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Les mots inventés par les écrivains

Pour être écrivain, il faut avoir un certain talent linguistique : savoir manier les mots, les expressions. Et puis, souvent, ces grands prétentieux se sont dit que leur langue n’était pas au niveau de leur talent, et, en vrai rebelles, ont décidé qu’ils allaient utiliser des mots de leur invention. Parfois, ces néologismes ont tellement plu qu’ils sont passés dans le langage courant. Abracadabrantesque, non ?

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Inventer des mots : depuis les débuts de la littérature

Il faudrait être un génie déjà célèbre pour oser se convertir en un gymnaste de la langue. Peut-être que les plus patriotiques ou conservateurs d’entre vous, attachés à la langue traditionnelle, n’approuvez pas ces barbarismes célébrés. D’autant plus que vous ne voyez pas en quoi ces mots imaginaires sont bénéfiques au français. Mais enfin, ne croyez-vous pas que simplement reproduire comme des automates la grammaire et le bon vocabulaire appris à l’école finira par faire de vous des moutons de Panurge ? Franchement, ne pensez-vous pas parfois que notre vocabulaire est un peu frugal ? C’est certainement ce qu’a jugé Rabelais, qui est l’inventeur de ce dernier mot, et de tous les précédents en gras d’ailleurs, ainsi que bien d’autres, comme « haltères » ou « indigène ». C’est dans ses écrits que ces derniers sont apparus pour la première fois. Et même si toutes les inventions de ce farceur linguistique ne sont pas passées dans le langage courant, comme par exemple « agélaste » (c’est-à-dire une personne qui ne rit pas), l’on ne saurait plus se passer des autres. Vous pouvez d’ailleurs essayer de rendre hommage à Rabelais en commençant à utiliser ce dernier mot autant qu’il vous est possible. Si vous n’aimez pas Rabelais, utilisez-le quand même, cela donnera l’impression à votre famille que vous êtes un petit génie incroyablement cultivé. Et puis qui sait, au bout d’un moment, peut-être que votre entourage commencera à l’utiliser aussi, et le mot sera bientôt entendu dans toutes les bouches… Après tout, notre vocabulaire de tous les jours n’est pas gargantuesque au point qu’on ne puisse l’enrichir.

 Des mots imaginaires pour des mondes imaginaires

Si la littérature est « un miroir que l’on promène le long d’une route », parfois elle prend pour cadre des mondes fictionnels bien différents du nôtre, où existent des choses, des êtres et des concepts bien différents de ceux que nous connaissons. Ce qui est propice au cas de leur trouver un nom original. L’Écume des jours de Boris Vian, par exemple, se déroule dans un monde onirique, où l’on peut être contaminé par un nénuphar dans les poumons,  où l’on danse le « biglemoi », où les insectes « zonzonnent », et où l’on peut tuer quelqu’un avec un « arrache-cœur ». Sans oublier l’instrument tendance à avoir : le « pianocktail », un appareil de l’invention du personnage Colin, qui fait des cocktails en fonction de la mélodie jouée au piano.

Inventer des mots : une façon d’être grossier ou d’insulter tout en étant créatif

Comment être vulgaire en littérature tout en amusant son public ? Très facile, il vous suffit simplement de déformer quelque peu les mots grossiers déjà existant. Si vous dites « merde », cela est banal et vulgaire, mais si vous rajoutez une lettre et dites « merdre », alors, par ma chandelle verte !, vous devenez un personnage mythique, comme le Père Ubu de Jarry.

Ou alors, utilisez les mots courants, mais changez l’orthographe afin de les rendre plus exotiques. Ainsi, comme Boris Vian, vous pouvez traiter vos voisins de « khons » dans une lettre anonyme, ou dire à vos amis d’arrêter les « khonneries ». Pour « anecdoter » un peu sur ce point (selon le mot de Balzac), Vian, après avoir traité les gens de « khons » pendant dix ans, s’est finalement rendu compte qu’avec cette orthographe, le mot avait déjà un sens existant. Selon le dictionnaire, un « khon » est une espèce d’orgue en bambou au Laos. « Eh ben, ça fait pas mal d’années que je traite des gens d’orgues du Laos sans m’en être jamais douté », s’est amusé l’écrivain lorsqu’il en a  eu vent.

Enfin, si vous « blablatez » trop, ou pire, que vous « blavouillez », c’est-à-dire dire des bêtises de façon incessante, Louis-Ferdinand Céline risque de vous accuser de « cacatoïser » l’air. Si, par-dessus le marché, votre profession est la traduction, il vous traitera sûrement de « trouducteur ». Charmant !

Et le mini lexique bonus !

Parfois, la langue française n’est juste pas assez riche. Il faut de longues phrases pour dire quelque chose de pourtant bien simple, qui pourrait s’exprimer en un seul mot. Alors, voici les solutions rapides de certains écrivains:

« allélouyer » : façon rapide et efficace de dire qu’on entonne des alléluias, selon Julien Green.
« badonguer » : Lorsque l’on veut décrire le ding-dong résonnant des cloches, le mot « sonner » est bien plat, et « carillonner » trop délicat. Pour Paul Claudel, « badonguer » est le mot juste.
« bleuer » : On noircit les pages de cahier lorsqu’on écrit. Sauf qu’aujourd’hui, les écoliers utilisent surtout de l’encre bleue. Dans ce cas, pour Montesquiou, c’est logique, on « bleue » les pages.
« cleftomanie » : la manie de la mère du narrateur dans Vipère au poing d’Hervé Bazin. Celle-ci ferme tout à clef, puis enferme les clefs.
« compatissance » : alors celui-ci, ne l’utilisez pas, il s’agit d’une coquille de Balzac qui a oublié que le nom « compassion » existait déjà  pour parler du caractère de quelqu’un qui est compatissant !
« dormioter » : comme « somnoler », sauf que Jean Giono a décidé que « dormioter » sonnait plus mignon.
« Emperpignanné » : Un mot qui ne se prête qu’à une situation bien précise. Selon Marcel Pagnol, il s’agit d’un adjectif pour désigner quelqu’un qui voudrait quitter Perpignan mais qui se voit forcé d’y rester.
« hargnosité » : on connaît l’adjectif « hargneux », mais il lui manquait un nom. Merci, Rimbaud !
« héliophanie » : à présent passé dans le dictionnaire, ce mot a été inventé par Michel Tournier dans Vendredi ou les limbes du pacifique pour qualifier l’apparition de la lumière du soleil à son lever.
« joconder » : sourire avec le même air idiot que la Joconde, selon Henri Thoyat. Un mot qui ne doit pas plaire aux amoureux de Léonard de Vinci.
« moimoiïsme » : Céline a simplement donné un nom à notre attitude de tous les jours du moi + moi + moi + moi = « moâ » (ce dernier est de Sacha Guitry, à l’égo encore plus démesuré que la normale).
«pleuviasse » : quand il pleut, et qu’il fait super gris, super froid, et que, oh là là, qu’est-ce que ça vous déprime ! C’est ça, la « pleuviasse », pour Caverna, et ça correspond bien, tellement la sonorité même du mot est laide.

Alors, si comme Cocteau, vous aimez le « touchatouisme », vous pouvez à votre tour, soit par jeu, soit par esprit de rébellion ou d’ambition, commencer à inventer de nouveaux mots. Il ne s’agit pas de « condoléancer » la langue de Molière, ni de la transformer en quelque chose de « rafignolesque », c’est-à-dire au comble du raffinement pour Céline, mais simplement de la « racoquiner », n’est-ce pas, Proust ?

Ashley Cooper

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