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Portugal-Autriche : Pessoa-Zweig

C’est un match qui sur le plan footballistique paraît incontestablement à la faveur des portugais, le bellâtre lusophone aux sourcils épilés et aux pectoraux bien gonflés affrontera une équipe d’Autriche qui nous est autant inconnue que les terres au Nord de La Carte de Tendre. Mais, la vérité n’étant qu’une question de perspective, nous remplaçons Cristiano Ronaldo par Fernando Pessoa, et David Alaba par Stefan Zweig. Sur le plan littéraire un effroyable dissensus a eu lieu au sein de notre rédaction. Nous vous livrons un portrait des deux joueurs.

Pessoa

pessoa

Pessoa ressemble tout à fait à son compatriote Ronaldo. Mais physiquement, pas du tout. Pessoa correspond plus à la petite chose que devait être Marcel dans La Recherche : un être aussi fragile qu’une feuille de papier, chétif, moustache à la mode de chez nous, portant la maladie sur son visage. Ronaldo, lui, ressemble plus à Hercule. Surtout grâce aux publicités. Ronaldo entretient son mythe herculéen, le maquillage et les stéroïdes peuvent le confirmer.

Pessoa, à l’inverse de Ronaldo est un homme de l’ombre qui tout au long de sa vie a accumulé les pseudonymes. Comment, à l’inverse un héros pourrait-il sans arrêt changer de nom ? Le héros est dans l’affirmation de son existence. L’écriture de Pessoa, à travers ses vers mystiques, concourt à une perpétuelle fuite, mais qui étonnamment interroge l’origine. Où est Pessoa, où est sa pensée ?

Vous devez alors vous dire, quel est le rapport entre Pessoa et Ronaldo ? Ne soyez pas si pressé. Pessoa étant un homme de l’ombre, c’est un être qui cultive une certaine singularité, autonomie, parfois misanthropie. Pessoa sur un terrain jouerait donc absolument comme Ronaldo : seul, car comme le dit Pessoa dans le Livre de l’Intranquillité

Bienheureux ceux qui ne confient leur vie à personne.

Avec cependant une nuance, Ronaldo comme Pessoa peuvent-ils jouer absolument seuls sur leur terrain respectif ?

La solitude me désespère ; la compagnie des autres me pèse. 

Le Livre de l’Intranquillité

Zweig

Stefan Zweig (1881-1942) ecrivain autrichien, ici vers 1912 --- Stefan Zweig (1881-1942) austrian writer, here c. 1912

Quant à Zweig et Alaba, le critère physique ne permet pas non plus de les associer. Néanmoins, ils partagent l’idée d’une unité collective, ce qui contraste avec la comparaison précédente. La figure de Zweig se construit et se comprend à travers celles de Freud, Romain Rolland, Richard Strauss ou encore Émile Verhaeren. Zweig constitue comme Alaba au Bayern Munich le chaînon d’une pensée unifiant différents organismes : la psychologie et l’Europe.

Ce qui pourrait aussi bien les rapprocher, c’est leur style. Les deux hommes font preuve d’élégance, de légèreté, de profondeur sur le gazon comme sur la page blanche. Il n’y a certes pas un jaillissement de sublime qui émane d’eux, mais lecteur et spectateur gardent en mémoire l’efficacité de leur jeu et la simplicité de leur talent. Une abnégation morale pour l’équipe et pour l’humain :

L’absence d’action masque toujours une lâcheté de l’âme. 

Alors, qui de l’éclat solitaire ou de l’abnégation l’emportera ?

Mathis Goddet

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