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Les outils d’écriture insolites

Ecrire à la main me force à ralentir. Et cela permet de contrôler le style. Vous pouvez voir la différence entre mes manuscrits et ma correspondance tapée à la machine : à la machine ou à l’ordinateur, je fais beaucoup d’erreurs car je vais trop vite. 

John Irving

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De la pierre à l’écran tactile, en passant par le papyrus et le parchemin, la littérature a connu les supports les plus variés. Selon le siècle auquel il appartient, on peut aisément deviner ce que chaque écrivain utilisait : Shakespeare avait sûrement une grande plume d’oie, Agatha Christie une machine à écrire… Mais est-ce si simple ? Excentricité, méthodes pratiques, manques de moyens, les écrivains ont également usé de leur propre inventivité pour écrire.

Des supports pratiques

Au XVIIe siècle, écrire au dos des cartes à jouer était une pratique en vogue. Les libraires appréciaient particulièrement ce support dont la rigidité, la taille et l’épaisseur étaient idéales pour faire des fiches de lecture. Rousseau écrivit quelques-uns des extraits des Rêveries du promeneur solitaire au dos de cartes à jouer, tandis que son rival le marquis de Saint Lambert utilisait celles-ci pour écrire des conjugaisons latines destinées à Madame d’Houdetot, l’inspiratrice de La Nouvelle Héloïse. Les cartes à jouer furent aussi un support qu’utilisa Benjamin Constant pour y noter des idées de discours politiques.

Pour d’autres auteurs, l’organisation était essentielle. Utilisant un support semblable aux cartes à jouer de Rousseau, Nabokov écrivait sur des petites fiches cartonnées, qu’il pouvait ensuite réarranger dans l’ordre qu’il souhaitait. Cela lui permettait d’écrire des passages à sa guise, sans être contraint de suivre la chronologie de sa narration.

Alexandre Dumas écrivait quant à lui avec un code de couleurs. Ses essais et écrits de non-fictions, il les notait sur des feuilles de papier rose, tandis que le papier bleu était destiné à ses romans, et le papier jaune à ses poèmes. Plus facile de s’y retrouver lorsqu’on fait du rangement !

Mark Twain, aimait écrire sur des supports personnalisés. Il achetait des cahiers vierges, reliés en cuire et y faisait graver son nom avant d’y rédiger ses romans.

Hemingway tapait à la machine à écrire, mais il écrivait également au crayon à papier. Chaque matin, il en taillait une boîte entière avant de se mettre à écrire.

H.G.Wells, de son côté, n’avait pas du tout le sens pratique. L’écrivain portait constamment deux stylos sur lui : l’un pour les mots courts, et l’autre pour les mots longs !

Les méthodes d’écriture actuelles

De nos jours, alors que l’on imagine que les écrivains tapent tous leurs écrits à l’ordinateur, nombreux sont ceux qui demeurent fidèles au bon vieux papier et au stylo. Stephen King affectionne particulièrement le stylo plume, qui, semble-t-il, ne tombera jamais de mode. Côté francophone, Amélie Nothomb ne jure que par le stylo bic à l’encre bleue. Défenseur de l’écriture à la main, John Irving explique en effet que cette méthode fait écrire plus lentement, ce qui permet de mieux se concentrer sur le style : « Ecrire à la main me force à ralentir. Et cela permet de contrôler le style. Vous pouvez voir la différence entre mes manuscrits et ma correspondance tapée à la machine : à la machine ou à l’ordinateur, je fais beaucoup d’erreurs car je vais trop vite. »

Les méthodes d’écriture de « survie »

Mais que faire si l’on n’a ni encre ni papier à portée de main ? Faut-il se résigner au silence ?

Au Moyen Age, comme le parchemin coûtait cher, le palimpseste était l’une des méthodes d’écriture les plus économiques. Cette technique consistait à gratter des manuscrits à la pierre ponce pour effacer ce qui y était tracé afin de pouvoir alors écrire un nouveau texte par-dessus. Cette méthode a évidemment engendré la disparition de nombreux textes, mais récemment, des outils technologiques (produits chimiques et rayons X, entre autres) ont permis la récupération de certaines des premières sources effacées. La Méthode d’Archimède a été retrouvée de cette manière. Ce traité de physique avait servi de support pour une copie de la Bible au XIIe siècle. De la même manière, au VIIe siècle, Saint Augustin avait utilisé le manuscrit de Cicéron, De Republica, pour rédiger ses psaumes.

Pour les écrivains engagés politiquement, plusieurs ont goûté un séjour derrière les barreaux. La prison n’était cependant pas le meilleur endroit pour être approvisionné en papier, surtout lorsqu’on avait été enfermé pour ses paroles et ses écrits. Mais les écrivains n’ont pas laissé ce maigre détail empêcher leurs élans artistiques. Tout comme l’ingénieux Latuce, ce célèbre prisonnier polisson de la Bastille qui parvint à faire passer des lettres à l’extérieur en écrivain avec son sang, ou en brodant ses messages sur des bouts de chemise, les artistes enfermés n’ont pas manqué d’ingéniosité pour inventer du matériel d’écriture. Ainsi, Ngugi wa Thiong’o, l’écrivain kenyan arrêté pour avoir défendu les langues ethniques de son pays, privé de papier en prison, réussit tout de même à écrire son premier roman en kikouyou, sa langue maternelle, sur un rouleau de papier toilette !

Les guerres mondiales étaient des périodes de pénuries, et écrire au front notamment, présentait des difficultés. Les lettres de poilus sont célèbres, mais souvent, le papier manquait. N’importe quel support était alors utilisé pour écrire un mot rassurant à la famille ou aux amis inquiets. Blaise Cendrars écrivit une lettre à son ami le peintre Delauney, sur un paquet de cigarette. Apollinaire, poète des Calligrammes, entama durant la première guerre mondiale une longue correspondance avec sa fiancée Madeleine Pagès. Lorsqu’il n’avait plus de papier à disposition, il utilisait lui aussi des papiers d’emballages, des journaux, des boîtes de savon, ou une écorce de bouleau.

Ashley Cooper

 

 

 

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