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Les bibliothèques mobiles en Ethiopie

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On peut dire que les ânes sont des habitants à part entière en Ethiopie : ils sont six millions et participent de la vie économique du pays et de son fonctionnement quotidien. À présent, ils tiennent aussi le rôle de bibliothèques ambulantes.

Selon les chiffres de l’Unicef, entre 2009 et 2013, le taux d’alphabétisation des jeunes Ethiopiens âgés de 15 à 24 ans était de 63% pour les hommes contre 47% pour les femmes, ce qui équivaut à un total de 55%, tandis que 64% de garçons et 65% de filles vont à l’école primaire. Ces chiffres laissent deviner que l’accès à la culture reste difficile pour les enfants des villages éthiopiens, pour qui la maîtrise de l’alphabet amharique, constitué de 256 caractères, peut s’avérer laborieuse. C’est pourquoi, en 2005, Yohannes Gebregeorgis a lancé un projet de bibliothèque mobile permettant de favoriser l’accès aux livres et à la culture, dans un pays où les enfants âgés de 0 à 14 ans constituent 44% de la population.

Naissance du projet

Yohannes Gebregeorgis est né en Ethiopie en 1951, dans la ville de Negele Boran, et y a passé ses jeunes années, avec une mère illettrée et un père ne sachant déchiffrer que quelques mots. Très engagé politiquement dans les années 70, il émigre aux Etats-Unis en 1982 pour y trouver asile. En 2002, alors qu’il mène une vie confortable à San Francisco en tant que bibliothécaire jeunesse, il décide de retourner dans son pays d’origine pour essayer de remédier à un problème qui le dérange particulièrement : l’absence de livres dans les écoles éthiopiennes. À Addis-Abeba en 2005, 99% des écoles sont encore dépourvues de bibliothèques. L’une des principales raisons pour lesquelles celles-ci manquent de bibliothèques est assez affligeante : les livres destinés aux enfants et écrits dans des langues qu’ils comprennent sont très rares. Gebregeorgis lance donc le projet « Donkey Mobile Library », en partenariat avec quelques organisations américaines, comme Room to Read. Les dons de livres en anglais se font nombreux et l’Ethiopien de naissance, dans le cadre de son association EBCEF (Ethiopian Books for Children and Educational Foundation), décide de fonder sur place une maison d’édition publiant des livres dans des langues que les enfants du pays peuvent comprendre. Sa première production, qu’il rédige lui-même en s’inspirant d’un conte traditionnel éthiopien, est écrite en 3 langues (dans le même livre figurent le texte en anglais et ses traductions en amharique et en sidama, la langue locale de la région d’Awasa) et porte le titre de Silly Mammo.

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crédits BBC News, Awassa

En quoi consiste la bibliothèque mobile ?

Le principe est simple : une charrette sur laquelle repose une bibliothèque pleine de livres est tirée par deux ânes et stationne généralement près d’une école. Des tabourets sont mis en place dans un environnement sympathique, sous un grand arbre protecteur, et chaque enfant peut venir se servir. Si deux ânes sont à la tête de ce convoi particulier, c’est non seulement parce que ce sont les animaux de tractage les plus répandus dans le pays, mais aussi parce que Yohannes Gebregeorgis souhaitait au départ attirer les enfants près de la charrette en créant une attraction autour de ces animaux. Le but étant aussi de les éduquer sur la condition animale et leur apprendre à respecter les ânes qui, bien qu’ils représentent une grande partie de la population, sont souvent méprisés et maltraités. C’est pourquoi avance, aux côtés des deux ânes, une ânesse très spéciale : Queen Helena, la reine des ânes. Ce sont Gebregeorgis et son association qui ont décidé de créer une reine des ânes et de la nommer Helena, afin qu’elle devienne la représentante de tous les ânes du pays. Lors de l’inauguration de la bibliothèque mobile en 2005, Queen Helena était à la tête du convoi, vêtue d’une robe royale et portant une couronne, tandis que les enfants la suivaient en lui demandant de leur donner des livres. L’association de Yohannes Gebregeorgis a aussi installé dans le centre d’Awasa et dans Addis-Abeba, la capitale du pays, des bibliothèques jeunesse, qui accueillent un certain nombre d’écoliers en fin d’après-midi. Ils prennent plaisir à s’y installer pour lire, dessiner, ou encore faire leurs devoirs. À chaque fois, ils sont très attentifs à manier les livres avec délicatesse et montrent une concentration sans failles. En 2007, ces librairies ont été visitées par près de 94 000 enfants. En 2010, EBCEF avait déjà créé 35 bibliothèques dans le pays et publié 11 livres jeunesse illustrés.

À quoi ressemble le projet aujourd’hui ?

Aujourd’hui, cette initiative a été reprise par Plan International, organisation de solidarité internationale qui milite pour les droits des enfants. Leur bibliothèque mobile parcourt environ 5 kilomètres par jour et fait la navette entre deux villages. Ses stocks sont plus conséquents : ainsi y trouve-t-on une centaine de livres, allant des langues aux mathématiques en passant par les contes.

Plan International a donc donné un caractère plus officiel à cette initiative, qui a attiré un peu plus de 400 personnes lors de la cérémonie d’inauguration, aussi bien représentants officiels du district qu’enseignants et écoliers. C’est environ un millier d’habitants qui profite aujourd’hui de cette opportunité d’éducation. Si certains enfants ont du mal à lire et tournent les livres dans tous les sens, au moins contemplent-ils les images, ce qui permet de stimuler leur esprit et leur imagination. Par ailleurs, ils peuvent aussi recevoir sur place l’aide de certains professeurs, ou alors assister à une lecture publique.

Les bibliothèques mobiles en Ethiopie sont pourtant menacées, puisque le manque budgétaire se fait sentir, après la coupe de 70% opérée en 2015 par l’Australie au niveau des aides humanitaires en direction de l’Afrique, alors que la bibliothèque mobile autour d’Addis-Abeba est une initiative de Plan International financée par le gouvernement australien lui-même. Malgré les objectifs qui avaient été fixés de toucher plus de 4000 enfants dans les deux prochaines années, le projet pourrait voir fin cette année. Plan International est obligé de chercher des financements ailleurs, qui puissent atteindre une somme de 990 000$ (≈ 908 000€). Le combat pour l’accès mondial à la culture est donc loin d’être gagné.

Michelle Mbanzoulou

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