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Les meilleurs débuts de roman

En littérature comme ailleurs, la première impression est souvent la bonne, surtout quand elle est mauvaise, selon Henri Jeanson ! Si l’accroche fonctionne, si les premières lignes et les premiers mots imprègnent le lecteur, celui-ci sera conquis. Voici quelques incipits forts de la littérature, nous plongeant in medias res au cœur de l’intrigue.

L’Etranger, Albert Camus (1942)

Aujourd’hui, maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas. J’ai reçu un télégramme de l’asile : « Mère décédée. Enterrement de-main. Sentiments distingués. » Cela ne veut rien dire. C’était peut-être hier.

La philosophie de l’absurde chère à l’auteur transparait dès les premiers mots, seul le hasard guide nos pas, l’existence n’a pas de sens. Meursault, le personnage principal de l’œuvre, se contente de décrire les événements de manière distante et détachée, alors qu’il évoque la mort de sa mère. Le lecteur est piqué dans sa curiosité et cherche à comprendre cette indifférence.

Lolita, Vladimir Nabokov (1959)

 Lolita, lumière de ma vie, feu de mes reins. Mon péché, mon âme. Lo-li-ta : le bout de la langue fait trois petits bonds le long du palais pour venir, à trois, cogner contre les dents. Lo. Li. Ta.
Elle était Lo le matin, Lo tout court, un mètre quarante-huit en chaussettes, debout sur un seul pied. Elle était Lola en pantalon. Elle était Dolly à l’école. Elle était Dolorès sur le pointillé des formulaires. Mais dans mes bras, c’était toujours Lolita. 

L’un des romans les plus controversés du XXe siècle. La passion du héros et l’amour brûlant qui le lie à Lolita, explose dès les premières lignes de l’œuvre. La mélodie travaillée du rythme ancre le caractère charnel et érotique de l’œuvre.

Mort à crédit, Louis-Ferdinand Céline (1936)

 Nous voici encore seuls. Tout cela est si lent, si lourd, si triste… Bientôt je serai vieux. Et ce sera enfin fini. Il est venu tant de monde dans ma chambre. Ils ont dit des choses. Ils ne m’ont pas dit grand-chose. Ils sont partis. Ils sont devenus vieux, misérables et lents chacun dans un coin du monde. 

Le Paris d’avant la Grande Guerre, le pathétique de la vie, la souffrance de l’existence. Louis-Ferdinand Céline décrit tout cela : une vie vache. Le livre commence à l’envers : la fin pourrait être au début, et ce début pourrait être la fin de tout.

Dom Juan, Molière (1665)

Quoi que puisse dire Aristote et toute la philosophie, il n’est rien d’égal au tabac : c’est la passion des honnêtes gens, et qui vit sans tabac n’est pas digne de vivre.

Le célèbre Sganarelle s’invente et se libère. L’exagération dès les premières élocutions est bien volontaire : comment un simple valet peut-il parler ainsi d’Aristote, vulgarisant sa philosophe en la liant au tabac ? L’incipit fait valser les mœurs, et étonne, in medias res.

Du côté de chez Swann, Marcel Proust (1913)

Longtemps, je me suis couché de bonne heure. Parfois, à peine ma bougie éteinte, mes yeux se fermaient si vite que je n’avais pas le temps de me dire : «  Je m’endors ». 

Certainement la phrase initiale la plus connue de la littérature française, marquant le début du volume A la recherche du temps perdu. Une fenêtre ouverte sur un monde totalement inconnu, une odyssée moderne, l’œuvre d’une vie, d’un homme. Le temps perdu est là, toujours présent. Aucune information, seul un souvenir, qui reste longtemps dans les esprits.

Les rêveries du promeneur Solitaire, Jean-Jacques Rousseau (1782)

 Me voici donc seul sur la terre, n’ayant plus de frère, de prochain, d’ami, de société que moi-même. 

Ainsi commence une rêverie, celle d’un homme apaisé, longtemps persécuté, et qui livre ce qu’il considère comme ses dernières lignes. Il n’a alors rien à perdre, car il s’est déjà perdu. Plus qu’une thérapie pour lui-même, Jean-Jacques Rousseau propose une thérapie universelle.

Anna Karénine, Léon Tolstoï  (1877)

Les familles heureuses se ressemblent toutes ; les familles malheureuses sont malheureuses chacune à leur façon. 

La première phrase résonne comme un dicton, une vérité universelle, qui à elle seule peut résumer l’œuvre. 

Brooklyn Follies, Paul Auster (2005)

 Je cherchais un endroit tranquille où mourir. 

Lorsqu’un héros commence par parler de sa mort imminente, si le roman ne démarre pas sous les meilleures auspices, il créé une secousse au lecteur en le confrontant indirectement à sa propre fin.

Cent ans de solitude, Gabriel Garcia Marquez (1967)

Bien des années plus tard, face au peloton d’exécution, le colonel Aureliano Buendia devait se rappeler ce lointain après-midi au cours duquel son père l’emmena faire connaissance avec la glace.

Une ellipse immédiate qui se transforme en effet glaçant. L’obligation de revenir en arrière pour mieux comprendre. Comme la connaissance de l’origine de toute chose était nécessaire. Et surtout la compréhension du « tout ».

Ces quelques lignes ont-elles suffit à vous donner envie de (re)lire ces livres ?

Alexandre Gadaud

 

 

 

 

 

 

 

 

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