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Les meilleures punchlines littéraires

La punchline est le parangon de la littérature telle que l’ont pensée de nombreux théoriciens de la forme. En effet, l’idéal classique des grands écrivains était d’accorder musicalement le fond avec la forme. Lapidaire, la punchline est une parole lancée vers un auditeur pour ébranler l’orchestre de sa sensibilité. Elle est écrite pour résonner, le lecteur silencieux ne peut se contenter de la comprendre, il doit la crier dans son esprit, la faire retentir dans son corps, que son cœur en soit l’écho. Chez les grands auteurs nous trouvons des mots d’une puissance hallucinante qui ont ce génie de révéler avec force une idée en une sentence digne des grands rappeurs. Des fragments pascaliens à la « petite musique » célinienne, les exemples ne manquent pas de ceux qui ont voulu atteindre le lecteur d’un coup de poing au cœur. Pour cela, plusieurs méthodes : des mots chocs, des rapprochements insolites, un travail sur la sonorité de la phrase et surtout, un humour souvent acide.

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George Stubbs. Bulls Fighting. 1786. Yale

L’amour c’est l’infini mis à la portée des caniches et j’ai ma dignité moi !

Voyage au bout de la nuit – Louis-Ferdinand Céline
Par cette phrase, Céline, grand pessimiste, désacralise l’amour en faisant de ce sentiment une petite transcendance médiocre, la seule « à notre portée ». Comme Schopenhauer, Céline voit dans l’amour une ruse de la raison cherchant à satisfaire un désir absurde d’immortalité. Mais derrière la conception romantique de l’amour se cache une finalité immanente et biologique : la perpétuation de l’espèce, qu’il ne nous laisse pas oublier.

Pour un fripon, un bélître, un mangeur de restes, un vil et orgueilleux faquin, un mendiant, habillé gratis, à cent livres de gages; un drôle aux sales chausses de laine, un poltron, une espèce qui porte ses querelles devant le juge; un délié fripon de bâtard, officieux, soigneux; un coquin qui hérite d’un coffre, un gredin qui serait entremetteur par manière de bon service, qui n’a en lui que de quoi faire un maraud, un pleutre, un lâche, un pendard; le fils et héritier d’une chienne dégénérée, et que je ferai geindre à coups de fouet si tu t’avises de nier la moindre syllabe de ce que j’ajoute à ton nom.

Le roi Lear, William Shakespeare
Shakespeare est notoire pour son habileté à écrire des scènes de… tout ! Mais l’art d’insulter avec génie est sans aucun doute parmi ses talents les plus développés. Dans ce passage du Roi Lear on est d’abord frappé par l’originalité et la variété des insultes, mais là où l’on voit vraiment la virtuosité du Bard c’est dans l’alternance d’insultes courtes et d’insultes plus construites, qui crée un rythme haché et fluctuant, comme si à chaque fois que la réplique (et donc les insultes) allait se finir, elle reprenait soudainement son élan, redoublant de hargne.

Pour les femmes

Il n’y avait pas un mois que je vous connaissais et déjà je sentais que vous étiez le dernier homme du monde que je consentirais à épouser. 

Orgueil et préjugés, Jane Austen
Dans cette phrase, c’est justement la longueur qui en fait la force. Elizabeth Bennett exprime ici une idée très simple qui pourrait être contenue dans quelques mots. Elle rallonge cependant son refus, comme si elle prenait un plaisir langoureux à le prononcer.

Pour les hommes

Elle est passable, mais pas assez belle pour me tenter…

Orgueil et préjugés – Jane Austen
Darcy, au contraire, n’hésite pas à mettre le doigt sur la plaie avec sa franchise (et c’est peut être ce qui fait le charme de ce couple littéraire). Ironie du destin, ils finiront, malgré leurs propos, amoureux et mariés.

Ça devrait prendre quatre secondes pour aller d’ici à la porte. Je t’en donne deux !

Petit déjeuner chez Tiffany – Truman Capote
Holly Golightly est sans doute l’un des personnages les plus aimables de la littérature, malgré son caractère superficiel et volatil, par son mystère mais surtout par ses traits d’esprit mémorables. Ici, on aime la forme qui épouse le contenu avec une première phrase longue puis une invective acide beaucoup plus courte, pour bien faire passer le message.

Elle ne me quittera certes pas pour un vulgaire escroc qui devrait voler l’anneau qu’il lui mettrait au doigt.

Gatsby le Magnifique – Francis Scott Fitzgerald
Voilà une punchline qu’on aimerait bien utiliser un jour ! Fitzgerald fait dans Gatsby la critique de la société de l’époque, notamment de comment les apparences passent au dessus de la substance dans le monde de Tom et Daisy Buchanan. Cette phrase est d’une grande ironie, même si les personnages ne le savent pas quand elle est prononcée, car, malgré la confiance de Gatsby en l’amour de Daisy, c’est Tom qui a raison : Daisy ne quittera pas son mariage, en dépit de son malheur et des infidélités répétées de son mari.

Love loves to love love.

Ulysses – James Joyce
Tout le roman peut se lire comme une longue suite de punchlines. Elles le sont surtout par leur caractère énigmatique. Joyce nous embrouille dans son langage à la fois ludique, virtuose et incompréhensible. Une très longue réécriture de l’Iliade qui nous fait comprendre à coup de jeux stylistiques les limites de notre cerveau.

Il aimait Big Brother

1984 – George Orwell
Grosse punchline contre le lecteur qui a passé de nombreuses pages à observer et espérer que la rébellion intérieure de Winston Smith et son amour pour Julia mèneraient à une révolte contre Big Brother….

Faulkner, à propos d’Hemingway :

Il n’a aucun courage, il n’a jamais pris le moindre risque. Il n’a jamais utilisé le moindre mot susceptible d’exiger de la part du lecteur l’usage du dictionnaire.

Réponse d’Hemingway :

Pauvre Faulkner… Croit-il vraiment que les grandes émotions naissent des grands mots ?

Les deux grands prix Nobel de la littérature américaine du XXe siècle se détestaient. Leurs styles ne pourraient être plus différents : Faulkner eut à une époque le record Guinness de la plus longue phrase de la littérature, alors que la prose d’Hemingway aux phrases courtes et épurées, semble à première vue faussement simple. Les deux auteurs ne se sont jamais rencontrés mais ils correspondaient régulièrement, ils étaient tous deux compétitifs même si Hemingway faisait preuve de moins de confiance en lui-même, malgré son apparence macho.

She’s as nutty as squirrel poo

Harry Potter et les Reliques de la Mort, JK Rowling
Jeu de mots reposant sur le double sens de « nut » qui veut dire à la fois « fou » et « noisettes et autres noix ». On aime ici le travail sur les sonorités qui reflète le caractère affectueux de cette punchline.

Anais Ornelas

 

 

 

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