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Maurice Nadeau : chasseur de talents

« Une bibliothèque, c’est à la fois un cimetière et une nursery ; quand on le lit, le livre vit ; quand on ne le lit plus, le livre meurt. »

 Amoureux des mots, militant des lettres et militant révolutionnaire, Maurice Nadeau s’est éteint en 2013 à l’âge canonique de 102 ans. Le célèbre éditeur, durant sa traversée d’un siècle de littérature, a été un « grand passeur » de talents.

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(c)Le Monde

Pupille de la Nation et Instituteur trotskiste

Né à Paris le 21 Mai 1912, d’un père coursier, décédé au front en 1916, et d’une mère sans ressources et sans instruction, Maurice Nadeau devient très jeune pupille de la nation chez des ouvriers à Reims. Sous l’influence de ces derniers, le jeune homme prend goût à la politique, et au militantisme. Il rejoint le parti Communiste à dix-neuf ans, en 1930, avant d’en être exclu deux ans plus tard à cause des ses penchants trotskistes. En parallèle de son activité politique, il rend souvent visite à sa mère qui l’exhorte à se plonger dans les études, ce qu’il fait avec un tel sérieux et acharnement, qu’il est reçu à l’Ecole Normale Supérieure de Saint-Cloud. C’est là-bas qu’il rencontre Louis Aragon, André Gide, Jacques Prévert, André Breton… Il tirera d’ailleurs de ces rencontres son premier ouvrage, Histoire du Surréalisme, qui rend compte des principaux événements politiques, sociaux et artistiques de l’époque. Finalement nommé professeur en 1936, il préfère cependant le poste d’instituteur à Thiais afin de se rapprocher de Paris. Puis lorsque l’Occupation survient, Nadeau, toujours fidèle à ses convictions, décide de s’engager dans la Résistance, jusqu’au moment où son réseau est démantelé. Le jeune résistant échappe de peu à la déportation. Cette expérience le marquera durablement et lui laissera une force de caractère hors du commun.

Du critique littéraire à la Maison d’Edition

Après la guerre, Maurice Nadeau participe à la rédaction des chroniques littéraires du journal Combat,  alors dirigé par Albert Camus. C’est par ce biais qu’il est aussi l’un des rares hommes à prendre publiquement la défense de l’écrivain Louis-Ferdinand Céline, connu pour ses pamphlets antisémites, arguant que « les écrivains ont le droit de tout écrire. » Cependant, lorsque Céline le remerciera et demandera à le rencontrer, Nadeau refusera.
Parallèlement à son activité de critique littéraire, il est amené à diriger la revue Les Lettres Nouvelles,  chez Julliard.  Longtemps directeur de collections chez divers éditeurs, Maurice Nadeau décide finalement de fonder sa propre maison d’édition, Les Editions Maurice Nadeau en 1976, pour être plus à même de mettre à profit son don de « dénicheur de talent ». Dans le même temps, et ce, jusqu’au bout de sa vie, il dirige aussi la revue « La Quinzaine Littéraire », journal bimensuel, auquel des centaines d’universitaires, d’écrivains, de traducteurs et de spécialistes vont collaborer, mais aussi sauver, à chaque fois que des difficultés financières l’assailliront.

Le découvreur de talents « génial et désargenté »

Maurice Nadeau a permis la reconnaissance de grands talents, transformé des inconnus en noms célèbres, français ou étrangers. On lui doit notamment la découverte de Claude Simon, Georges Pérec,  Nathalie Sarraute, Henry Miller, Witold Gombrowicz, Robert Antelme, Michel Houellebecq… Il a fait publier le tout premier livre sur les camps de concentration de David Rousset, Les jours de notre mort ( prix Renaudot 1945), Au-dessous du volcan de Malcom Lowry,  ainsi que fait connaître en France des écrivains de la Beat Generation comme Jack Kerouac, ou Lawrence Ferlinghett.
S’il permit à beaucoup de ses auteurs de prendre leur envol, il reconnut lui-même avec humour qu’il ne fut souvent qu’un passeur, car faute de moyens pour leur verser des mensualités, ses écrivains allaient bien souvent connaître la gloire chez d’autres éditeurs. Mais doté d’une inépuisable énergie, Maurice Nadeau, fuyant les honneurs et la reconnaissance ( il refusa deux fois la Légion d’Honneur ), et plaçant les livres plus haut que les tracas financiers, continua jusqu’au bout de s’efforcer de faire reconnaître les écrivains qu’il estimait. En septembre 2015, d’anciens collaborateurs de la Quinzaine Littéraire rendirent hommage à cet incroyable esprit de résistance, en fondant la revue en ligne En attendant Nadeau, donnant suite à ce formidable désir de parcourir le monde par les livres.

Camille Allard

 

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