Fil d'actus
Accueil > Non classé > Les célèbres querelles littéraires

Les célèbres querelles littéraires

querelle

« Vieux bouc puant !

– Monstre cornu !

– Scélérat !

– Parricide !»

Voilà ce que l’on pouvait entendre dans les rues de Florence au XVe siècle. Ordinaire dispute familiale ? Que nenni ! Il s’agit de deux érudits, Le Pogge et Filelfo, se disputant sur un sujet de la plus haute importance : Lucius et Aruns étaient-ils les fils ou les petits-fils du roi Tarquin ?! Alors que dans la littérature, les personnages se battent plutôt pour l’amour, la gloire ou la liberté, leurs auteurs se querellent pour des raisons de style, de véracité ou de grammaire, tel le philosophe de la Renaissance Denis Lambin, qui, comme dans une véritable farce, se battit à coups de poings avec l’imprimeur humaniste Paul Manuce, après une dispute sur l’orthographe du mot consumptus ! Voici pour votre plaisir quelques-unes des plus célèbres querelles littéraires :

florence
Florence

Scaglier et les Cicéroniens vs Erasme.

Au XVe siècle, la redécouverte des textes antiques enthousiasma les érudits. Cicéron notamment, quinze siècles après sa mort, eut droit à un véritable fan-club, dirigé par Jules-César Scaglier, érudit de Vérone, au prénom ironique. Erasme tenta de calmer cette ardeur irraisonnable, et se permit quelques petites satires sur la ferveur dont le rhétoricien romain était l’objet. Un véritable coup de poignard pour le transi Scaglier qui, pour défendre son idole, selon une lettre du philosophe Bayle « cria au meurtre, au parricide, au triple parricide. Il jeta toutes sortes d’ordures sur la tête d’Erasme ; il l’appela cent fois ivrogne ». D’autres plaintes accusèrent les sarcasmes d’Erasme, qui, amené devant le juge, dut donner cent écus aux pauvres en guise de compensation. Une punition saugrenue certes, mais qui eut néanmoins le mérite de faire acte de charité.

L’affaire des sonnets

jean-racine
Jean Racine

En 1677, Phèdre connut un succès immédiat. Mais la tragédie ne plut pas à tous, et les gens d’esprit ne manquèrent pas de la critiquer. Le duc de Nevers écrivit un sonnet parodique à propos de la représentation. Le sonnet (que voici ci-dessous), désapprouve l’intrigue et le style de la pièce, et affiche des plaisanteries plutôt grossières à propos de l’une des actrices au fort embonpoint.

« Dans un fauteuil doré, Phèdre, tremblante et blême,

Dit des vers où d’abord personne n’entend rien.

Sa nourrice lui fait un sermon fort chrétien

Contre l’affreux dessein d’attenter sur soi-même.

Hippolyte la hait presque autant qu’elle l’aime ;

Rien ne change son cœur et son chaste maintien.

Sa nourrice l’accuse, elle s’en punit bien.

Thésée est pour son fils d’une rigueur extrême.

Une grosse Aricie, au teint rouge, aux crins blonds,

N’est là que pour montrer deux énormes tétons,

Que, malgré sa froideur, Hippolyte idolâtre.

Il meurt enfin, traîné par ses coursiers ingrats,

Et Phèdre, après avoir pris de la mort-aux-rats,

Vient, en se confessant, mourir sur le théâtre. »

Racine, Boileau et leurs amis, décidèrent de répondre à ce sonnet injurieux par un autre sonnet, en utilisant les mêmes rimes. Le duc de Nevers, fulminant, car ses adversaires avaient notamment gardé la même description d’Aricie, remplaçant simplement son nom par celui de la sœur du duc, répliqua à nouveau, encore une fois avec les mêmes rimes. Des témoins amusés de cette bataille en vers, finirent par raconter l’anecdote, pour ceux qui n’auraient pas suivi l’affaire ou bien pour se moquer de l’un des camps, toujours sous forme de sonnet et avec les mêmes fins de rimes ! Quelques sonnets plus tard cependant, les menaces versifiées commencèrent à s’accomplir, et le prince de Condé prit les hommes de lettres sous sa protection après que Boileau fut criblé de coups par les amis du duc de Nevers.

La querelle des Anciens et des Modernes :

jeandelafontaine    VS     pierre-corneille

Les querelles des Anciens et des Modernes commencèrent à la Renaissance et se perpétrèrent au fil des siècles, opposant à chaque fois deux générations d’écrivains, les uns attachés à la scolastique et aux traditions, et les autres voulant réformer la littérature. Le camp des Anciens, composé notamment de La Bruyère, La Fontaine et Boileau, affirmait que plus aucun progrès n’était possible en art car tout avait déjà été dit et achevé par les Anciens, qui demeuraient alors des modèles à imiter. Les Modernes, en revanche, avec en tête Thomas Corneille, mais surtout Charles Perrault, prônaient la perfection et l’innovation, désireux que chaque époque soit le théâtre d’évolutions traduites dans le langage artistique. Selon l’essayiste Marc Fumaroli, l’aspect philosophique de cette querelle aurait dissimulé une dispute d’intérêts matériels, chaque camp ayant pour but d’obtenir la faveur du roi Louis XIV, aux dépens des adversaires.

La Bataille d’Hernani

victor-hugo
Victor Hugo

Encore une querelle entre les Anciens et les Modernes ! Plus d’un siècle après la querelle du Cid, une nouvelle génération d’écrivains, les Jeunes France, menés par Victor Hugo, alors âgé de 27 ans, se battent pour briser les strictes règles classiques, qu’ils considèrent désuètes. En véritables rebelles, ils osent déranger la régularité de l’alexandrin, auparavant toujours formé de deux hémistiches symétriques, et usent d’enjambements, rendant la lecture des vers plus fluide que dans la forme entrecoupée classique. En ce qui concerne spécifiquement le théâtre, ils rejettent la règle des trois unités selon laquelle la pièce devait comporter une seule intrigue, se dérouler en un seul jour et en un seul lieu. N’oublions pas non plus que la bienséance classique empêchait toute scène violente d’avoir lieu sur scène. Alors, évidemment, pour les auteurs classiques vieillissant, quel scandale que la pièce Hernani du rebelle Hugo ! Des vers qui se poursuivent d’une ligne à l’autre, sans césures apparentes, une histoire qui s’étend sur plusieurs mois, et des scènes qui se déroulent en Espagne, en Allemagne, puis en Espagne de nouveau, pour finir par le suicide, sur scène, des amants, sous les yeux délicats des spectateurs ! La première représentation de ce drame si choquant devient l’événement le plus marquant du mouvement romantique. Car, si la pièce en elle-même avait de quoi faire trembler les Anciens d’indignation, qu’elle n’a pas dû être leur (bien désagréable) surprise de voir la paisible salle de théâtre se transformer en champ de bataille par les amis tapageurs du poète ! Parmi eux, Théophile Gautier, l’un des plus fervents admirateurs de Hugo, n’est pas passé inaperçu : vêtu d’une mythique veste d’un rouge flamboyant, il passe la séance à lancer des insultes à ses contemporains classiques présents dans la salle. Devant une telle provocation, les coups se mettent à pleuvoir, provenant d’ailleurs surtout des rigides vieillards à perruque !

Ashley Cooper

 

Commentaires :







Restons en contact !

Restons en contact !

Retrouvez le meilleur des dernières actualités, articles et interviews directement dans votre boîte mail ! 

Merci de votre inscription !