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Man Booker International Prize, Han Kang

The Man Booker International Prize a sacré Lundi 16 Mai au London’s Victoria and Albert Museum, Han Kang et sa traductrice Déborah Smith, pour son livre The Vegetarian, publié chez Portobello Books. Son roman traduit du coréen en anglais, dont le titre original est Chaesikjuuija, connait aussi une traduction française sous le titre La Végétarienne réalisée par Jeong Eun-Jin et Jacques Batilliot, édité chez Le Serpent à plumes. Méconnue du public occidental, Han Kang a surpris tout un chacun en remportant ce prix. Orhan Pamuk, prix Nobel turc de littérature, était pressenti pour le remporter. Lecthot vous propose de revenir sur cette distinction prestigieuse et surprenante d’Han Kang au Man Booker International Prize et de partir à la découverte de cette auteure inédite qui inondera bientôt les rayons des librairies françaises.

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Man Booker International Prize 

Crée en 2005, The Man International Booker Prize récompensait jusqu’en 2016 la totalité de l’œuvre disponible en langue anglaise d’un écrivain emblématique. Parmi les auteurs déjà distingués, citons la prix Nobel canadienne Alice Munro, l’éminent Philip Roth ou encore l’auteur hongrois László Krasznahorkai, honoré en 2015. Han Kang rejoint cette année ce cercle d’auteurs très fermé destinés à s’inscrire dans la pérennité littéraire et le marbre des classiques. La spécificité de l’édition 2016 a été que le jury, composé de Boyd Tonkin, Tahmima Anam, David Bellos, Daniel Medin et Ruth Padel, a récompensé une seule œuvre et son traducteur. C’est aussi la première fois qu’un prix international attribue un prix à un écrivain coréen, une aubaine pour Han Kang qui connaitra désormais une visibilité internationale et l’élargissement considérable de son lectorat. Les quelques 155 autres auteurs en lice rajoutent au prestige de cette distinction, et parmi eux Elena Ferrante et son traducteur Ann Goldstein pour The Story of the Lost Child, Orhan Pamuk et son traducteur Ekin Oklap pour A Strangeness in My Mind, ou encore Yan Lianke et son traducteur Carlos Rojas pour The Four Books. Selon Boyd Tokin : « Ce livre compact, exquis et perturbant s’attarde longtemps dans l’esprit et pénètre même peut-être jusque dans les rêves de ses lecteurs. Déborah Smith a parfaitement jugé les enjeux de la traduction, ce roman est un étrange mélange de beauté et à chaque tournant de terreur. » Han Kang et Déborah Smith grâce à l’obtention de ce prix se partageront la somme de 50 000 livres, mais auront surtout gagné à se faire connaitre par le milieu littéraire et la communauté de lecteurs internationale. Le second roman, Human Acts de Han Kang, a depuis été publié au Royaume-Uni, d’autres suivront sans aucun doute.

The vegetarian, Han Kang 

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Ce court roman d’un peu moins de 200 pages pose la question de la violence et de la dignité humaine. L’histoire débute par le désir intense d’une femme nommée Yeong-hye de devenir un végétal. L’écrivaine attribue l’origine de son roman au poète coréen Yi Sang et à ce vers : « Je pense que les humains devraient être des plantes. » Ce vers apporte une contradiction à l’idée de la suprématie et même de la primauté de l’homme face aux autres espèces. Ceci ne serait pas sans rappeler en France le livre d’Ayméric Caron sorti en début d’année, Antispéciste. Le radical bouleversement qui s’opère en la jeune femme crée en celle-ci une métamorphose. Coupant court avec son régime alimentaire habituel, elle devient végétarienne, ce qui transforme sa vie et celle de ses proches. Construit dans un triptyque entre les points de vue de son mari, de son beau-frère artiste et de sa soeur tenant un magasin de cosmétique, le roman dévoile la progressive marginalisation sociale et sexuelle de la protagoniste jusque dans l’altération même de son identité. La jeune femme cherche à tout prix à se couper de cette humanité inhumaine, compte tenu de ses actes. Selon les critiques, The Vegetarian ne peut être qu’hanté par les oeuvres de Kafka, La Métamorphose et surtout Un artiste de la faim. La correspondance est telle qu’on retrouve dans ce roman d’Han Kang la même sérénité dans la prose et ce revers d’horreur glacial qui effraie tant les lecteurs de Kafka. Cette ascèse à laquelle se livre le personnage la conduit à une question troublante sur l’existence : « Pourquoi serait-ce une mauvaise chose que la mort ? » Le sentiment de la chute imminente de l’humanité saisit enfin le lecteur, entre sublime et horreur The Vegetarian procure une expérience de lecture irréversible.

 Quelques mots sur l’auteure

Née le 27 février 1970 à Gwangju, Han Kang est la fille du célèbre auteur coréen Han Sung-Won. Elle part vivre lors de son adolescence dans le quartier de Suyuri à Séoul, ce qui lui permet d’étudier la littérature coréenne à l’université Yosei. C’est à cette époque qu’elle découvre le poète Yang Si et qu’elle devient fascinée par ses poèmes.

Autre inspiration de l’auteure, la philosophie bouddhiste semble pareillement teinter les œuvres d’Han Kang, dont les balbutiements littéraires ont lieu à travers les publications de quelques poèmes dans des revues littéraires coréennes. Mais la critique littéraire coréenne la découvre surtout grâce à Un amour de Yeosu où sont remarquées la finesse et la précision de sa narration. Comme un signe, elle remporte en 2005 en Corée le prix Yi Sang qui lui ouvre la porte à une carrière littéraire. Parallèlement, elle enseigne l’écriture créative à l’institut des arts de Séoul, permettant ainsi, nous l’espérons à une nouvelle vague d’écrivains coréens d’advenir.

Aujourd’hui, grâce à Han Kang, l’occident va très probablement s’ouvrir à la littérature coréenne, une ouverture qu’avait déjà amorcée la bande-dessinée coréenne nommée Manwha, confondue souvent avec le manga japonais.

Mathis Goddet

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