère, puis enle­ver ce couvercle en faisant levier. Prévoir du sel et du pain (blanc) beurré.

 Poisson

Non seulement il est scientifiquement prouvé que cet aliment est bourré d’oméga 3 (très bon pour le cerveau), mais il s’agit également d’un met très prisé par les écrivains. Stephen King a un jour déclaré avoir épousé sa femme Tabitha parce qu’elle savait bien cuisiner le poisson.

Mais attention, pas n’importe quel poisson ! Le préféré des artistes est la truite. De plus, ses propriétés inspiratrices sont presque prouvées, puisqu’elle a donné jour au fameux quintette de Schubert.

L’écrivain doit consacrer une grande partie de son temps à la nourriture. Et doit à tout prix goûter dans sa vie la truite frite
Ernest Hemingway

La truite à la Hemingway est à déguster de préférence lors d’une randonnée dans la forêt. Evidemment, il faudra apporter votre poêle avec vous. Vous ferez ensuite frire la truite (que vous aurez d’ailleurs pêché vous-même dans la rivière que vous aurez longée) sur les rochers, au-dessus d’un feu de camp. Agrémentez-la de quelques tranches de bacon frit, puis dégustez.

Pour une truite à faire à la maison, voici la recette de Jean Giono:

Ajouter un bouquet de thym à l’exclusion de quoi que ce soit d’autre, sauf deux grains de genièvre et du poivre.

Surtout, ne ratez pas cette recette ! L’écrivain, plutôt obsédé par ce poisson, se désespérait du fait que personne ne sache le cuisiner !

Viande

Pour les plus aventureux, vous pouvez goûter les favoris de Mark Twain: tortue (de l’espèce Malaclemys terrapin, pour être précis) et raton-laveur.

L’auteur américain, avant le transport de marchandise alimentaire par train ou camion, se nourrissait du gibier local. Mais même avec l’importation alimentaire de nos jours, vous aurez du mal à vous mettre un raton-laveur sous la dent si vous n’habitez pas en Amérique du Nord. Essayez donc plutôt à votre tour les produits bien spécifiques de votre terroir. (Nous vous déconseillons cependant de goûter aux pigeons et rats parisiens.)

Végétarien

Pour ceux qui n’aiment pas la viande, vous pouvez essayer le bortsch froid d’été concocté par le poète américain de la Beat Generation, Allen Ginsberg. Celle-ci est composée de betteraves bouillies avec leurs feuilles et leurs tiges, auxquelles on ajoutera du jus de citron et du sucre. Ses amis qui avaient goûté cette fameuse soupe avaient cependant des avis plutôt mitigés sur ce plat, avec des commentaires allant de « délicieux » à « horrible ». Pour être plus sûr, la soupe de poireaux de Marguerite Duras est peut-être plus appropriée. Vous pouvez également consulter les autres recettes de cette écrivaine plutôt férue de cuisine dans le livre « La Cuisine de Marguerite ».

Dessert

Agatha Christie adorait la crème et la crème épaisse qui se mange avec les scones dans le Devon, sa région natale. Elle en raffolait tant qu’elle la dégustait toute seule, à longueur de journée, malgré sa tasse  sur laquelle était écrite : «Don’t be greedy! ».

Sartre, ce sérieux philosophe, avait un grand faible pour le sucre. Fait de miel et de noix, le halva était son petit péché mignon. Durant la seconde guerre mondiale, il écrivait à Simone de Beauvoir de ne pas oublier de lui envoyer sa ration de la gourmandise. Un jour qu’il ne la reçut pas, il lui écrivit, excédé :

J’étais d’excellente humeur aujourd’hui, puis j’ai reçu ton livre (les Romains) mais pas de halva. Y a-t-il un autre paquet?

La madeleine de Proust. Eh non! Pas besoin de madeleine pour écrire A la recherche du temps perdu. Premièrement parce qu’il se peut que ce petit gâteau dodu, à l’origine de tout le roman, n’ait été que le fruit de l’imagination de l’auteur. Selon des premiers brouillons de Du côté de chez Swann, retrouvés récemment, la madeleine devenue mythique était originellement une simple biscotte ! Heureusement que l’auteur a ensuite décidé de changer cela, « la petite biscotte de Proust » sonne nettement moins bien et ne serait en conséquence peut-être jamais passée dans la postérité. De plus, si vous n’avez pas la même relation avec la soi-disant madeleine que le narrateur, l’effet de cette petite pâtisserie ne marchera pas sur vous. Essayez donc de goûter à nouveau à une chose que vous mangiez régulièrement, à des occasions précises, et que vous n’avez plus mangé depuis longtemps. Vous verrez, la nostalgie vous gagnera aussi, et vous aussi entreprendrez peut-être une recherche de votre passé évanoui. L’expérience n’est à faire qu’une fois, ou tout l’effet sera perdu.

Ou si vous êtes du genre capricieux, vous pouvez, comme Colette, prendre des éclairs au chocolat et n’en manger que la crème à la petite cuillère. Ensuite, toujours selon l’écrivaine, des truffes (et pas celles en chocolat) devraient aider à la digestion. Celles-ci doivent être « accompagnées de vin blanc sec et non de champagne ».

Comment frimer avec la nourriture

Pour fasciner vos amis, faites comme Victor Hugo et mangez devant eux des oranges avec leur écorce ou des langoustes avec leur coque. Ou, simplement pour prouver au beau monde que vous n’êtes pas difficile, concoctez-vous comme Alfred Jarry un mélange d’absinthe, d’encre et de vinaigre. Attention, cette potion rend un peu déboussolé. A moins que ce ne soit encore exprès que l’auteur d’Ubu roi prenait ses repas à l’envers, en commençant par le digestif et le dessert.

Ashley Cooper

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