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Les dystopies qu’il vaut mieux lire

 

La littérature de science-fiction et le cinéma entretiennent depuis toujours un rapport privilégié. L’aspect indéniablement visuel et souvent spectaculaire des futurs rêvés (ou cauchemardés) par les auteurs exerce une fascination sur les réalisateurs et scénaristes. Parmi la littérature de sci-fi, la dystopie est l’un des sous-genres les plus souvent repris par l’industrie cinématographique, surtout depuis le succès international de la trilogie Hunger Games, qui a ouvert la voie pour d’autres adaptations, plus ou moins réussies. Si l’adaptation filmique peut apporter plus de texture à de nombreuses dystopies romanesque, elle peut aussi en diluer la complexité. Ce qui explique que les nombreuses dystopies aujourd’hui en salles semblent se fondre en une seule, surtout celles tirées de romans jeunesse. On vous présente ici une sélection de dystopies qu’on préfère dans leur forme romanesque.

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Irving Norman, Bacchanal, 1954

Auprès de moi toujours (Never Let Me Go) de Kazuo Ishiguro

Un des romans les plus poétiques et poignants de la littérature dystopique. Auprès de moi toujours (2005), est une des oeuvres d’art de la littérature de science-fiction, aux accents futuristes si sobres et subtiles qu’il est parfois difficile de la ranger dans cette catégorie. Le livre raconte l’enfance et la jeunesse de Kathy, Tommy et Ruth à Hailsham, un orphelinat où des générations d’enfants grandissent paisiblement, nourris par l’idée qu’ils sont hors du commun. Au fil des années, ils apprendront qu’un triste destin leur est réservé. La force de ce roman repose sur son caractère profondément lyrique et ses symboles percutants. Plus qu’une dystopie, Ishiguro nous propose ici une réflexion sur l’amour, l’éphémère et plus généralement sur ce qui nous empêche de nous rebeller contre la condition humaine.

L’adaptation: Auprès de moi toujours (2010) de Mark Romanek n’a pas su conserver la poésie du roman. Malgré une scène finale magistrale, le film en soi n’est ni subtil ni poétique. Le jeu des acteurs est larmoyant et tombe souvent trop dans le pathos. Des passages essentiels ont été coupés. La photographie est réussie sans être extraordinaire. Surtout, les réflexions d’Ishiguro sur la fragilité de la condition humaine et les fictions que nous utilisons pour nous en protéger se perdent dans de longues scènes de drame amoureux nostalgique qui en font un film facilement oubliable.

La servante écarlate (The Handmaid’s Tale) de Margaret Atwood

Publiée initialement en 1985 cette dystopie est prenante dans son respect des codes du genre et très originale. D’une part, elle est originale car il s’agit d’une dystopie religieuse (les U.S. -devenus Gilead- sont contrôlés par un théocratie totalitaire chrétienne qui vise à préserver le peu de femmes encore fertiles). D’autre part c’est certainement l’exposant du genre qui a exploré le plus en profondeur les angoisses dystopiques féminines (et ce bien avant Katniss Everdeen), notamment celles liées au déterminisme biologique, à la sexualité et à la reproduction… et son message résonne encore aujourd’hui. Malgré sa complexité et sa densité, ce classique reste aussi prenant qu’un thriller.

L’adaptation: La servante écarlate (1990) ne réussit pas à rendre crédible le cauchemar de Gilead. Les symboles sont rendus de manière trop explicite, l’esthétique est flashy, sans parler du jeu des acteurs, terriblement exagéré. Cette adaptation ne fait pas que diluer la complexité du roman, elle en fait une caricature malgré (ou à cause de) tous ses efforts de solennité.

La Route (The Road) de Cormac McCarthy

Dystopie post-apocalyptique de 2006, La Route reprend des motifs classiques et les rend plus poignants, plus cruels, plus poétiques. Un père et son jeune enfant parcourent les routes des États-Unis, fuyant incendies, tremblements de terre et surtout se cachant des autres survivants, devenus cannibales. Loin d’un roman survivaliste typique, McCarthy pousse ici les limites du supportable et du lisible, mêlant cruauté et amour, espoir et surtout spiritualité. Le tout rendu grâce à une prose simple mais virtuose qui rappelle Beckett.

L’adaptation: La Route (2009) est une adaptation qui se veut respectueuse et fidèle, cependant elle n’a pas la force du roman car elle évite ses aspects les plus choquants. L’enfant est plus âgé, le père plus en forme. L’accent n’est pas mis sur l’horreur et le cannibalisme (qui sont expédiés grâce à des voix off accentuant la distance entre la cruauté du monde et le spectateur) mais sur la solitude du père face au fils qu’il protège.

Les fils de l’homme (The Children of Men) de P.D James

Theodore Faron vit dans un monde où plus aucune femme n’est fertile. Depuis 25 ans, aucun bébé n’a réussi à naître et les scientifiques ont désormais perdu tout espoir. Malgré son pessimisme, il s’implique avec réticence dans un complot pour protéger une femme tombée enceinte par miracle, d’un gouvernement totalitaire et cruel. L’histoire se met en place de manière lente, poétique et calculée. Il ne s’agit pas ici d’un thriller mais d’un roman dont la force vient des personnages, complexes et bien dessinés, qui amènent le lecteur à réfléchir sur la manière de vivre la fin du monde quand elle est annoncée et qu’elle a lieu de manière calme et résignée.

L’adaptation: Les Fils de l’Homme (2006) est un très bon film, réalisé avec brio (deux plan-séquences virtuoses resteront gravés dans l’histoire du cinéma), le jeu d’Owen est impeccable, la photographie est hors du commun. Il ne s’agit donc pas ici de préférer le roman au film mais de les considérer comme deux oeuvres séparées. Le roman est philosophique et lyrique. Le film s’intéresse beaucoup plus à la violence, le chaos, l’héroïsme.

World War Z de Max Brooks

Très certainement LE seul roman de zombies à lire impérativement (même pour les détracteurs fervents du genre). Il est construit sous forme d’interviews entre le narrateur et le personnage, qui donnent à la fois une vision individuelle et collective de ce monde post-apocalyptique, et qui permettent au lecteur de parcourir le monde en apprenant les différentes réactions des gouvernements face à l’apocalypse zombie. Original, ce livre est à la fois convaincant et réaliste (malgré sa thématique) et surtout profondément parlant en termes de géopolitique.

L’adaptation: World War Z (2013) renié par l’auteur, ce film ne garde aucun des accents politiques du livre. À regarder quand même pour ses effets et son rythme soutenu.

Mention honorifique à I.G.H. de J.G. Ballard, dont l’adaptation filmique High-Rise (actuellement au cinéma) laisse beaucoup à désirer en termes de force symbolique, et à Maintenant c’est ma vie (2006) dont la version cinématographique n’a pas réussi à véhiculer la force du personnage principal.

Bonus: l’inadaptable – Riddley Walker de Russell Hobban

Dystopie littéraire s’il en est, dans Riddley Walker c’est la langue même qui a été atteinte et anéantie par l’apocalypse.

Anais Ornelas

 

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