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Les livres que l’on fait semblant de comprendre

Nous avons beau aimer les livres, il faut bien l’avouer : certains sont parfois difficiles à terminer. Notre journaliste, Camille Cantenot, a sondé une trentaine d’étudiants. Il est temps de dire au revoir au snobisme littéraire qui nous pousse à parler de monuments littéraires sans les avoir compris, et d’avouer que, non, tous ces classiques ne sont pas forcément digestes.

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Ulysse, James Joyce

Quel est le livre le plus difficile à lire ? Ulysse est le titre le plus articulé par les lèvres modestes de nos étudiants. Et pourtant, on pourrait penser le contraire car l’histoire ne nous est pas inconnue : l’Odyssée transposée en Irlande, au début du XXe siècle. Le livre est d’ailleurs considéré comme le meilleur roman de tous les temps, mais l’écriture de James Joyce n’est pas facile à lire.
Pourquoi c’est difficile ? L’abondance de jeux de mots et de figures stylistiques doit encore hanter les cauchemars de ses traducteurs. Voici les éléments les plus mis en avant par nos étudiants, avec également les références à la mythologie grecque, alourdies par des allégories sans fin et des structures de phrases « tirées par les cheveux ».
Comment en arriver à bout ? Si vous ne voulez pas vous avouer vaincu, il est conseillé de lire ce livre avec l’aide de fiches de résumés. On en trouve facilement sur internet, et c’est très utile : le livre est énorme et on a tendance à oublier certains éléments que les fiches sauront nous remettre rapidement en mémoire, pour continuer notre lecture plus sereinement.

Le Voyage sentimental à travers la France et l’Italie, Laurence Sterne

Voici un autre titre cité par nos étudiants. De Laurence Sterne, on connaît surtout Vie et opinions de Tristram Shandy, gentilhomme, considéré comme l’un des romans les plus importants de la littérature occidentale, pour la simple raison qu’il est l’un des premiers romans tout court. Le Voyage sentimental à travers la France et l’Italie raconte l’histoire de Yorrick, fraichement débarqué à Calais. Nous ne connaîtrons jamais ses périples en Italie puisque Sterne meurt avant de pouvoir les écrire.
Pourquoi c’est difficile à lire ? Le livre est constitué de plusieurs scènes, qui s’imbriquent sans fluidité. La langue employée est certes belle, mais complexe. Selon Matthieu, étudiant en licence 1 de lettres modernes, « tout semble pressé, comme une fuite en avant, une fuite dans l’écriture ».
Comment en arriver à bout ? C’est un petit livre, très accessible par son format. C’est là le piège. Il faut prendre le temps de bien lire afin d’enregistrer le plus d’informations possibles. Les fiches de résumés sont à proscrire, les chapitres sont trop courts.

Au bonheur des dames, Emile Zola

Zola n’a pas la réputation chez nos étudiants d’être un auteur facile à lire. Il ne cherche pas à plaire, mais à peindre l’être humain dans toute sa réalité, sa laideur comme sa beauté. Le père du naturalisme est connu pour être un écrivain prolifique et sa saga des Rougon-Macquart qui ne devait compter « que » dix volumes, en rassemble vingt. Au bonheur des dames est le onzième volume des Rougon-Macquart. Il met en scène le personnage de Denise Baudu, vendeuse dans un grand magasin de mode.
Pourquoi c’est difficile ? L’histoire n’est pas en cause, bien au contraire. En revanche, les lecteurs avides de suspense pourront passer leur chemin. « Les descriptions sont longues, longues, et très longues » s’exclame Sophie, étudiante en master édition. Zola, tel un peintre, avait pour habitude de se rendre dans les lieux qu’il souhaitait décrire dans ses œuvres, ses descriptions sont à peu près aussi minutieuses qu’une peinture de Courbet.
Comment en arriver à bout ? Si les descriptions ne sont vraiment pas votre tasse de thé, vous pouvez les passer. C’est dommage, mais c’est encore le moyen le plus efficace. Sinon, vous pouvez toujours tenter de vous rendre dans les lieux décrits, pour rendre la lecture plus dynamique !

Mrs. Dalloway, Virginia Woolf

Encore un titre cité à l’unanimité ! La créatrice du « courant de conscience » avait un style bien particulier. Elle a révolutionné l’écriture moderne et a su libérer les plumes. Les conventions littéraires ne s’appliquaient pas à elle, ni à aucun des membres du Bloomsbury Group d’ailleurs, et elle le faisait bien savoir. Mrs. Dalloway fait partie de ces livres qu’il est bien vu d’aimer en société. Déroutant, déconcertant, ce roman ne ressemble à aucun autre.
Pourquoi c’est difficile ? Justement à cause du « courant de conscience ». On nous raconte la journée d’une femme, mais c’est toute une fresque de Londres qu’on nous offre en plus…. Tout se recoupe et s’entrecroise. Rien n’est à sa place, et pourtant l’on voudrait que rien ne change. Mrs. Dalloway est difficile parce qu’il représente la vie dans toute sa complexité : aucune journée, aucune pensée n’est construite linéairement, le monde grouille trop pour le permettre.
Comment en arriver à bout ? Oubliez tout ce que vous savez de la littérature et des classiques. Ne vous attendez pas à une intrigue palpitante et laissez-vous porter par les mots. Toute résistance est futile.

Le Tiers livre, François Rabelais

Voici le dernier titre de nos étudiants. Gargantuesque ! Pantagruélique ! Ces mots nous viennent de l’œuvre de Rabelais, c’est dire si elle est importante ! Mais Rabelais fait partie de ces auteurs que l’on étudie au lycée, et qu’on relit rarement ensuite. Il a marqué son époque (et les suivantes) par ses plaisanteries grivoises, son style pantagruélique, sa connaissance approfondie de la langue française et du monde en général, l’idée de démesure, et sa philosophie.
Pourquoi c’est difficile ? Il est aujourd’hui quasiment impossible de lire Rabelais sans une traduction en français contemporain. Il écrivait en moyen français, mais attention, « un moyen français rabelaisien », nous précise Eric, étudiant en lettres classiques ! « Rabelais n’hésite pas à inventer des onomatopées, à faire des jeux de mots, et quand le tout est présenté sous l’angle de la plaisanterie, voire de la bouffonnerie, ça devient un peu compliqué ».
Comment en venir à bout ? Désormais, la plupart des éditions sont dotées d’une traduction en français contemporain, ce qui rend la tâche plus aisée. Mais pour une compréhension optimale de son œuvre, il est également bon de se renseigner sur le contexte historique, scientifique et religieux de ses œuvres.

Camille Cantenot

 

 

 

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